Le milieu des affaires est satisfait, mais aux aguets

Globalement, le monde des affaires québécois considère que le budget présenté hier à Ottawa contient de bonnes mesures dans les circonstances financières et économiques actuelles, mais il demeure prudent quant à la capacité de ce gouvernement conservateur de livrer la marchandise. Tous, d'un point de vue ou l'autre, entendent demeurer aux aguets et maintenir la pression pour une application rapide et efficace de plusieurs des mesures annoncées, mais pas toutes.

Michel Leblanc, président et chef de la direction de la Chambre de commerce du Montréal métropolitain, prévient le gouvernement que «c'est en fonction de la valeur des décaissements dans la région métropolitaine durant la prochaine année que nous jugerons de la réussite de ce budget». Au Devoir, il a ajouté: «C'est notre focus et nous allons maintenir la pression pour des mesures concrètes et immédiates.» Il demande à ce gouvernement de faire preuve de leadership dans les dossiers qui le concernent directement, comme ceux de la deuxième phase du Vieux-Port et du lien ferroviaire entre Montréal et Toronto. Il soutient que le gouvernement fédéral doit en plus «accepter de porter le gros du fardeau dans le cas de projets où lui seul dispose de la capacité financière permettant leur démarrage rapide».

Jean-Luc Trahan, président-directeur général de l'Association des manufacturiers et exportateurs, insiste lui aussi sur «l'urgence de mettre en place les mesures annoncées le plus rapidement possible» pour des résultats à court terme, alors que pour le long terme le gouvernement doit élaborer une stratégie industrielle. En revanche, M. Trahan exprime son désaccord sur l'intention fédérale d'établir une commission des valeurs mobilières unique au Canada. À ce sujet, Caroline St-Jacques, vice-présidente de la Fédération des chambres de commerce du Québec, annonce d'ores et déjà qu'elle «va se battre contre ça». Elle exprime également un bémol à propos de la péréquation qui, selon elle, désavantage le Québec. Pour le reste, Mme St-Jacques affirme qu'il s'agit «d'un budget bonbons et il y en a pour tout le monde».

Norma Kozhaya, chef économiste au Conseil du patronat du Québec, s'inquiète de l'ampleur des déficits annoncés et souhaite ardemment qu'ils ne deviennent pas structurels. Elle reconnaît par ailleurs le mérite de plusieurs programmes, en particulier en matière de formation des travailleurs, assurance-emploi, etc., tout en ajoutant qu'il «faudra voir l'efficacité de ces nouveaux programmes».

Simon Prévost, vice-président de la Fédération canadienne de l'entreprise indépendante, réserve pour sa part «un accueil assez mitigé» à ce budget et se dit très inquiet des déficits annoncés pour les deux prochaines années. Il souligne que les membres de son organisation sont préoccupés par «ces dépenses de milliards qui vont dans toutes les directions» et il y voit «des éléments très politiques, qui donnent l'impression de ce que pourrait être un budget de Paul Martin sur la carte de crédit».

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