Budget: Harper joue ses atouts

Moins de soixante-douze heures avant le discours du budget, des ministres du gouvernement Harper dévoilaient aux quatre coins du pays une multitude de mesures pour relancer l'économie canadienne.

Le ministre des Finances, Jim Flaherty, annoncera demain devant la Chambre des communes l'injection de plus de 2 milliards de dollars pour la rénovation des logements sociaux, de 1,5 milliard pour la formation et le développement de la main-d'oeuvre, de 160 millions pour les arts et la culture et de plus de 150 millions pour donner un nouveau souffle à l'industrie touristique, a-t-on appris à l'avant-veille de son discours du budget. Ces mesures s'ajoutent à celles qui ont été dévoilées la semaine dernière par des ministres conservateurs et des proches du premier ministre.

Le gouvernement Harper entend injecter plus de deux milliards, en moins de deux ans, pour accélérer la rénovation des logements sociaux au pays, a indiqué samedi le ministre des Travaux publics et des Services gouvernementaux du Canada, Christian Paradis «en exclusivité» au Journal de Montréal. Environ un milliard sera consacré à la rénovation des logements sociaux destinés aux personnes à faible revenu, alors que 400 millions seront versés dans un programme visant spécifiquement les résidences pour aînés à faible revenu. Enfin, 600 millions serviront à la rénovation des infrastructures dans les réserves autochtones, annonçait M. Paradis.

Le budget Flaherty consacrera par ailleurs 1,5 milliard à la formation de la main-d'oeuvre, a indiqué hier pour sa part à CTV la ministre des Ressources humaines et du Développement des compétences, Diane Finley. Elle a précisé que cette somme d'argent aidera tant les personnes qui bénéficient de l'assurance-emploi que celles qui sont inadmissibles aux prestations pour les travailleurs privés de leur emploi. «Beaucoup de personnes perdront malheureusement leur emploi, a dit Diane Finley. On veut être sûrs qu'on les aide.» Diane Finley a refusé de dire si les critères d'admissibilité seraient assouplis, si les montants des prestations seraient revus à la hausse et si les périodes des prestations seraient prolongées. Elle a toutefois rappelé que son gouvernement s'était déjà engagé à ne pas augmenter le taux de cotisation à l'assurance-emploi cette année. Elle a également indiqué qu'il y aurait dans le budget des mesures incitatives pour aider les apprentis travailleurs à obtenir de la formation pour des métiers qualifiés ainsi que des initiatives pour accélérer la reconnaissance des compétences des travailleurs immigrants. Mme Finley n'était toutefois pas en mesure de chiffrer le nombre de personnes qui, selon elle, devraient bénéficier de ces nouvelles mesures. «Je n'ai pas de chiffres avec moi en ce moment, a-t-elle dit. Mais nous tenterons d'aider les plus vulnérables.»

Le gouvernement espère faire oublier le tollé soulevé l'automne dernier par ses compressions de 45 millions en culture, en investissant 160 millions. Au moins 100 millions seraient notamment versés aux festivals culturels, de musique et d'humour, selon La Presse.

Enfin, selon Sun Media, le gouvernement Harper doublerait ses dépenses dans le secteur du tourisme pour garder les Canadiens chez eux et pour attirer les visiteurs étrangers. Quelque 150 millions seraient par exemple consacrés aux parcs nationaux.

Le ministre fédéral du Revenu national, Jean-Pierre Blackburn, a quant à lui défendu hier, sur les ondes de Radio-Canada, l'étendue des mesures annoncées. «Si on ne va pas assez loin dans les sommes qu'on va investir, on hypothèque le présent. Et si on va trop loin dans le déficit, on va hypothéquer le futur», a-t-il dit.

Les partis d'opposition attendent leur copie du budget

Le chef du Parti libéral du Canada, Michael Ignatieff, veut attendre de prendre connaissance du budget avant de signer l'arrêt de mort du gouvernement Harper ou de la coalition. «Une coalition reste une possibilité, elle reste sur la table. La seule chose que j'ai dite, c'est que je crois que c'est une responsabilité politique de lire le budget avant de le voter», indiquait M. Ignatieff la semaine dernière à Montréal. Selon lui, les Canadiens lui demandent d'accorder au premier ministre «une dernière chance de regagner la confiance de la Chambre».

À moins d'un miracle qu'ils n'espèrent plus, les néodémocrates voteront contre le budget. Le chef du Nouveau Parti démocratique (NPD), Jack Layton, a justifié cette décision en affirmant qu'il avait «perdu confiance en la capacité de M. Harper de livrer ce dont les Canadiens ont besoin».

Le Bloc québécois de Gilles Duceppe se situe entre les deux, a indiqué son leader parlementaire Pierre Paquette en entretien téléphonique avec La Presse canadienne. «On a très peu d'espoir de retrouver dans le budget ce qu'on attend. Ceci dit, si M. Harper a compris le message de la population [...], peut-être que le bon sens aura triomphé. On va le savoir [demain]», a-t-il expliqué.

Les déficits sont inévitables, disent les syndicats

Les syndicats s'interrogent sur la portée du déficit de 34 milliards pour l'année prochaine. «Nous pensons qu'en temps de récession économique, les déficits sont inévitables», a indiqué le président du Syndicat canadien de la fonction publique, Paul Moist. La somme de 34 milliards avancée par le collaborateur de M. Harper ne lui paraît pas si énorme, compte tenu des circonstances difficiles dans lesquelles l'économie canadienne se trouve.

«Je ne vois pas comment il pourrait ne pas y avoir de déficit, ce serait probablement la pire des situations», a ajouté la présidente de la Confédération des syndicats nationaux, Claudette Carbonneau, qui attend le budget avec impatience pour voir quelles seront les mesures prises par les conservateurs pour relancer l'économie.

La dette fédérale s'élève désormais à 457 milliards. Avec les déficits annoncés pour les deux prochaines années, cette somme bondira de près de 15 %. Sous le couvert de l'anonymat, un proche de Stephen Harper a révélé à La Presse canadienne qu'il faudra attendre cinq ans avant de revoir un budget équilibré.

L'économie et l'emploi, la priorité des Canadiens

Près de la moitié des Canadiens souhaitent que l'économie et l'emploi figurent en tête de liste des priorités des gouvernements, indique une étude de la firme Multi Réso rendue publique hier. L'économie et l'emploi devraient être la priorité des gouvernements, selon 47 % des Canadiens et 35 % des Québécois. Les gouvernements ne doivent pas pour autant baisser les bras devant les problèmes des systèmes de santé. Quelque 29 % des Québécois et 17 % des Canadiens estiment que la santé devrait être la deuxième préoccupation des hommes et femmes politiques, devant l'environnement et l'éducation. À la veille du dépôt d'un budget déficitaire de 34 milliards, seulement 6 % des répondants ont indiqué que les finances publiques et la dette devaient être les priorités des gouvernements.

«Parmi la liste des sept éléments suivants — l'économie et l'emploi, la santé, l'environnement, l'éducation, les finances publiques et la dette, les inégalités sociales et la sécurité du pays —, quelle devrait être la priorité des gouvernements pour l'année 2009, selon vous?», a demandé Multi Reso à quelque 1300 personnes âgées de 18 ans ou plus.

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Avec La Presse canadienne

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