Ottawa dévoile son budget au compte-goutte

Michael Ignatieff devant les membres du Canadian Club hier à Toronto.
Photo: Agence Reuters Michael Ignatieff devant les membres du Canadian Club hier à Toronto.

Le budget du gouvernement Harper comprendra notamment des mesures d'aide de deux milliards de dollars qui profiteront aux travailleurs des secteurs les plus éprouvés par la crise économique, a-t-on appris hier de la bouche du ministre d'État Denis Lebel.

«Un milliard pour les communautés touchées par la crise économique et un autre [...] plus spécifiquement [pour] les communautés forestières, minières et des pêches, a indiqué, à Radio-Canada, le ministre d'État de l'Agence de développement économique du Canada pour les régions du Québec, Denis Lebel. Il y aura assurément des éléments là-dedans qui vont permettre au gouvernement canadien de supporter les gens qui vivent actuellement les effets de la crise économique et de la crise forestière.»

La ministre fédérale des Ressources naturelles, Lisa Raitt, a indiqué que l'argent aidera les communautés à s'adapter au nouveau climat économique. En plus du fonds, d'autres programmes seront aussi créés pour certains types d'industries, a-t-elle ajouté. Le budget prévoirait 500 millions pour moderniser les fermes et les doter de meilleurs équipements, 50 millions pour agrandir les abattoirs, 50 millions pour promouvoir l'industrie forestière canadienne à l'étranger, 100 millions pour améliorer la technologie de l'industrie forestière et pour créer deux nouvelles agences de développement économique au Canada.

Des sources du gouvernement ont par ailleurs indiqué à la Presse canadienne que le programme de formation professionnelle qui vise à former des travailleurs de secteurs en difficulté, afin qu'ils acquièrent de nouvelles compétences, sera offert partout au pays. Les conservateurs sont convaincus que le programme permettra aux entreprises canadiennes de compter sur une main-d'oeuvre plus qualifiée et plus productive. «La main-d'oeuvre sera plus solide, aura davantage de moyens et sera mieux préparée pour les emplois de demain», a indiqué un représentant du gouvernement, se gardant de donner davantage de précisions sur le du fonctionnement du programme.

Stephen Harper est irresponsable, ont lancé les partis d'opposition

Alors que des ministres conservateurs rendaient publiques quelques-unes des mesures du budget Flaherty de mardi prochain, les chefs des trois partis d'opposition à la Chambre des communes critiquaient vertement le premier ministre d'avoir permis le dévoilement, la veille, du montant exact du déficit fédéral. Un représentant du gouvernement avait révélé jeudi que le gouvernement Harper prévoyait des déficits totalisant 64 milliards pour les deux prochaines années, soit 34 milliards cette année et 30 milliards l'année prochaine.

Le chef du Parti libéral du Canada, Michael Ignatieff, a affirmé que le gouvernement ne cherchait qu'à se débarrasser des mauvaises nouvelles avant la divulgation du budget. «J'ai demandé à M. Harper de ne pas jouer à des jeux comme ceux-là, a-t-il dit devant un regroupement de gens d'affaires de Toronto. Mais il ne peut pas s'en empêcher.» Même son de cloche du côté du Bloc québécois. Gilles Duceppe a dit que «ça ne se fait pas». «Imaginez les conséquences que cela peut avoir sur le marché. Même, on pourrait questionner la légalité d'un tel geste», a affirmé M. Duceppe. Le chef du Nouveau parti démocratique, Jack Layton, croit quant à lui que la fuite au sujet du montant du déficit est un signe que M. Harper est inquiet d'être battu par une coalition formée par les libéraux et les néo-démocrates et appuyée par le Bloc québécois. «C'est le genre de manoeuvre à laquelle on a recours lorsqu'on a peur de perdre son emploi», a déclaré M. Layton.

Alors que le NPD a déjà laissé savoir qu'il s'opposera au budget de mardi, Michael Ignatieff a pour sa part répété hier qu'il ne porterait pas de jugement sur le document sans avoir d'abord consulté le caucus libéral. «Compte tenu de la très grande importance politique de ce budget, nous aurons un caucus extraordinaire et puis, le lendemain matin, vous n'aurez plus aucun doute sur la position du Parti libéral du Canada», a affirmé M. Ignatieff. Le chef libéral a affirmé qu'il n'avait pas abandonné l'idée d'une coalition avec les néo-démocrates supportée par le Bloc, mais qu'il en revenait à la gouverneure générale Michaëlle Jean de déterminer si la coalition devait former le gouvernement si le budget était défait.

Dans une lettre intitulée «Le Parlement est roi!», 35 professeurs de droit constitutionnel et de science politique recommandent d'ailleurs à la gouverneure générale du Canada Michaëlle Jean d'inviter le chef de l'opposition officielle Michaël Ignatieff à tenter de former un gouvernement «s'il y avait un vote de non-confiance [sic] ou si une demande de dissolution du Parlement était présentée au terme d'une session parlementaire n'ayant duré que quelque 13 jours». Ils expliquent qu'il est tout à fait légitime qu'un gouvernement minoritaire qui perd la confiance de la Chambre soit remplacé par un gouvernement qui la gagne, sans passer par des élections. Ils ajoutent, qu'une fois cette confiance perdue, «la gouverneure générale n'est plus liée par les avis et conseils du premier ministre». Le doyen par intérim de la faculté de droit de l'Université d'Ottawa, Sébastien Grammond, estime que «les conservateurs ont exploité» la mauvaise compréhension qu'ont les Canadiens de leur système politique. «Ce n'est pas nécessairement le parti qui arrive le premier qui a le droit de gouverner, c'est celui qui réussit à obtenir la confiance de la Chambre.»

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avec la Presse canadienne

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