Affaire Khadr: Ottawa semble ne plus savoir sur quel pied danser

Ottawa — La pression s'est accrue hier sur le gouvernement conservateur canadien pour qu'il rapatrie Omar Khadr, le seul Occidental encore détenu à Guantánamo, après l'annonce de la suspension de la procédure à la demande du président américain Barack Obama.

Le chef du principal parti d'opposition, le libéral Michael Ignatieff, a réclamé qu'Omar Khadr, arrêté à 15 ans pour le meurtre présumé d'un soldat américain en 2002 en Afghanistan, puisse être rapatrié et réintégré dans la vie canadienne.

L'avocat américain du jeune homme, aujourd'hui âgé de 22 ans, a fait valoir de son côté que le premier ministre conservateur, Stephen Harper, n'avait plus «d'excuse» pour éviter son rapatriement.

Un juge d'un tribunal militaire d'exception à la base américaine de Guantánamo a ordonné hier l'ajournement pour 120 jours de la procédure contre M. Khadr, comme l'avait demandé la veille le nouveau président américain Barack Obama.

«La position du gouvernement n'a pas changé», a réagi Kory Teneycke, porte-parole du premier ministre canadien, en réaffirmant que l'affaire doit être traitée par la justice aux États-Unis avant que d'autres «options» puissent éventuellement être examinées.

«M. Khadr a été accusé de crimes graves et nous estimons que sa culpabilité ou son innocence doivent être déterminées par un processus judiciaire et non politique», a-t-il dit, en faisant allusion aux appels en faveur du jeune homme. Il a ajouté qu'Ottawa suivait de près l'évolution de la situation aux États-Unis.

Témoignant d'une certaine confusion sur ce dossier délicat, le ministre de la Défense Peter MacKay a reconnu de son côté que le gouvernement allait devoir «réévaluer» sa position après la suspension de la procédure.

«Clairement, le Canada, l'avocat de M. Khadr et tous ceux impliqués dans ce cas vont réévaluer leur position», a-t-il déclaré à la presse.

Pour William Kuebler, l'avocat militaire américain de Khadr, la suspension modifie fondamentalement la situation. «Depuis que j'ai été assigné à ce dossier, le gouvernement canadien a toujours dit qu'il n'interviendrait pas tant que les procédures seraient en cours à Guantánamo. Mais, maintenant, il n'y a plus de procédure en cours», a-t-il dit à la chaîne publique CBC.

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