Revue de presse - Regards sur la guerre

La guerre qui sévit à nouveau au Moyen-Orient touche un nerf très sensible, mais la majorité des journaux canadiens-anglais se sont rangés derrière Israël. Le Kingston Whig-Standard refuse de prendre parti. Il avoue sa frustration face «au carnage, aux insultes, aux roquettes et une situation qui semble désespérée». «On peut bien prendre parti, dit-il, mais un fait demeure. Tant et aussi longtemps qu'un million et demi de gens, les Palestiniens, resteront confinés sur une mince bande de terre et seront coupés du monde, la situation perdurera.»

Le Toronto Star, que les frappes israéliennes contre des locaux des Nations unies ont indigné, est d'avis qu'il est temps pour Israël de mettre fin à son opération militaire. Israël a le droit de se défendre contre les tirs de roquettes, dit le quotidien, mais son message musclé n'a pas été entendu par le Hamas et ne le sera jamais. Israël n'a plus que deux solutions, dit-il: réoccuper Gaza ou conclure une trêve avec le Hamas. Les contours d'une telle trêve se dessinent. De l'avis du Star, la sécurité à long terme de l'État hébreu en serait mieux servie car la solution militaire israélienne affaiblit le Fatah de Mahmoud Abbas, alimente le durcissement des Palestiniens de Cisjordanie et fait du Hamas un héros en lui offrant l'occasion de tenir tête à un ennemi plus puissant.

Le Winnipeg Free Press, lui, dit qu'on ne peut pas parler de négociations quand un des partenaires, le Hamas, ne reconnaît pas le droit d'exister de son interlocuteur. Selon le WFP, il ne fait pas de doute que «ce sont les tirs de roquettes palestiniennes sur Israël, le trafic d'armes et la multiplication des tunnels à la frontière qui sont à l'origine de la guerre à Gaza».

Dans son éditorial pour la chaîne SunMedia, Roy Clancy rappelle que ces tirs de roquettes durent depuis des années et mettent en danger le huitième de la population israélienne. Les pertes de vies de civils innocents l'attristent, mais il blâme surtout les Palestiniens pour la crise. «Nous devons nous rappeler que les Palestiniens qui ont élu démocratiquement le Hamas n'ignoraient pas l'objectif de l'organisation de détruire Israël et sa prédilection pour les actions terroristes pour atteindre son but.» De l'avis du Calgary Herald, il faut un changement de régime en Palestine afin de pouvoir relancer le processus de paix et créer deux États. Le quotidien ne blâme toutefois pas les Palestiniens d'avoir élu le Hamas, notant que c'était à l'époque leur seule solution de rechange au Fatah corrompu. Le problème est que le Hamas n'a rien fait pour améliorer le sort des Palestiniens et qu'il ne veut pas reconnaître le droit d'exister d'Israël. «Si le peuple palestinien a un oppresseur, c'est son propre leadership.»

Dissidence

Dans le Globe and Mail, Rick Salutin raconte comment cette situation tourmente une amie de religion juive. Elle est horrifiée par ce que les Israéliens font, mais craint en même temps que son opposition soit interprétée comme un appui au Hamas, qu'elle réprouve totalement. Salutin note que son amie n'est pas seule dans sa dissidence. Dans une foule de pays, des groupes de personnes de religion juive en faveur de la paix ont vu le jour. «Mais le mélange d'émotions est souvent intense quand il s'agit de votre peuple et de votre histoire. Il s'agit rarement d'une prise de position simple.» Salutin se souvient de son appui à Israël en 1967 après que l'Égypte eut bloqué le détroit de Tiran. Mais aujourd'hui, c'est Israël qui bloque depuis plus d'un an tous les accès à Gaza. «Ceci aussi est sûrement un acte de guerre contre des civils, comme le sont les tirs de roquettes en provenance de Gaza depuis deux mois et que je trouve inexcusables.» Salutin veut bien croire à l'unité des Juifs quand le groupe est attaqué. Mais qui est ici l'agresseur? Qui a brisé la trêve? Pour lui, la réponse est loin d'être claire.

Polygames au pilori

L'affaire a fait peu de bruit au Québec, mais elle marque un tournant en Colombie-Britannique. La province a décidé cette semaine de porter des accusations criminelles de polygamie contre deux leaders de la communauté mormone dissidente de Bountiful. Pour le National Post, il était plus que temps. À son avis, le gouvernement provincial a trop longtemps éludé la question, de crainte de voir la loi déclarée inconstitutionnelle. «Nous croyons que les juges de ce pays sont assez intelligents pour réaliser que l'État a le droit d'insister sur une définition du mariage qui ne permet pas la formation de harems sous un couvert de christianisme.» Et si les cours désavouent la loi, dit le Post, que le fédéral invoque la clause dérogatoire.

Le Vancouver Sun applaudit aussi une décision qu'il juge louable et courageuse. «Louable, parce que les faits suggèrent que la polygamie pratiquée par des sectes comme celle de Bountiful fait du tort aux femmes et aux enfants. Courageuse enfin parce que, comme les procureurs généraux le craignent, il y a un risque que la loi soit jugée inconstitutionnelle.» Si tel est le cas, il reviendra alors au Parlement de la réécrire. «Voilà comment la loi fonctionne. Il s'agit d'un dialogue entre les tribunaux et le Parlement. Mais pour qu'elle fonctionne et pour que le dialogue ait lieu, le gouvernement doit d'abord utiliser la loi au lieu de l'ignorer.»

***

mcornellier@ledevoir.com
2 commentaires
  • Claude Stordeur - Inscrit 10 janvier 2009 09 h 10

    Drole de guerre

    Pour avoir vécu sous les bombardements des anglais qui visaient l'aéroport de Bruxelles à quelques kilomètres de chez nous.. ( amusant de voir les bombes sortir des avions au dessus de chez nous et aller vers leur but pour un enfant de 5 ans...)... Pour avoir vécu les ratée des V1 et des V2 qui tombaient sur nous plutôt que d'aller semer la mort en Angleterre, je peux vous dire toute mon horreur de n'importe quel guerre, qui ne mène absolument nulle part, sauf a des actes de barbaries.
    Je ne soutiens aucun des camps d'un massacre, sauf les populations qui comme moi sont sous les bombes.
    Je trouve que pour une population qui a connu les camps de concentrations il est aberrant de vendre tant de vies sur l'autel du '' moi j'ai raison ''.
    Il faut de l'humilité pour ne pas suivre ses instincts guerriers, surtout quand ils sont alimenter par des politiciens et des journaux qui trouvent leurs avantages à semer la graine de la haine.
    Pour avoir la paix, il faut dialoguer et pas monologuer, le dialogue commence par "qu'est ce que tu veux" pas par " voila ce que JE veux"
    Je prie un Dieu inutile de devenir utile et de penser à la paix autrement qu'en parole.
    Je ne supporte pas l'hypocrisie de tout les politiciens sauf de quelques uns qui n'ont pas le virus ou sont né avec un bon ADN très rare. Pour arriver à leurs buts ils nous mentent comme des arracheurs de dents.

  • Claude Beaudet - Inscrit 10 janvier 2009 12 h 23

    Deux extrêmes qui se rejoignent par leurs extémistes...tournent en rond!

    La situation au Moyen-Orient doit être vue dans la lunette d'une guerre entre les grands pouvoirs de ce monde. Il ne s'agit pas d'une guerre entres peuples ou si cela a été le cas, les peuples impliqués ne souhaitent certainement pas être les victimes (juifs ou arabes) d'un carnage aussi épouvantable. Ceux qui peuvent agir à cette échelle sont ceux qui possèdent les pouvoirs militaires, politiques et religieux.
    Plus j'écoute certains groupes juifs et palestiniens, plus j'entend cet appel à la paix. Le sentiment qui m'habite me laisse croire que certains (juifs ou arabes) sont entraînés par la peur des chefs de ces mouvements.
    Il y a aussi la médiatisation des faits...
    Les médias ont un rôle pour nous aider à croire au discours de paix des peuples.
    Au fait, à quand le point de presse ou nous entendrons les musulmans dénoncer les violences du Hamas? Où les représentants rabbins serrer la main à un chef musulman? À moins que cela se soit produit et que les médias n'en font pas leur primeur...
    "All we are sying, is give peace a chance"