Efficacité énergétique - Le plan de l'agence canadienne manque d'audace

Tout le monde en convient, y compris la présidente de l'Agence de l'efficacité énergétique, Luce Asselin. Le premier plan d'efficacité énergétique déposé par l'agence gouvernementale devant la Régie de l'énergie pour examen manque d'audace, sinon de vision.

Chez Équiterre, le coordonnateur du dossier énergie, transports et bâtiments, François Boulanger, explique la chose de deux façons. C'est un premier plan, dit-il, qui couvre deux années déjà écoulées et qui n'a réellement d'intérêt que dans la mesure où il annonce d'éventuelles percées dans certains domaines pour l'année qui vient. Il s'agit pour l'essentiel, dit-il, d'un recueil des programmes déjà en opération dans les secteurs industriel et résidentiel. L'important, à son avis, c'est qu'on y annonce l'intégration éventuelle des dizaines de programmes en place, un éventuel guichet unique pour aider les consommateurs à s'y retrouver.

Par exemple, dit-il, le plan Réno-climat actuel ne s'adresse qu'aux maisons unifamiliales. Pour la troisième année du plan, l'agence annonce qu'elle ouvrira la porte du programme aux habitations de deux et trois logements, et dans son prochain plan, celui de 2010-13, à tous les autres multiplex connus. C'est donc dans ce prochain plan qu'on prendra la mesure de la capacité de l'agence à assumer son mandat.

André Bélisle, le président de l'Association québécoise de lutte à la pollution atmosphérique (AQLPA) est plus sévère car, dit-il, on voit là l'impact du retard à passer à l'action que réclamaient les écologistes il y a huit ans! Il est encore plus ferme pour le volet des transports, dont plusieurs solutions lui apparaissent «inacceptables». Il cite comme exemple cette proposition d'accorder une aide financière de 500 $ à 1000$ aux propriétaires de nouveaux véhicules qui consommeraient trois litres de moins au 100 km que leur ancien véhicule.

«C'est invraisemblable, dit-il, qu'on ose même penser financer des gens qui vont s'acheter des véhicules qui vont consommer 10, 12 ou 15 litres aux 100 km parce que c'est trois litres de moins que leur ancien véhicule et qu'on n'accorde aucune aide à ceux qui ont des véhicules qui consomment seulement 5, 6 ou 7 litres aux 100 km.»

Il existe, dit-il, des solutions éprouvées, comme les malus-bonus dans ce domaine, qui ont été expérimentées avec succès en Europe et dans les États et provinces voisins. D'autre part, André Bélisle souligne que l'agence n'a pas même proposé la mise en place d'un programme d'inspection obligatoire des véhicules automobiles: tout au plus, dit-il, elle propose un examen volontaire de composantes mécaniques liées à la consommation, sans les nommer et sans dire à quels véhicules s'appliquera ce programme. On sait que Québec songe à mettre en place un programme obligatoire, mais précise le porte-parole de l'AQLPA, on ne sait pas encore aux véhicules de quel âge le programme s'appliquera.

Hugo Séguin, porte-parole d'Équiterre, estime qu'en matière de transports, l'agence gouvernementale devrait privilégier une approche qui englobe dans un même programme «tous les moyens de transports» et non seulement les autos, qui récompenserait ou pénaliserait les propriétaires par des taxes d'achat et un coût d'immatriculation ajustés à la consommation, qui accorderait des dégrèvements fiscaux aux personnes qui n'utilisent pas de véhicules et à ceux qui se sont déjà équipés de véhicules peu énergivores.