Ottawa rejette les comparaisons entre les conflits afghan et irakien

Avec 106 soldats morts, des centaines de blessés et une facture estimée à 18,3 milliards, le Canada semble s’être résigné à une longue et coûteuse mission.
Photo: Agence Reuters Avec 106 soldats morts, des centaines de blessés et une facture estimée à 18,3 milliards, le Canada semble s’être résigné à une longue et coûteuse mission.

Ottawa — À l'origine, la mission du Canada en Afghanistan devait se terminer en février 2009. Elle continuera toutefois à gagner en envergure et en dépenses engagées au cours de la prochaine année.

Avec 106 soldats morts, des centaines de blessés et une facture estimée à 18,3 milliards, le Canada semble s'être résigné à une longue et coûteuse mission menée dans le cadre d'une guerre qui ressemble, estiment certains, à l'impasse sanglante en Irak.

Au printemps prochain — et à l'instar de ce qui s'est passé en Irak il y a deux ans —, des dizaines de milliers de soldats américains additionnels devraient être déployés en Afghanistan.

Les États-Unis semblent prêts — malgré les objections formulées par certains de ses alliés — à mettre en place une stratégie inspirée des expériences vécues en Irak dans le but de pacifier l'Afghanistan.

Sur le terrain, les dirigeants militaires ont prévenu que la confrontation avec les talibans allait se poursuivre et que la violence augmenterait. De plus, les Afghans iront aux urnes à l'automne 2009, ce qui pourrait inciter les insurgés à intensifier leurs activités.

«On peut s'attendre à ce que l'insurrection s'intensifie et à ce que les talibans soient davantage déterminés dans leurs efforts pour perturber la démocratie», a affirmé le ministre canadien de la Défense nationale, Peter MacKay, dans une interview de fin d'année à la Presse canadienne.

L'envoi de près de 30 000 soldats américains supplémentaires reflète la volonté du prochain président des États-Unis, Barack Obama, de faire de l'Afghanistan le principal front dans la guerre au terrorisme. Bien que l'est de l'Afghanistan ait déjà été une région relativement tranquille, la sécurité s'y est considérablement dégradée au cours de la dernière année.

Comparaisons superficielles

Mais malgré les effusions de sang et les possibles déploiements de soldats étrangers supplémentaires, le chef d'état-major de l'armée canadienne estime que seules des comparaisons superficielles peuvent être établies entre les conflits afghan et irakien. «Je ne dirais pas qu'il s'agit de la guerre choisie par les moudjahidins, pas encore», a affirmé le major-général Andrew Leslie, qui a commandé il y a cinq ans à Kaboul une mission de la Force internationale d'assistance à la sécurité de l'OTAN.

Selon M. Leslie, les tensions entre les Afghans — toutes ethnies confondues — et les étrangers feront en sorte que les niveaux de violence qui ont marqué l'Irak ne seront probablement pas atteints en Afghanistan.

La plupart des effusions de sang survenues à Bagdad et ses environs depuis 2004 ont impliqué des sunnites et des chiites, alors que les troupes américaines et britanniques s'étaient retrouvées prises entre les deux factions.

La composition démographique en Afghanistan n'est pas aussi explosive, comme n'a eu de cesse de le réitérer le ministre MacKay.

Mais alors que les Canadiens tentent d'amoindrir ce genre de comparaisons, les Américains, eux, ont l'intention d'importer en Afghanistan des éléments de la stratégie utilisée en Irak. L'idée est d'armer des combattants des zones tribales pour lutter contre les talibans dans l'arrière-pays et le long des frontières poreuses séparant l'Afghanistan du Pakistan.

La proposition est lourde de dangers et le Canada ne souscrit pas à cette idée, a affirmé le ministre MacKay. Les tactiques employées en Irak ne sont pas toutes applicables en Afghanistan, a-t-il fait valoir. «Cela pourrait s'avérer contre-productif, et c'est pourquoi nous préférons recourir au processus habituel de formation [de troupes afghanes]», a-t-il conclu.

Coûts humains et financiers

Avec la mort de 288 soldats des forces de l'OTAN, en date de la mi-décembre, et des estimations faisant état de 4000 victimes civiles, 2008 est l'année la plus sanglante depuis la chute du régime taliban en Afghanistan. Le nombre de soldats canadiens morts au combat depuis 2002 a dépassé le seuil psychologique de 100 au début du mois de décembre.

En septembre, le directeur parlementaire du budget a rendu publics des coûts approximatifs liés à la mission canadienne en Afghanistan. Kevin Page avait alors indiqué que les dépenses engagées par le Canada — sans escalade supplémentaire de la violence — devraient s'établir à au moins 18,3 milliards.

Mais il a du même souffle précisé que ces estimations pourraient être inexactes, parce que plusieurs organismes importants, comme l'Agence canadienne de développement international, ne lui avaient pas fourni des informations à jour.

De plus, les coûts liés aux soins qui seront prodigués ultérieurement aux anciens combattants constituent le facteur le plus incertain dans les estimations de M. Page.

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