Automobile: le plan Harper a des trous

La bouée de sauvetage de quatre milliards que le gouvernement Harper a lancée à General Motors et à Chrysler en fin de semaine ne permettra pas nécessairement de sauver les emplois dans les usines d'assemblage du pays, a soutenu hier l'ancien président des Travailleurs canadiens de l'automobile, Buzz Hargrove.

En dévoilant les deux prêts samedi, le premier ministre Stephen Harper a dit qu'il s'agissait d'une mesure «regrettable, mais nécessaire pour protéger l'économie canadienne». Ottawa et les provinces «surveilleront l'investissement de l'argent des contribuables», a-t-il ajouté.

Hier, M. Hargrove, qui a dirigé les TCA de 1992 à 2008 et a participé activement à plusieurs séries de négociations de convention collective entre les travailleurs et les trois grands de l'automobile, s'est attaqué au plan d'aide des conservateurs sous prétexte qu'il est incomplet.

«Ils ne comprennent pas l'industrie, ils n'ont personne pour examiner ça de manière intelligente et dire ce que le gouvernement devrait faire dans cette situation critique», a dit M. Hargrove lors d'un passage à l'émission Question Period, du réseau CTV.

«La responsabilité du présent gouvernement, si vous injectez de l'argent maintenant, est de garantir les niveaux de production des usines d'assemblages canadiennes. Et ça ne fait pas partie de l'enveloppe d'aide dévoilée samedi», a ajouté M. Hargrove.

L'industrie automobile canadienne compte pour près de 20 % de la production nord-américaine, et 10 % des achats de véhicules. Elle représente aussi 24 % des exportations et 150 000 emplois, dont plus de 45 000 dans les usines d'assemblage seulement. Chaque année, la dizaine d'usines canadiennes fabriquent environ 2,6 millions de véhicules.

Dans un discours en février 2008, l'ancien ministre d'Industrie Canada Jim Prentice a dit que chaque emploi dans une usine d'assemblage générait cinq emplois indirects.

Les mesures annoncées samedi comprennent deux gestes autres que les prêts à GM et Chrysler. Ottawa, par l'entremise d'Exportation et Développement Canada, entend faciliter la vie aux fournisseurs de pièces automobiles en élargissant l'accès aux assurances de manière à compenser le resserrement du crédit. Il y aura aussi des mesures pour faciliter les prêts aux acheteurs.

Hier, la réaction a également été négative chez les libéraux. Le député John McCallum, président du comité consultatif du chef libéral sur les stratégies économiques, a dit qu'il y avait une «sorte de garantie de production», mais que l'entente aurait pu être mieux négociée.

Sur les quatre milliards qu'Ottawa entend prêter aux deux constructeurs, trois milliards iront chez GM et un milliard sera remis à Chrysler. Les compagnies ont déjà reçu la promesse d'une aide de 17,4 milliards aux États-Unis.

«Si nous mettons 20 % de l'argent [total], nous devrions avoir une garantie selon laquelle le Canada garde 20 % de la production et des emplois», a dit M. McCallum au réseau CTV.

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