L'armée réclame des munitions

L'armée canadienne est à bout, techniquement et humainement, et le gouvernement doit réagir en faisant passer le budget de la Défense de 12 à 18 milliards d'ici trois ans, recommande le comité permanent de la Défense dans un rapport sur l'état de préparation des forces canadiennes, rendu public hier.

«Si aucune mesure n'est prise, les forces canadiennes feront bientôt face à une crise, si ce n'est pas déjà le cas», écrit le comité. «Le statu quo est inacceptable», ajoute-t-il.


Bien que d'accord avec ce diagnostic et la plupart des 25 recommandations émises, le Bloc québécois s'est dissocié des appels en faveur d'une augmentation de 50 % du budget de la Défense.


«Une révision complète de la politique de défense est nécessaire avant d'injecter de nouveaux fonds publics», a expliqué le député bloquiste Claude Bachand. Or le gouvernement a annoncé qu'il entreprendra une révision semblable, la première depuis 1994, et le député trouve plus sage d'attendre ses conclusions.


Le nouveau ministre de la Défense, John McCallum, a indiqué hier que cet exercice devrait avoir lieu cet automne et qu'il proposera d'ici là diverses options, y compris une hausse de budget. Mais il n'a pas voulu se prononcer sur les conclusions du comité.


«Mon travail consiste à lire ce rapport attentivement et à y répondre au moment opportun. Nous sommes sur le point de faire une révision de la politique de défense. Il serait donc stupide de ma part de répondre à un rapport avant de l'avoir lu», a-t-il dit à sa sortie du cabinet.


Le premier ministre Jean Chrétien, lui, a plutôt voulu tempérer les attentes. «Tout le monde voudrait que nous dépensions plus. Nous avons un problème avec l'agriculture en ce moment. [...] Et il y a le problème avec le bois d'oeuvre. Il y a toutes sortes de demandes faites au gouvernement mais nous n'avons pas des ressources illimitées. Nous avons accordé une grosse hausse de budget à la Défense au cours des trois dernières années et nous espérons être capables de l'augmenter encore l'an prochain.»


Le comité suggère de hausser le budget militaire de manière à ce qu'il atteigne graduellement entre 1,5 et 1,6 % du PIB, ce qui rapprocherait le Canada de la moyenne des pays de l'OTAN. À l'heure actuelle, le Canada occupe l'avant-dernier rang.


Ce rapport est toutefois l'énième d'une longue série de documents qui allaient tous dans le même sens. Mais ni le comité, ni le Sénat, ni la Vérificatrice générale, ni la Conférence des associations de la défense n'ont réussi à infléchir la volonté du premier ministre. Cet hiver, il avait même soutenu que ceux qui voulaient davantage de ressources pour l'armée étaient coincés dans une logique de la guerre froide ou servaient les intérêts de l'industrie militaire.


Le président du comité, David Pratt, reconnaît qu'on ne saura qu'en février prochain si le comité a eu plus de succès cette année. Ses collègues et lui-même pensent cependant jouir de l'appui de l'opinion publique depuis les attentats du 11 septembre.


Le temps presse, croit le comité, car la baisse des effectifs et des budgets pendant les années 90 a coïncidé avec une augmentation des missions à l'étranger. Celles-ci ont entraîné une surutilisation des forces armées, ne leur laissant plus assez de temps pour récupérer et s'entraîner.


En somme, l'armée a atteint le point critique où elle ne pourra plus remplir toutes les fonctions qu'on exige d'elle. Elle manque de moyens. Elle doit même garder un navire à quai, faute de personnel. De plus, l'entretien de l'équipement est déficient alors qu'il vieillit ou même, dans certains cas, tombe en désuétude.


On ne peut donc plus attendre, croit la majorité du comité, pour réinvestir dans la défense et accélérer les programmes de renouvellement d'équipement, en particulier celui des hélicoptères Sea King.