FERMÉ JUSQU'AU 26 JANVIER - La coalition tient bon, mais Dion est menacé

Photo: Agence Reuters

Ottawa — Les trois partis d'opposition ont rapidement signifié hier que le projet de coalition tient bon et qu'un véritable plan de relance économique sera élaboré dans les prochaines semaines pour démontrer aux Canadiens que la coalition PLC-NPD est sérieuse. Reste à voir si Stéphane Dion sera encore le chef du Parti libéral à la fin du mois de janvier, lorsque les travaux reprendront aux Communes.

Selon les informations obtenues par Le Devoir hier auprès de plusieurs sources libérales, l'idée de maintenir en place la coalition fait l'unanimité, mais pas celle de garder Stéphane Dion en poste. Au point où des discussions seront entamées dans les prochains jours entre les clans Ignatieff, Rae et Leblanc pour déterminer s'il est possible d'installer un nouveau chef rapidement, soit bien avant le mois de mai prochain, date prévue du congrès au leadership.

Sous le couvert de l'anonymat, plusieurs députés souhaitent même le départ de Stéphane Dion avant la reprise des travaux aux Communes, le 26 janvier.

«La coalition est là et solide. C'est Stéphane qui ne passe pas. Avec la vidéo d'hier [mercredi], les gens ont compris que le point de non retour a été atteint. Le statu quo n'est plus possible», a dit une source libérale influente ayant participé à la réunion spéciale du caucus, hier après-midi.

Selon un libéral, même si le gouvernement Harper est défait lors du prochain vote de confiance et si le projet de coalition se concrétise, à la fin de janvier ou au début de février, il faudra un chef crédible pour «vendre» la coalition aux Canadiens.

De plus, il y aura toujours la possibilité que la gouverneure générale replonge le pays en élections dès cet hiver si Harper est défait, plutôt que de donner le pouvoir à la coalition. «Si ça arrive, les députés sont carrément paniqués à l'idée de faire une autre campagne électorale avec Dion comme chef», dit un député qui a refusé d'être identifié. Il vaut donc mieux être prêt à toutes les éventualités et changer de chef rapidement, disent plusieurs sources libérales.

Est-il possible que Stéphane Dion soit remplacé avant la reprise des activités à la Chambre des communes? «C'est ce qu'on regarde», a dit une source, affirmant que la réflexion est en cours dans les trois camps au leadership.

L'obstacle le plus important semble toutefois être Bob Rae, qui estime qu'un changement de garde rapide avantagerait Michael Ignatieff, qui jouit d'un plus grand appui auprès des députés et de l'establishment du parti. C'est d'ailleurs Bob Rae qui a poussé le plus fort pour que Stéphane Dion demeure le chef d'une éventuelle coalition.

Interrogé par Le Devoir, Bob Rae a soutenu qu'il souhaitait que la course au leadership se poursuive jusqu'au congrès de mai, à Vancouver. «Le leadership continue, et j'espère que ça va durer», a-t-il dit, avant de quitter le Parlement.

De son côté, Michael Ignatieff a affirmé que tout le caucus est uni et déterminé à faire face à Stephen Harper. Il a soutenu que la coalition est toujours vivante. Mais il a refusé de répondre à des questions sur l'avenir de Stéphane Dion. «M. Dion est chef du Parti libéral», a-t-il seulement répondu.

Quant au principal intéressé, il n'a pas voulu s'étendre sur le sujet. «L'appui pour mon leadership est très fort», a dit Stéphane Dion.

Un seul député a ouvertement critiqué Stéphane Dion. Il s'agit de Jim Karygiannis, un élu ontarien reconnu comme un électron libre, qui ne suit pas toujours la ligne de parti. «Mes électeurs veulent que Stéphane Dion quitte», a-t-il dit après le caucus libéral spécial, hier après-midi.

Selon lui, même la coalition est menacée. «Je ne peux pas voir comment tout ça peut tenir», a-t-il ajouté, faisant référence à la période de presque deux mois qui s'écoulera jusqu'au prochain vote de confiance aux Communes, à la fin de janvier.

La coalition vivante

Jim Karygiannis a toutefois été le seul député à remettre en question la coalition. Tous les députés libéraux ont soutenu qu'elle n'était pas en train de se fissurer. «Je trouve les propos de mon collègue très décevants», a dit Michael Ignatieff. «M. Karygiannis a droit à ses opinions, mais il n'a jamais vraiment soutenu Stéphane Dion. Il ne représente pas le caucus», a dit le député Bryan Wilfert. «On est déterminés. Je ne suis pas d'accord avec lui», a renchéri Gerard Kennedy.

Les libéraux ont toutefois soutenu hier que la porte n'est pas totalement fermée à un éventuel appui au budget de Stephen Harper, qui doit être dévoilé le 27 janvier. Les députés estiment cependant que les concessions devront être nombreuses de la part du premier ministre, sans quoi la coalition sera là pour prendre la relève. «On verra ce qu'il propose et on jugera de la stratégie ensuite», a dit la députée Martha Hall Findlay.

À la sortie du caucus, Stéphane Dion a toutefois affirmé qu'il y avait peu d'espoir. «La méfiance du caucus envers cet homme, après ce qu'il a fait cette semaine, est très forte, a dit le chef libéral. Ce qu'il a fait avec l'unité nationale est irresponsable.»

Selon Stéphane Dion, le premier ministre Harper «devra presque changer d'ADN pour amener le caucus du Parti libéral à travailler avec lui». Il faudra un «changement monumental» de cap des conservateurs pour que les libéraux renoncent à renverser le gouvernement à la première occasion, a-t-il dit.

En attendant, Stéphane Dion annonce que la coalition PLC-NPD travaillera sans relâche au cours des prochaines semaines pour en arriver avec un plan crédible pour relancer l'économie.

Le Bloc et le NPD imperturbables

Du côté néo-démocrate de la coalition, on était encore plus ferme hier: pas question d'écouter ce que M. Harper aura à dire dans son budget. «Malheureusement, on ne peut pas faire confiance à M. Harper. Et je ne pense pas que les Canadiens lui font confiance après ce qu'on a vu cette semaine. S'il présente de bonnes idées, nous allons les inclure dans le budget de la coalition», a dit Jack Layton.

Pour lui, il n'y a pas de retour en arrière possible. Stephen Harper serait alors battu dès la rentrée de janvier, et la gouverneure générale, pour ne pas replonger le pays en élections moins de six mois après le dernier scrutin, demanderait à la coalition de prendre le pouvoir. «C'est clair que la majorité des députés n'a plus confiance en M. Harper, et je ne vois pas ça changer», a dit le chef du NPD.

Même son de cloche du côté du Bloc québécois, qui ne croit pas que Stephen Harper va vraiment tendre la main à l'opposition dans les prochaines semaines. «Il a déjà dit qu'il était près à négocier dans le passé et il a fait exactement le contraire. Il s'est moqué des gens», a dit Gilles Duceppe.

Pour s'attirer le soutien du Bloc, Stephen Harper devra accorder au Québec tout ce qui est dans l'entente de la coalition, a dit Gilles Duceppe, c'est-à-dire l'abolition des compressions en culture, le retour du financement des organismes de développement économique pour les régions du Québec, une aide aux secteurs manufacturier et forestier, le réalignement du Canada sur les objectifs de Kyoto, etc. «Ça me surprendrait beaucoup que M. Harper réponde à ces demandes», a-t-il dit.

Le chef du Bloc estime que la coalition devrait tenir bon. «De notre côté, nous sommes toujours prêts à appuyer la coalition», a dit Gilles Duceppe.

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