«Harper a perdu le droit de gouverner»

Photo: Agence Reuters

Ottawa — Le chef du Parti libéral, Stéphane Dion, a demandé hier aux Canadiens — et à la gouverneure générale — de faire confiance à une éventuelle coalition de l'opposition pour relancer l'économie et diriger le pays avec un esprit de «collaboration» en ces temps difficiles.

L'aspect économique a dominé le discours de Stéphane Dion, prononcé quelques minutes après celui de Stephen Harper, hier soir, à Ottawa. «Le Canada est aux prises avec les répercussions que pourrait avoir la crise économique mondiale, a-t-il dit. Notre économie est au bord d'une récession. Les Canadiens ont peur de perdre leur emploi, leur maison et leurs économies.»

C'est là que Stephen Harper a échoué, selon le chef de la possible coalition. «Le gouvernement fédéral a le devoir d'agir et d'aider les Canadiens à traverser ces temps difficiles, a dit Stéphane Dion. Stephen Harper refuse toujours de proposer des mesures pour stimuler l'économie canadienne. Le mini-budget qu'il a présenté la semaine dernière démontre que sa priorité est la partisannerie et le règlement de ses comptes idéologiques.»

Le discours de Stéphane Dion a été diffusé avec plusieurs minutes de retard hier soir, car l'enregistrement n'est pas arrivé aux différents réseaux de télévision à l'heure prévue. Il y aurait eu un mélange entre les versions française et anglaise, dit-on. De plus, la qualité de la bande n'était pas très bonne.

Le chef libéral a demandé à la gouverneure générale de ne pas accepter de proroger la Chambre des communes jusqu'à la fin du mois de janvier, ce que Stephen Harper lui demandera de faire ce matin. «Si M.Harper veut suspendre les travaux du Parlement, il doit affronter un vote de confiance. Dans notre Canada, le gouvernement doit assumer ses décisions et ses actes devant le Parlement», a-t-il dit, ajoutant: «Les conservateurs de Stephen Harper ont perdu la confiance de la majorité des députés à la Chambre des communes. Dans notre régime parlementaire, cela signifie qu'ils ont perdu le droit de gouverner.»

Michaëlle Jean doit donner une chance à la coalition, selon lui. «Les Canadiens ne veulent pas d'autres élections, ils veulent que les parlementaires travaillent ensemble. C'est notre devoir.» M. Dion estime que la coalition est viable. «Les coalitions sont normales et courantes dans de nombreuses régions du monde et elles peuvent fonctionner très bien. La recette est simple: consensus, bonne volonté et coopération.»

Et cette coalition PLC-NPD, avec l'appui du Bloc québécois, aura une seule priorité, dit-il. «Notre coalition est une entente pour gouverner, avec un programme bien défini: nous attaquer au plus important problème auquel le pays fait face, l'économie. C'est un programme qui vise à protéger et à créer des emplois, et à relancer l'économie dans toutes les régions du pays.» Les détails de ce plan de relance ne sont toujours pas connus, mais la coalition a promis d'aider les secteurs manufacturier, forestier et de l'automobile, en plus d'accélérer les investissements en infrastructure.

Gilles Duceppe défend son choix

Stéphane Dion a été le seul des trois chefs de l'opposition à recevoir un temps d'antenne garanti sur les principales chaînes de télévision au pays. Lors du dernier discours à la nation, celui de Paul Martin en 2005, tous les chefs avaient obtenus un droit de réplique. C'est dans ce contexte que le chef du Bloc québécois a tenu à rappeler qu'il ne fait pas officiellement partie de la coalition et que son parti reste «indépendant». «J'ai fait une entente avec la coalition, c'est différent», a-t-il dit en après-midi.

Gilles Duceppe a défendu son choix d'appuyer une coalition PLC-NPD pendant 18 mois. «Il y a à peine 50 jours, les électeurs nous ont confié un mandat très clair. Les Québécois nous ont demandé de continuer à défendre les valeurs et les intérêts du Québec, mais aussi d'empêcher les dérives idéologiques des conservateurs.»

Le chef du Bloc a dit qu'en ces temps de ralentissement économique, il faut «s'élever au-dessus des considérations partisanes». Or, Stephen Harper a justement «créé une crise politique de toute pièce» en mettant «le feu aux poudres». «Le Bloc québécois avait le devoir de s'opposer à un énoncé idéologique qui s'attaquait au Québec, aux travailleurs, aux femmes et à la démocratie», a-t-il dit, ajoutant: «Le chef conservateur a confirmé les pires craintes des Québécois envers son parti et son gouvernement.»

Stephen Harper étant «indigne de gouverner», selon lui, et la coalition se devait de voir le jour. «Nous avons obtenu une entente qui prévoit des gains très importants pour le Québec», a-t-il dit, citant le soutien à venir pour les secteurs manufacturier et forestier, mais aussi «la restauration du financement des organismes québécois de développement économique pour les régions du Québec». Il a aussi mentionné que les compressions dans la culture seraient annulées et que les retraités et les chômeurs obtiendraient des gains.

Gilles Duceppe demande lui aussi de «laisser la Chambre des communes voter» pour «qu'on en finisse avec ce gouvernement». «Et qu'enfin, nous puissions travailler à combattre de toutes nos forces la crise économique qui s'abat sur nous.»

Jack Layton a prononcé un discours qui abondait dans le même sens que celui des deux autres chefs de l'opposition. «Un nouveau gouvernement est prêt à servir», a-t-il dit. Selon lui, le Canada est à une croisée des chemins «historique» puisqu'une crise économique «sans précédent» approche.

Pour y faire face, «le Canada doit avoir un gouvernement efficace et fort, qui a la confiance du Parlement». Or, Stephen Harper «n'a pas démontré de leadership», a dit Jack Layton. «Les familles qui vont recevoir leur dernier chèque de paye avaient besoin d'espoir. [...] Stephen Harper a refusé d'agir.»

Le premier ministre a «brisé» la confiance que la population avait en lui, selon le chef du NPD. «En mettant fin au Parlement, en mettant le cadenas sur la porte, il rejette le choix démocratique de 62 % des gens», a-t-il dit, invitant les citoyens à faire confiance à la coalition. «Pour la première fois, la majorité des partis choisis par les gens ont mis de côté leurs différences.»

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