Congrès du Parti conservateur - Les militants québécois sont restés chez-eux

Stephen Harper a dû reconnaître, hier, que les résultats électoraux au Québec n’avaient pas été à la hauteur des attentes.
Photo: Agence Reuters Stephen Harper a dû reconnaître, hier, que les résultats électoraux au Québec n’avaient pas été à la hauteur des attentes.

Ottawa — La représentation québécoise au congrès du Parti conservateur se déroulant à Winnipeg est à l'image de la députation du parti dans la province: très minoritaire. Ce ne sont finalement qu'une centaine de militants québécois qui se sont déplacés pour débattre de l'orientation que doit prendre leur formation. Déjà, certains s'inquiètent de perdre de l'influence au sein du parti.

Le Parti conservateur tient cette semaine son premier congrès, en théorie bisannuel, depuis mars 2005. C'est l'occasion de célébrer pour la première fois en famille le retour au pouvoir des conservateurs après 13 longues années sur les banquettes de l'opposition. Dans son discours hier soir, Stephen Harper a d'ailleurs félicité à de nombreuses reprises ses militants, leur rappelant qu'ils avaient confondu les sceptiques.

«Il y a cinq ans, a rappelé M. Harper, le mouvement conservateur de ce pays était divisé, abattu et démoralisé. Le gouvernement du jour nous ridiculisait, les commentateurs nous déclaraient vaincus et le public nous disait de ne pas le déranger tant que nous n'aurions pas réglé nos querelles internes. Un certain rouleau compresseur politique [Paul Martin] devait prendre le pouvoir [...] avec 250 sièges et nous réduire à néant.» Ces jours sont terminés, a dit le premier ministre en concluant que «le Parti conservateur est le parti du Canada».

M. Harper a toutefois reconnu dans son discours que les résultats électoraux du Québec n'avaient pas été satisfaisants. «Nous avons toujours des défis à relever au Québec et nous allons les relever en expliquant clairement notre vision, nos politiques, nos décisions. Et mes amis, le temps où on se laissait distraire par la démagogie du Bloc est terminé.»

Les Québécois sont rares

Ce sont environ 2000 personnes qui ont convergé vers la ville manitobaine pour ce congrès, mais à peine une centaine venaient du Québec. Le lieutenant de Stephen Harper pour la province, le ministre des Travaux publics Christian Paradis, n'est pas déçu, au contraire. «Une centaine, c'est un signal positif», a-t-il déclaré hier à l'ouverture de ce congrès devant se poursuivre jusqu'à demain soir. M. Paradis rappelle que le parti termine une campagne électorale, que les troupes sont fatiguées et que Winnipeg, c'est loin.

Mais selon un militant contacté par Le Devoir cette semaine, personne n'avait envie d'aller se faire demander pendant trois jours pourquoi le parti n'avait pas gagné au Québec. «Tout le monde va fêter la victoire et ils vont nous demander pourquoi on n'a pas réussi, nous», dit cette source.

Le Devoir a contacté les dix députés du Québec. Tous sont présents, mais avec des délégations réduites. Chaque circonscription peut envoyer un maximum de 10 personnes et personne n'a atteint ce nombre. Christian Paradis semble en voie de réussir le meilleur score en amenant avec lui huit délégués de sa circonscription de Mégantic-L'Érable. Le ministre du Revenu, Jean-Pierre Blackburn, n'aura avec lui que deux délégués de Jonquière-Alma, son voisin Denis Lebel, un seul. Dans Brome-Missisquoi, que le Parti conservateur n'a pas réussi à ravir au Bloc québécois, il y aura quatre représentants.

Pourtant, certaines questions touchant particulièrement le Québec seront débattues au cours des prochains jours. En premier lieu, il y a cette résolution du député ontarien Scott Reid visant à restreindre le nombre de délégués provenant d'une circonscription où la ferveur conservatrice est mitigée. Cette résolution ferait en sorte qu'il faudrait un minimum de 100 militants conservateurs dans une circonscription donnée pour que celle-ci puisse dépêcher le maximum de représentants (10) lors d'un congrès. En deçà de ce plancher, une circonscription aurait le droit d'envoyer un délégué pour chaque tranche de 10 militants.

Blackburn inquiet

En entrevue avec Le Devoir, Jean-Pierre Blackburn se dit très inquiet. «Je ne suis pas d'accord avec cette chose», dit-il. Il explique que, si certains consacrent beaucoup de temps à la vente de cartes de membre, ce n'est pas son cas. «Pour ma part, quand j'ai 400 membres dans Chicoutimi-Jonquière, je suis bien content. J'ai d'autres choses à faire que vendre des cartes», explique-t-il. Il n'accepterait cette règle que si la carte de membre voyait sa durée portée à quatre ans.

Par ailleurs, le ministre Blackburn souhaite que la voix des Québécois tempère les ardeurs de certains éléments «extrêmes» du parti. Les militants reviennent avec cette idée de faire de la mort d'un foetus, lors de l'attaque d'une femme enceinte, une infraction distincte sujette à des «peines additionnelles». Une autre résolution vise à modifier le concept d'équité salariale. Alors que celle-ci est définie comme un salaire égal pour un travail équivalent, les militants conservateurs voudraient revenir à une description plus restreinte de la «parité salariale pour un travail égal».

M. Blackburn considère donc qu'il est important pour ceux qui seront présents «de bien faire valoir notre point de vue comme Québécois là-bas». Le ministre a toutefois tenu à rappeler que le gouvernement n'était pas lié par les résolutions adoptées «par le parquet».

D'ailleurs, le discours de M. Harper aura donné quelques raisons à l'aile plus conservatrice du parti de se réjouir. Son discours d'hier était imprégné d'une forte odeur familiale, le premier ministre faisant constamment référence à sa conjointe, Laureen Harper, et à l'importance de sa famille. Plus tard, en faisant référence à la décision du gouvernement conservateur de verser directement aux familles une allocation mensuelle de 100 $ plutôt que de financer un système de garderies, le premier ministre a dit: «Nous avons amélioré l'aide à l'enfance en appuyant la famille, pas en s'y substituant.»

***

Avec La Presse canadienne