Course à trois au PLC

Ottawa — La brochette de candidats à la course au leadership du Parti libéral du Canada (PLC) se précise... et s'amenuise. Si Michael Ignatieff annoncera son intention d'y participer ce matin, tout indique que Martin Cauchon, le seul candidat québécois supposé de la course, se désistera demain. Gerard Kennedy et David McGuinty, quant à eux, ont déclaré forfait hier. Résultat: la course pourrait bien ne compter que trois candidats.

Ainsi, le clan de Martin Cauchon a confié au Devoir hier que son poulain partageait les critiques formulées la veille par Denis Coderre. Le PLC a manqué, à son avis, une belle occasion de se renouveler en adoptant des règles de sélection du chef trop contraignantes et trop dispendieuses.

«Martin [Cauchon] fera des appels avec son monde d'ici vendredi [demain], mais il est clair que les règles adoptées par l'exécutif du PLC ne font pas son affaire», indique une source proche de M. Cauchon. Selon cette même source, M. Cauchon «veut y aller», dans cette course, mais il n'est pas «suicidaire» non plus. Il est très fâché de la tournure des événements.

Le problème est en un, encore et toujours, d'argent. Le PLC a imposé un plafond de dépenses aux candidats de 1,5 million. Or, pour s'assurer de leurs votes, chaque clan devra pouvoir compter sur la présence de ses délégués sur le plancher du congrès à Vancouver. Cela implique dans certains cas de payer leurs frais de transport et d'hébergement. La facture grimpera vite...

«Si on a 400 délégués et qu'il faut payer, c'est immédiatement 400 000 ou 500 000 $ qui y passent. Il ne reste pas grand-chose pour la campagne», illustre notre source. Selon le clan de Martin Cauchon, cette situation favorise les candidats déjà bien établis (Bob Rae et Michael Ignatieff), plus susceptibles de recruter des délégués au sein de l'establishment capables de payer eux-mêmes les frais de congrès.

«Ce n'est clairement pas un processus favorisant les nouveaux venus», conclut une personne dans l'entourage de M. Cauchon. Malgré tout, l'ancien ministre de la Justice, qui s'est fait connaître avec sa lutte pour la reconnaissance des mariages entre conjoints de même sexe et la décriminalisation de la marijuana, n'a pas encore complètement fermé la porte. Il se donne jusqu'à demain pour se décider, mais son entourage semble plutôt enclin à lui conseiller de ne pas sauter dans l'arène. Lui-même entretient d'importants doutes, nous explique-t-on.

La veille, Denis Coderre a annoncé au Devoir qu'il ne briguerait pas lui non plus la chefferie du PLC pour des raisons à peu près semblables. Les deux hommes se sont d'ailleurs parlé hier. M. Coderre estime qu'il est irréaliste de la part d'une formation politique fauchée d'organiser une fois de plus un congrès à grand déploiement coûtant plusieurs millions de dollars. Ce sont autant de dollars qui ne serviront pas à préparer le parti à la prochaine joute électorale.

En outre, la vieille formule de sélection par délégués ne permet pas aux membres de la formation de choisir directement leur chef, geste d'une grande importance pour eux. Tous les autres partis politiques fédéraux sont passés au vote direct. Chaque membre vote par téléphone, par la poste ou par Internet pour le chef de son choix. Le processus est bien moins excitant, mais il est moins onéreux aussi. C'est ainsi qu'a été choisi Stephen Harper, contre Tony Clement et Belinda Stronach, en 2004, ou encore Jack Layton en 2003, contre Bill Blaikie, Joe Comartin, Pierre Ducasse et deux autres candidats.

Une course à trois

Par ailleurs, les députés ontariens Gerard Kennedy et David McGuinty ont annoncé hier qu'ils ne se lanceraient pas non plus dans la course. «Il s'agissait, pour moi, de choisir entre me lancer dans une autre campagne ou travailler pour les Canadiens de manière plus directe», écrit M. Kennedy dans sa déclaration.

Pour lui, non seulement est-il nécessaire que certains éléments forts du caucus libéral restent à la Chambre des communes, mais ceux-ci doivent contribuer au «renouvellement» du PLC, que tout le monde semble appeler de ses voeux ces jours-ci. «Je crois fermement que l'aile parlementaire du parti et ses membres doivent aussi faire leur part pour s'assurer que nous avons un parti politique moderne, ouvert, efficace, responsable et capable de regagner la confiance des Canadiens. Un changement de chef en soi ne sera pas suffisant.»

M. Kennedy avait tenté sa chance en 2006. Outre le fait qu'il lui reste encore une dette de campagne à éponger, plusieurs personnes dans le parti lui en veulent d'avoir contribué au couronnement de Stéphane Dion la dernière fois.

MM. Dion et Kennedy avaient en effet scellé un pacte par lequel celui qui terminerait en quatrième place au second tour s'engageait à se rallier à l'autre. M. Dion avait finalement coiffé M. Kennedy par seulement deux voix! M. Kennedy a respecté sa part du contrat et un nombre écrasant de ses délégués l'ont suivi aux côtés de M. Dion.

Quant à David McGuinty, le frère du premier ministre ontarien, il ne se lancera pas non plus. Selon nos sources, Ruby Dhalla, une jeune députée peu connue de l'Ontario qui a conservé son siège de justesse (773 voix) le 14 octobre dernier et dont le nom circule parfois, ne sera pas non plus de la course.

Jusqu'à présent, seuls Bob Rae et Dominic LeBlanc ont annoncé leur intention de se présenter. Michael Ignatieff devrait être le premier à faire une annonce officielle ce matin.
1 commentaire
  • Gilles Bousquet - Inscrit 13 novembre 2008 09 h 04

    Pas à 3 candidats, à 4 avec M. Charest

    Si M. Charest se fait battre personnellement dans Sherbrooke et son gouvernement aussi, à l'élection du 8 décembre, il va être tenté de se présenter, en sauveur, à la chefferie Libérale du Canada comme quatrième candidat.

    Enfin, le rêve, Premier-Ministre du Canada en entier avec tous les pouvoirs d'un vrai pays ! Merci la Province de Québec.