Mobilisation contre l'expulsion de Fatima Marhfoul

Sauf intervention d'Ottawa, Fatima Marhfoul, une travailleuse marocaine clandestine, sera déportée demain. Mme Marhfoul, détenue depuis le 8 février 2003 au Centre de prévention de l'Immigration, à Laval, s'est en effet vu signifier jeudi le rejet de ses demandes de régularisation.

Une manifestation de soutien a été organisée hier devant les bureaux de l'Immigration par de nombreux groupes sociaux, dont l'Association des aides familiales du Québec (AAFQ) et la Fédération des femmes du Québec (FFQ). Tous ont appelé le ministre fédéral de la Citoyenneté et de l'Immigration, Denis Coderre, à suspendre la déportation de Mme Marhfoul et à lui accorder la résidence permanente sur une base humanitaire.

Mme Marhfoul est arrivée au Canada en 1990 comme aide domestique de l'ambassadeur du Maroc avant d'être confiée à une famille montréalaise aisée. Elle aurait alors été exploitée et tenue en situation de semi-esclavage pendant dix ans. Mme Marhfoul s'est finalement enfuie début février 2003. Elle a été arrêtée quelques jours plus tard après avoir joint les services de l'Immigration canadienne.

La travailleuse clandestine est très affectée par l'annonce de son expulsion dans son pays d'origine. «Elle n'a plus ni famille ni maison au Maroc, et elle risque d'être condamnée à une peine d'emprisonnement de cinq ans pour insulte à la monarchie marocaine [parce qu'elle a réclamé le statut de réfugiée]», a rappelé, lors de la manifestation, Fatima El Amraoui, intervenante en relations internationales.

Hier, les associations n'avaient reçu aucune réponse du ministre ou de ses services. Une inaction qu'elles n'ont pas manqué de dénoncer. «Le gouvernement est complice de la marchandisation des femmes et se contredit lui-même en fermant les yeux sur des cas aussi éhontés d'abus et d'exploitation», a déclaré Barbara Legault, porte-parole de la FFQ.

À Ottawa, la députée bloquiste de Jonquière, Jocelyne Girard-Bujold, a demandé vainement de «renoncer immédiatement à la procédure d'expulsion avant qu'il ne soit trop tard».

Quant à la famille soupçonnée d'avoir exploité Mme Marhfoul pendant dix ans, elle n'est sous le coup d'aucune poursuite judiciaire.