Course au leadership du PLC - Coderre passe son tour

Denis Coderre
Photo: Agence Reuters Denis Coderre

Ottawa — Il y a longuement et sérieusement réfléchi, mais Denis Coderre a finalement pris une décision. Le député de Bourassa ne se portera pas candidat à la direction du Parti libéral du Canada (PLC). Son heure, croit-il, n'est pas venue, et il est en outre déçu que sa formation n'ait pas osé moderniser la formule de sélection du leader.

«Je ne serai pas candidat à la prochaine course au leadership», a annoncé Denis Coderre en entrevue avec Le Devoir hier. «J'ai le goût d'être chef du parti et je pense avoir les capacités pour être chef du parti, mais, comme dit la chanson, "I have the right love at the wrong moment".»

M. Coderre entend donc appuyer un autre candidat en temps et lieu, mais sa décision n'est pas encore prise. Martha Hall Findlay, qui avait été la seule femme de la course de 2006, a aussi annoncé hier qu'elle ne serait pas candidate de nouveau.

Le député montréalais a pris sa décision après que l'exécutif du PLC eut annoncé les règles du jeu pour la prochaine course à la direction, règles qu'il juge dépassées. Le congrès se déroulera à Vancouver en utilisant la bonne vieille formule des délégués. Ces délégués sont élus par les militants libéraux dans chaque circonscription en fonction du candidat qu'ils disent appuyer. Ils doivent obligatoirement voter pour ce candidat lors du premier tour au congrès, mais sont libres de voter comme bon leur semble aux tours subséquents.

Denis Coderre rappelle qu'envoyer un délégué à Vancouver coûte environ 2000 $ (avion, hôtel, repas, prix d'inscription au congrès, etc.). Avec 22 délégués par circonscription, le coût devient vite prohibitif. Or, fait-il remarquer, «plusieurs associations de comtés vivent sur le respirateur artificiel». Leurs finances ont été grevées par les élections à répétition, les courses à la direction et la baisse de popularité du parti. «Disons que je suis capable de faire élire 20 délégués dans Bourassa. Si je n'ai pas les moyens de les envoyer à Vancouver, ça me donne quoi? La seule façon de se donner une chance de solidifier, voire même de rebâtir, notre base est de changer notre culture.»

Le coloré député avait proposé d'organiser dix minicongrès provinciaux tous reliés entre eux par satellite. Les délégués n'auraient pas eu besoin de se déplacer autant, réduisant leurs coûts personnels. «Mon alternative du XXIe siècle n'était pas basée sur la capacité de payer, mais sur la capacité de participer», rappelle-t-il.

Faut-il rappeler, ajoute-t-il, le pays traverse une crise économique importante. «On vit dans une bulle où il n'y a pas de place ni pour l'audace ni pour le respect de la base qui n'a pas les moyens des ambitions de la tour d'ivoire... Respectueusement, on a le sentiment que certains de nos dirigeants vivent sur une autre planète.»

Dur, dur d'être québécois

Denis Coderre estime par ailleurs qu'en sa qualité de Québécois francophone, il partait avec un handicap dans cette course. Il dit que plusieurs personnes lui ont, avec respect, fait remarquer que les militants du parti voudraient peut-être cette fois se donner un chef provenant d'une autre région du pays. Après tout, Jean Chrétien, Paul Martin et Stéphane Dion se faisaient tous élire au Québec...

«Tous les candidats du Québec ont cette réalité à regarder en face», dit-il. Un tel constat pourrait faire mal à Martin Cauchon, un ancien ministre de Jean Chrétien qui jongle encore avec la possibilité de se lancer dans la course.

Quant à M. Coderre, il se montre lucide. Il rappelle qu'après 25 ans au PLC, il n'a pas besoin de se lancer dans une course à la direction pour se faire connaître ou se «positionner», comme on dit dans le jargon politique. Du coup, «quand les planètes ne sont pas toutes alignées, il faut faire preuve de réalisme. Je n'irai pas vivre une expérience de vie juste pour nous endetter encore plus.»

M. Coderre est le quatrième candidat potentiel à cette course à se désister. Hier, Martha Hall Findlay, qui avait été candidate en 2006, a annoncé publiquement qu'elle ne tenterait pas l'expérience de nouveau. Elle traîne encore une dette de près de 200 000 $. Elle aurait probablement été la seule femme de la cuvée 2008.

«Ma carrière, mon engagement personnel envers le Parti libéral du Canada, de même que mon engagement envers notre beau pays seraient mieux servis si je m'applique à donner le meilleur de moi-même en tant que députée de Willowdale [à Toronto]», écrit-elle dans un communiqué de presse.

John Manley et Franck McKenna ont aussi annoncé qu'ils ne seraient pas candidats. Pour l'instant, seuls Bob Rae et Dominic LeBlanc se sont officiellement lancés. On attend encore de connaître les intentions de Michael Ignatieff et de Martin Cauchon.
3 commentaires
  • Gilles Bousquet - Inscrit 12 novembre 2008 07 h 45

    Qui trop embrasse...

    M. Denis Coderre vient de nous démontrer que les distances trop grandes peuvent devenir, pour un politicien, un problème même si, temporairement, le pétrole coûte un peu moins cher.

    C'est beau les Rocheuses mais c'est loin, principalement pour une rencontre des Libéraux canadiens.

    Fait que, mon cher Coderre, c'est pas à ton tour de te laisser parler d'amour. À la place, vire souverainiste ou fédéraliste québécois comme l'a déjà fait M. Charest, Natashquan c'est encore moins loin que Vancouver pour couvrir le territoire que l'on veut gouverner comme "chef" de son parti et/ou du pays.

  • Pierre-S Lefebvre - Inscrit 12 novembre 2008 08 h 34

    La belle affaire

    On s`en fout si Coderre se présente ou pas. Élu dans un comté à majorité allophone il ne peut se réclamer de représenter les francophones. Coderre, Dion, Trudeau et Garneau même bande d`hypocrites Libéraux anti-Québécois. Qu`ils continuent à se couillonner entre-eux et les canadiens en seront libérés.

  • Gabriel RACLE - Inscrit 12 novembre 2008 09 h 18

    Un manque de crédibilité

    Le parti libéral du Canada n'a pas réussi à s'imposer lors de l'élection du 14 octobre par manque de crédibilité : manque de crédibilité de son chef, manque de crédibilité de son programme, y compris parmi ses membres, manque de crédibilité tenant à ses problèmes passés, manque de crédibilité générale. Un manque de crédibilité assure un désintérêt pour la politique, pour un parti, et un manque de participation électorale.

    En tenant un congrès d'investiture à Vancouver, le parti va-t-il retrouver cette crédibilité qui lui fait défaut et susciter à son égard une dynamique d'espoir, comme celle qu'a su créer Barack Obama aux États-Unis? On peut en douter. Ce congrès va coûter très cher, et en cette période de crise financière et économique prolongée, de telles dépenses suscitent plutôt la désapprobation que l'approbation. Aucuba candidat n'est capable de recueillir des millions de dollars à la manière d'Obama, c'est acquis d'avance, du fait d'une base insuffisante et parce qu'aucun ne porte encore l'espoir d'un changement radical et une vision politique dynamique.

    Comme le rappelé le député Denis Coderre, le pays traverse une crise économique importante. «On vit dans une bulle où il n'y a pas de place ni pour l'audace ni pour le respect de la base qui n'a pas les moyens des ambitions de la tour d'ivoire... Respectueusement, on a le sentiment que certains de nos dirigeants vivent sur une autre planète.»

    En effet. On se demande pourquoi ces dirigeants continuent d'utiliser les mêmes vieilles règles pour choisir un nouveau chef, au lieu d'innover. La technologie offre des ressources qu'ils devraient plutôt utiliser. Il est possible de se faire connaître grâce à Internet, comme on l'a vu aux États-Unis. Il est possible de voter en toute sécurité par Internet. Et une telle façon de procéder réduirait les coûts considérablement tout en assurant une meilleure participation des militants du party.

    Tout en assurant aussi une démarche écologique, que les déplacements â avion à Vancouver contredisent. En innovant, en montrant qu'il tient compte de la situation économique en minimisant les dépenses relatives au choix d'un nouveau chef, en respectant une démarche écologique, le parti libéral pourrait se donner une nouvelle image, montrer qu'il a changé, retrouver une crédibilité perdue. Mais les dirigeants qui ont recours aux méthodes anciennes d'organisation d'un congrès coûteux, non écologique et nul comme source de crédibilité pour le parti et son futur chef, ignorent tout de la psychopolitique. Ce n'est que trop évident. Se sont-ils posé la question de la crédibilité de leur organisation?

    Avant de choisir Vancouver, ils auraient dû se poser les questions évoquées ci-dessus. Sans aucun doute, ils auraient fait un choix différent. Mais voilà, ils sont restés cantonnés dans leur conception étriquée de la vie de leur parti, en refaisant ce que l'on a toujours fait. Et pourtant, Barack Obama vient tout juste de montrer qu'il y a une autre façon de procéder pour s'assurer une crédibilité politique réussie, et qu'il est possible d'en tenir compte d'une manière économique canadienne. Un peu de psychopolitique leur aurait été utile. Les militants libéraux n'ont pas grand chose de nouveau à attendre, le changement n'est pas à l'horizon du Pacifique.