Projets d'infrastructures mis en veilleuse à cause des élections - Québec savait qu'Ottawa se ferait discret

Photo: Jacques Nadeau

Le gouvernement libéral de Jean Charest savait que le déclenchement des élections bloquerait la signature de plusieurs ententes d'infrastructures avec le gouvernement fédéral. Des projets que Jean Charest souhaite pourtant voir démarrer au plus vite afin de stimuler l'économie.

À Québec et à Ottawa, des sources ont affirmé au Devoir qu'il a toujours été clair qu'il n'y aurait aucune annonce ou signature de projets durant la campagne électorale.

«On est en élections. Le gouvernement existe, mais on n'est pas capables de négocier des projets actuellement», a signalé une source libérale. À Québec, on avoue qu'il existe des «règles non écrites» qui veulent que le gouvernement fédéral ne fasse pas d'annonce dans les provinces où se déroule une campagne électorale. «Le premier ministre [canadien], d'habitude, ne fait pas d'annonce dans les provinces où il y a des élections parce que les autres partis pourraient l'accuser de favoriser un camp ou un autre. Ça, c'est normal», a-t-on fait observer à Québec.

Pourtant, hier encore, Jean Charest soutenait qu'aucune signature d'entente ne serait retardée en raison de la campagne. «C'est normal qu'il [le fédéral] ne veuille pas se mêler de la campagne au Québec. Est-ce que ça veut dire que tout est arrêté? Non», a affirmé Jean Charest.

Lundi, lors de la rencontre des premiers ministres à Ottawa, Jean Charest faisait valoir que l'accélération des programmes d'infrastructures était primordiale pour maintenir l'économie à flot. Il ajoutait que le premier ministre Harper devrait «donner lui-même le signal qu'il veut des ententes» rapidement. «C'est au niveau politique que ça va se régler», a dit Jean Charest lundi.

Des annonces en attente

Mais, à Ottawa, on affirme avoir toujours été clair sur le fait qu'une campagne électorale au Québec ralentirait la signature des ententes, et donc le démarrage des projets.

Les propos de Jean Charest ont fait sourire bien des gens dans la capitale fédérale. «Si la priorité du Québec est d'accélérer les investissements en infrastructures, le déclenchement d'une élection est un drôle de choix», a soutenu une source gouvernementale canadienne.

Une autre source à Ottawa a confirmé au Devoir que «des projets et des annonces sont sur la glace au Québec» en raison de la campagne électorale. On ne veut toutefois pas dire lesquels pour ne pas briser des ententes confidentielles. «Certaines annonces auraient pu être faites et devront attendre», soutient cette source.

Hier, Le Journal de Montréal rapportait que les ententes concernant le Quartier des spectacles à Montréal, le Musée des beaux-arts de Québec et celui de Montréal, le parachèvement des autoroutes 30 et 73, ainsi que l'agrandissement du PEPS de l'Université Laval, devaient faire l'objet de signatures particulières cet automne. En tout, près de 1,9 milliard de dollars en investissement dans les infrastructures seraient en attente en raison des élections.

Aux yeux du chef adéquiste, Mario Dumont, cette attitude du chef libéral démontre que, «dans les quelques semaines qui ont précédé le déclenchement des élections, pour Jean Charest, il n'y avait plus rien qui comptait. L'économie ne comptait plus, les besoins de la population ne comptaient plus. Il voyait les intérêts de son parti et n'avait plus aucun regard sur les besoins du Québec.»

Pas de rancune

Dans l'entourage de Stephen Harper, on soutient toutefois qu'il n'y a «aucune rancune» contre Jean Charest et son équipe malgré les accrochages de la dernière élection fédérale et on explique que le blocage actuel est tout à fait normal lors d'une élection, peu importe la province.

Interrogé sur le sujet hier, un porte-parole du premier ministre Stephen Harper a confirmé qu'aucune annonce n'aurait lieu au Québec pendant la campagne. «Le gouvernement du Canada ne va pas s'ingérer dans la campagne électorale québécoise», a affirmé Dimitri Soudas.

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Avec la collaboration d'Antoine Robitaille
2 commentaires
  • Jacques Gagnon - Inscrit 12 novembre 2008 10 h 34

    Quel cynisme !

    Je suis découragé de nos leaders.

  • Lorraine Dubé - Inscrite 12 novembre 2008 12 h 32

    La priorité de Jean Charest: L'opportunisme politique au détriment des intérêts du Québec

    Qu'y a-t-il de plus à rajouter? Cette phrase d'une source gouvernementale résume bien la partisannerie et l'ambition personnelle qui caractérisent nos deux premiers ministres aux 2 paliers de gouvernements:

    «Les propos de Jean Charest ont fait sourire bien des gens dans la capitale fédérale. «Si la priorité du Québec est d'accélérer les investissements en infrastructures, le déclenchement d'une élection est un drôle de choix».

    Souhaitons que les citoyens malgré leur lassitude de deux élections presque simultanées déjouent le plan de Jean Charest et fassent sortir leurs votes au lieu de l'abstention...et, par le fait même qu'ils délogent ce gouvernement.