Économie - Les premiers ministres préparent le terrain pour janvier

Ottawa — La rencontre fédérale-provinciale sur l'économie qui s'est déroulée hier à Ottawa aura permis de préparer le terrain pour la vraie réunion, qui aura lieu en janvier prochain. Aucune entente formelle n'a été signée hier et aucun engagement important n'a émergé de la réunion de trois heures.

Le seul progrès notable enregistré hier concerne les programmes d'infrastructures, puisque tous les premiers ministres ont convenu d'accélérer les investissements déjà prévus. Pour y arriver, les dirigeants souhaitent raccourcir les délais entre la signature des ententes fédérales-provinciales et la sortie des fonds. «Ça va aider l'activité économique en général. Je suis très confiant qu'on [sic] va pouvoir y arriver dans la prochaine année», a dit le premier ministre canadien, Stephen Harper.

Une autre idée a semblé faire son chemin hier, soit celle de repousser de 71 à 73 ans la date obligatoire de transformation du Régime enregistré d'épargne retraite (REER) en Fonds enregistré de revenu de retraite (FERR). Cette modification temporaire pourrait éviter aux retraités d'avoir à liquider une partie de leur REER alors que les marchés sont dans une situation désastreuse. Aucune décision n'a toutefois été prise hier.

Malgré ce résultat modeste, tous les premiers ministres ont souligné «l'esprit de collaboration» et le climat «positif» de la rencontre, ce qui est de bon augure pour la réunion de janvier, ont-ils soutenu.

«La rencontre a été très fructueuse, a dit Stephen Harper. En cette période d'incertitude économique, la coopération est primordiale.» M. Harper a expliqué à ses homologues les actions que son gouvernement a déjà prises depuis le début de cette crise financière. Il a également sollicité l'opinion des premiers ministres en vue de la réunion internationale du G20 à laquelle Stephen Harper prendra part à Washington, à la fin de la semaine.

Le premier ministre canadien a mis l'accent sur le fait qu'il s'agissait hier d'une «première rencontre de travail» et que la réunion de janvier prochain aurait probablement plus à offrir. Mais, par la même occasion, il a soutenu que toutes les demandes des provinces ne peuvent pas être comblées par Ottawa. «Il y a toujours plus de demandes que d'argent, a dit Stephen Harper. C'est la réalité. Tous les premiers ministres vivent des crises importantes, mais tout le monde sait qu'il y a une instabilité économique mondiale. Tout le monde sait qu'on doit faire des choix. On va écouter et prendre les positions les plus responsables.»

Stephen Harper a répété que son gouvernement devrait dégager un «modeste» surplus pour l'année financière en cours, sans toutefois vouloir s'avancer pour les années à venir. On en saura plus lors de l'énoncé économique du ministre des Finances, Jim Flaherty, vers la fin du mois de novembre, a-t-il dit.

Jean Charest satisfait

Le premier ministre Harper n'a pas davantage donné de détails sur une aide possible aux secteurs manufacturier et forestier, deux industries qui souffrent au Québec et en Ontario.

Malgré tout, le premier ministre du Québec, Jean Charest, semblait satisfait de la rencontre d'hier. «Ce n'est pas une réunion où le gouvernement fédéral venait prendre des engagements. C'était clair dès le départ que cette rencontre allait préparer celle de janvier», a-t-il dit lors d'un point de presse en fin de journée.

Jean Charest a dit avoir apprécié «l'esprit de collaboration et de coopération» qui s'est dégagé de la rencontre. «Le premier ministre Harper a été attentif à ce que nous avions à dire», a-t-il soutenu.

Le premier ministre du Québec, qui a fait une pause dans sa campagne électorale pour la durée de cette rencontre à Ottawa, avait une longue liste de besoins à soumettre à ses homologues et au premier ministre canadien. Outre une aide aux secteurs manufacturier et forestier, Jean Charest a demandé que la Banque du Canada facilite l'accès au crédit pour les petites et moyennes entreprises. L'accélération des programmes d'infrastructures était également au menu, tout comme une aide pour la formation de la main-d'oeuvre qui se retrouvera sans emploi avec le ralentissement économique. L'ouverture d'un nouvel espace économique avec l'Europe, comme un accord de libre-échange, a aussi été évoquée.

L'étalement du remboursement des régimes de retraite pour les entreprises a aussi été débattu, tout comme la naissance d'un train rapide dans le corridor Québec-Windsor. Ce «projet formidable», selon Jean Charest, caressé par Québec et l'Ontario, a toutefois trouvé peu d'écho à Ottawa jusqu'à maintenant. «Le gouvernement du Canada, avec le Québec et l'Ontario, a déjà commencé une étude sur ce projet. On va attendre les résultats», a répondu Stephen Harper hier.

Réactions de Marois et Dumont

La campagne électorale au Québec a toutefois rattrapé Jean Charest, puisque Pauline Marois et Mario Dumont ont durement critiqué ce qu'ils qualifient d'un manque de revendications de la part du chef libéral.

«M. Charest n'a pas encore traversé le pont, et il a décidé de renoncer à ses demandes, a dit la chef du PQ, Pauline Marois, de passage à Blainville en matinée. Je trouve ça inacceptable: il avait fait 13 demandes durant la campagne: il les a oubliées à ce moment-ci? Nous lui disons minimalement, on a 800 millions de transfert au niveau postsecondaire, ça nous prend cet argent. M. Harper a dit qu'il réglerait le pouvoir de dépenser: réglons-le. Il y a 400 millions qu'on nous doit pour le verglas. C'est très gênant de M. Charest. Il a lui-même fait baisser les enchères, faut le faire.»

À Gatineau, Mario Dumont a quant à lui soutenu que Jean Charest n'avait pas fait connaître ses demandes clairement, contrairement aux autres premiers ministres, dont celui de la Colombie-Britannique et du Manitoba, qui ont parlé des retraités et des hypothèques des propriétaires. «On a l'impression que, pendant que d'autres premiers ministres placent leurs attentes, Jean Charest réduit les attentes. On le comprend de réduire les attentes: il s'est placé en position de faiblesse.»

L'industrie automobile

Pour sa part, l'Ontario arrivait avec une demande bien précise hier: trouver de l'aide pour son secteur automobile en pleine crise. Le premier ministre de la plus populeuse province du pays, Dalton McGuinty, a soutenu qu'il y avait «urgence». «Il y a eu une bonne écoute du côté de M. Harper», a-t-il dit, avant d'ajouter que les discussions avaient été «franches». M. McGuinty a soutenu qu'il ne cherchait pas une aide directe à cette industrie pour l'instant, mais plutôt des garanties de prêts.

Du côté du gouvernement canadien, on n'écarte pas une aide éventuelle, mais la forme reste à définir. «On ne rejette rien, mais on n'a rien décidé. On va regarder nos options», a dit Stephen Harper. Le premier ministre canadien a ajouté qu'il fallait bien réfléchir, puisque les gouvernements ne doivent pas maintenir en vie un secteur qui aurait besoin d'une aide du gouvernement de manière permanente. M. McGuinty s'est dit d'accord avec cette réflexion.

Avec la collaboration d'Antoine Robitaille et de Guillaume Bourgault-Côté