Le souvenir des vétérans devenus sans-abri

Des enfants regardent les médailles d’un vétéran canadien, Phil Etter, à l’occasion d’une cérémonie qui se déroulait à Le Quesnel, en France, hier.
Photo: Agence Reuters Des enfants regardent les médailles d’un vétéran canadien, Phil Etter, à l’occasion d’une cérémonie qui se déroulait à Le Quesnel, en France, hier.

Ottawa — Les Canadiens honoreront aujourd'hui les militaires à l'occasion du jour du Souvenir. Cependant, très peu d'entre eux penseront aux «oubliés», ces vétérans qui font la queue à la soupe populaire et qui dorment dans des refuges pour itinérants.

Ce sont souvent des retraités de l'armée, traumatisés par les conflits, qui n'ont pas pu se réadapter à la vie quotidienne. Leur mariage a volé en éclats et ils sont tombés dans la consommation abusive et la dépendance à la drogue et l'alcool.

Ils vivent maintenant dans la rue et doivent quêter pour survivre.

Selon le colonel à la retraite Patrick Stogran, des pays comme les États-Unis et l'Angleterre ont créé des programmes spéciaux et des refuges pour ces vétérans «oubliés», mais pas le Canada.

M. Stogran croit que les soldats n'ont pas l'aide nécessaire lorsqu'ils reviennent au pays.

«C'est comme laisser quelqu'un de blessé sur le champ de bataille. Quelqu'un qui dort dans sa voiture ne peut pas réintégrer la société», a confié celui qui est devenu le premier ombudsman du ministère des Anciens Combattants.

L'ancien militaire a visité des refuges du pays, et chacun d'entre eux a dit avoir déjà accueilli des anciens officiers de l'armée.

Selon M. Stogran, le ministère des Anciens Combattants devrait aider les «oubliés» là où ils se trouvent, plutôt qu'attendre qu'ils se manifestent pour obtenir de l'aide. Il croit toutefois que les réticences des fonctionnaires du ministère à vouloir s'impliquer dans la cause sont dues aux risques élevés de déclencher des tempêtes politiques et médiatiques.

Certains de ces itinérants sont jeunes et ont servi au cours de la mission de paix des Nations unies en Bosnie ou encore pour des missions de combat en Afghanistan.

«Ces soldats reviennent du front avec un important bagage d'expérience. Nous pourrions avoir une décennie de vétérans qui ne seront pas pris en charge par le ministère des Anciens Combattants», a-t-il ajouté en rappelant l'urgence de la situation.

Les experts sont divisés lorsque vient le temps d'expliquer pourquoi ces anciens combattants se retrouvent à la rue. Certains affirment qu'ils deviennent des sans-abri pour les mêmes raisons que les autres itinérants, alors que d'autres croient que les vétérans font face à des obstacles particuliers qui les rendent plus vulnérables.

«Il n'existe aucun lien entre le service militaire et le syndrome d'anxiété post-traumatique. Les vétérans canadiens de la Seconde Guerre mondiale ont vécu des expériences atroces et sont revenus à la vie normale sans problème», assure Hugh Milroy, chef de la direction de l'Aide aux vétérans d'Angleterre.

Pierre Allard, de la Légion royale canadienne, pense plutôt que les soldats sont exposés à des situations potentiellement traumatisantes qui peuvent mener à des troubles d'anxiété, de dépression et d'autres problèmes psychologiques. Les problèmes de consommation aggravent, selon lui, leur état et les mettent dans «une situation risquée».

«Ils font partie d'un genre de famille lorsqu'ils font leur service militaire. Lorsqu'ils quittent l'armée, l'attachement qu'ils ont développé disparaît et ils se retrouvent isolés, surtout s'ils souffrent de maladie mentale», explique M. Allard.

Le ministère des Anciens Combattants travaille présentement à mettre sur pied une politique pour les vétérans «oubliés».