Le Canada n'enverra pas de troupes au sol dans une éventuelle guerre contre l'Irak - Parti pour la mer d'Oman, l'Iroquois doit rentrer à Halifax

L’hélicoptère n’a jamais réussi à prendre son envol. Il s’est écrasé sur le pont du navire où il gît sur son flanc.
Photo: Agence Reuters L’hélicoptère n’a jamais réussi à prendre son envol. Il s’est écrasé sur le pont du navire où il gît sur son flanc.

Ottawa - L'écrasement hier d'un hélicoptère canadien Sea King a ravivé la controverse entourant ces appareils vieux de 40 ans et compromis la mission de commandement des forces alliées en mer d'Oman, que le Canada est si fier d'assurer.

Guerre ou pas, le Canada n'enverra pas de soldats en territoire irakien et s'en tiendra à une contribution navale et aérienne, a confirmé hier le ministre de la Défense, John McCallum. Mais même ce rôle dans la mer d'Oman a été compromis hier alors que le destroyer NCSM Iroquois a dû remettre le cap sur Halifax après qu'un hélicoptère Sea King se fut écrasé sur son pont.

L'accident a immédiatement ravivé la controverse autour des appareils Sea King, vieux d'une quarantaine d'années, que le gouvernement libéral n'a toujours pas entrepris de remplacer.

Quatre soldats canadiens se trouvaient à bord de l'hélicoptère au moment du décollage. Un problème dont on ignore toujours la nature l'a fait s'écraser sur le pont du navire. Deux personnes ont subi des blessures «extrêmement mineures». Le destroyer a quand même fait demi-tour puisqu'une évaluation des dégâts doit être faite avant de poursuivre la mission. L'hélicoptère gît encore sur son flanc et devra être soulevé au moyen d'une grue. Le destroyer avait quitté Halifax lundi dernier et mettra deux jours pour regagner le port.

La contribution canadienne est toutefois compromise. Le gouvernement fédéral faisait grand cas de l'envoi de ce navire au Moyen-Orient puisque celui-ci devait commander les forces alliées en plus des deux frégates canadiennes déjà sur place. La Défense nationale soutient qu'en attendant, le commandement peut quand même être assuré par une de ces frégates. Mais le chef d'état-major Raymond Hénault a reconnu qu'aucun des trois autres destroyers canadiens ne serait prêt à prendre la relève de l'Iroquois si jamais celui-ci s'avérait plus endommagé qu'on le croit.

«Il n'y a pas de destroyer préparé et apte à quitter rapidement, alors il va falloir déterminer au fil des prochaines 36 à 48 heures si nous pouvons redéployer l'Iroquois, et ce serait notre préférence, a dit M. Hénault. Ce n'est pas gênant, mais c'est inquiétant.»

Le ministre John McCallum a déclaré qu'il s'agit d'un incident malheureux et qu'il n'avait pas encore eu le temps d'en discuter avec les pays alliés. Le commandement canadien est-il en péril? «Je ne dirais pas qu'il est en danger, mais il est un peu en suspens parce que nous devons évaluer les dommages de l'Iroquois», a répondu le ministre.

En prenant le pouvoir, en 1993, Jean Chrétien avait annulé à grands frais (un demi-milliard de dollars) une commande de 43 hélicoptères, au coût de 4,8 milliards, passée sous les conservateurs et visant à remplacer notamment les Sea King. Depuis, Ottawa s'est perdu en mille et une démarches et un nouveau contrat n'a toujours pas été accordé. L'opposition n'a pas manqué de le remettre sous le nez du gouvernement, hier au Parlement.

Le chef conservateur Joe Clark a parlé d'un incident embarrassant pour le Canada, qui aurait pu être évité si Jean Chrétien n'avait pas annulé le contrat d'achat des hélicoptères de remplacement. Quelques-uns des nouveaux appareils EH-101 auraient été livrés dès 2001 si le contrat n'avait pas été annulé.

«C'est d'autant plus embarrassant que le navire rappelé représente la contribution que le Canada tente de faire, même si c'est de manière détournée, à la situation internationale. Ça illustre le triste état de notre défense, et nous sommes préoccupés par la sécurité du personnel», a de son côté déclaré le chef allianciste, Stephen Harper.

La situation est aussi embarrassante pour le ministre de la Défense. Au moment de l'accident, il prononçait justement un discours dans lequel il confirmait que la décision d'envoyer des troupes terrestres en Afghanistan empêcherait d'en envoyer en Irak, advenant une guerre. M. McCallum faisait toutefois valoir que l'envoi de navires compenserait en quelque sorte l'absence de fantassins canadiens en Irak.

«En prenant cet engagement substantiel en Afghanistan, nous ne serons pas capables d'envoyer des troupes terrestres en nombre significatif dans quelque pays que ce soit au cours de la prochaine année. Ceci n'empêche pas une participation éventuelle en Irak s'il y avait une guerre et si le gouvernement souhaitait y participer, mais cela ne se ferait pas au moyen de troupes terrestres», a-t-il déclaré.

Dans son discours, M. McCallum a indiqué que les autorités américaines, qui prônent une intervention armée en Irak, étaient au courant de cette situation. «[Le secrétaire à la Défense Donald] Rumsfeld sait que cette mission limite le déploiement de forces terrestres canadiennes ailleurs sur la planète pour au moins un an», a déclaré le ministre.

En fait, on explique dans son entourage que les Américains sont satisfaits de pouvoir compter sur un allié solide en Afghanistan et que le contrôle de la situation fait encore partie de la lutte internationale contre le terrorisme.

Avec la collaboration

de Manon Cornellier

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