Les abus de Lise Thibault - C'est aussi un peu la faute de Québec et d'Ottawa

Québec — La confusion et le laxisme des gouvernements ont permis à l'ancienne lieutenante-gouverneure Lise Thibault de mener un grand train de vie aux frais des contribuables, a conclu hier le vérificateur général du Québec, Renaud Lachance.

À la veille du témoignage attendu de Mme Thibault devant les parlementaires, le vérificateur général a commenté pour la première fois en commission parlementaire son rapport spécial qui brosse un tableau troublant des dépenses de l'ex-représentante de la monarchie britannique au Québec.

Entre 1997 et 2007, Mme Thibault a empoché pour quelque 700 000 $ de remboursements pour des dépenses personnelles ou sans lien «clair» avec ses fonctions officielles.

La «confusion» était telle «au niveau du contrôle» des dépenses que les citoyens ont fini par verser les émoluments du «professeur de ski» de Mme Thibault et payé «une quantité considérable de balles de golf» pour les loisirs de cette dernière, a relaté non sans une pointe d'ironie le vérificateur général devant les parlementaires.

De fait, les contribuables ont payé, entre autres choses, pour des séjours en Floride, des leçons de golf, de ski, des fêtes familiales et des partys de bureau pour Mme Thibault et sa garde rapprochée. La sexagénaire paraplégique a même tenté de refiler à l'ensemble des citoyens la facture d'hébergement de certains membres de sa famille mais a essuyé un refus.

Néanmoins, Mme Thibault n'a jamais été à court de ressources. Ainsi, pendant qu'elle recevait chaque mois une indemnité de 4000 $ du gouvernement du Québec pour résider dans la capitale, l'ancienne représentante de la reine se faisait rembourser sans gêne par le fédéral ses frais d'hébergement à Beaupré, à quelques kilomètres de Québec.

«Le gouvernement du Québec a continué à donner les 4000 $ par mois à l'ex-lieutenante-gouverneure alors que s'il avait parlé au gouvernement fédéral, s'ils s'étaient parlés, ils se seraient rendus compte qu'Ottawa était en train de payer de l'hébergement déjà couvert par une allocation», a dit M. Lachance.

Cette double indemnité d'hébergement a coûté en bout de ligne 129 000 $ au trésor fédéral.

Les dérapages imputés à l'ancienne lieutenante-gouverneure auraient certes pu être limités si Ottawa et Québec, qui assument le financement de l'institution honorifique, avaient travaillé de concert, a fait valoir le vérificateur.

«L'une des lacunes, c'est que le gouvernement du Québec et le gouvernement fédéral ne se parlaient pas dans ce dossier. [Il est nécessaire] que les deux gouvernements arriment leurs paiements des dépenses par rapport aux activités du lieutenant-gouverneur», a-t-il souligné.