Le ton monte entre Harper et Duceppe

Une centaine de personnes associées au Front d’action populaire en réaménagement urbain (FRAPRU) ont manifesté hier devant les bureaux du candidat conservateur Michael Fortier dans Vaudreuil-Dorion.
Photo: Jacques Nadeau Une centaine de personnes associées au Front d’action populaire en réaménagement urbain (FRAPRU) ont manifesté hier devant les bureaux du candidat conservateur Michael Fortier dans Vaudreuil-Dorion.

Laval — La dernière semaine de campagne électorale a pris son envol hier avec une guerre de mots bien sentie entre Stephen Harper et Gilles Duceppe, preuve que la course s'annonce serrée et que la tension monte d'un cran. Le lieutenant de Stephen Harper pour le Québec, Lawrence Cannon, a même soutenu hier soir que «le Bloc est un danger pour la sécurité économique» de la province.

En matinée, Stephen Harper avait pourtant tenté de se hisser au-dessus de la mêlé en reprochant ce type d'attaque à Gilles Duceppe.

Le chef conservateur estime que les déclarations très dures de Gilles Duceppe à son endroit, formulées dimanche lors d'un grand rassemblement du Bloc québécois à Saint-Hyacinthe, sont difficiles à comprendre et que les Québécois «vont faire la part des choses».

«Je n'ai pas l'intention de répondre aux attaques personnelles, a-t-il dit hier lors d'un point de presse. La difficulté pour M. Duceppe, c'est qu'il m'a aidé à défaire le gouvernement libéral en 2005. Pour les deux premières années de notre gouvernement à Ottawa, le Bloc nous a appuyés régulièrement. Il est un peu trop tard pour M. Duceppe de dire qu'on est le diable. Personne ne va le croire. Ce genre d'attaque ne représente pas, à mon avis, le vrai caractère de la nation québécoise.»

Dimanche, le chef du Bloc québécois a durement attaqué Stephen Harper, l'accusant entre autres choses de manquer de sens moral, d'être un tricheur et un menteur. Hier, Gilles Duceppe n'avait pas changé d'avis. «Tout ce que j'ai avancé repose sur des faits. Quand il dit dans des publicités qu'il a donné un siège à l'UNESCO au Québec, c'est un mensonge. Il n'y a pas de siège à l'UNESCO.»

Stephen Harper doit se rendre compte que la position du Bloc est toujours la même et que son parti appuiera de façon ponctuelle, sans s'engager dans une coalition formelle, tout projet sur la table qui sera bénéfique au Québec, a dit Gilles Duceppe.

De passage à Laval en soirée, Stephen Harper a à son tour tiré à boulets rouges sur le Bloc québécois. Devant 400 partisans survoltés réunis au Château Royal, à Chomedey, il a soutenu que le Bloc «s'oppose à n'importe quel parti politique au pouvoir à Ottawa». «Son plan, c'est de dire aux Québécois que vous ne devriez jamais faire partie du gouvernement. Qu'est-ce qu'on fait pour passer à travers une période d'incertitude économique? Évidemment, on se retrousse les manches et on travaille plus fort. Ce que le chef du Bloc vous demande, lui, c'est un mandat de grève. Il cherche un mandat pour rester dans les corridors, au lieu d'être à la table où se prennent les décisions», a-t-il lancé sous les applaudissements.

Deux manifestants pro-environnement ont réussi à déjouer l'énorme dispositif de sécurité des conservateurs — il faut être sur la liste des invités pour assister aux discours de Harper — et à se glisser dans la salle. Après avoir légèrement perturbé le début du discours, il ont été expulsés.

Une dernière semaine difficile?

La caravane conservatrice était de passage en banlieue de Montréal hier soir, avant de prendre la direction de Toronto dans la nuit. Stephen Harper doit dévoiler sa plate-forme électorale dans la Ville reine aujourd'hui.

À Laval, au nord de la métropole, Stephen Harper a toutefois peu de chance de faire une percée, si l'on se fie aux plus récents sondages. En 2006, la circonscription de Laval a été remportée par le Bloc québécois avec 10 000 voix d'avance sur le Parti libéral. Le Parti conservateur avait fini en troisième position. C'est le candidat Jean-Pierre Belisle qui porte cette année les couleurs du PC dans cette circonscription.

D'ailleurs, dans plusieurs régions du pays, l'avance du Parti conservateur semble s'effriter, selon deux sondages nationaux rendus publics en fin de semaine. L'écart entre le PC et le PLC à l'échelle canadienne aurait rétréci depuis le débat des chefs. Un coup de sonde CPAC-NANOS plaçait même le PC en tête par seulement quatre points hier. La plupart des sondages montrent toutefois une avance de cinq à sept points sur les libéraux. Le nombre d'indécis est très élevé.

Lors des élections de 2004 et 2006, Stephen Harper avait perdu des plumes dans la dernière semaine de la campagne, plombé par ses propres gaffes. Une source conservatrice haut placée a soutenu au Devoir la semaine dernière que le PC doit entrer dans la dernière semaine avec une bonne avance s'il espère remporter une majorité de sièges, puisque l'histoire montre que «le parti perd 2 ou 3 % dans la dernière semaine», a dit cette source. «Pour avoir une majorité, il faut avoir un bon coussin.»

Comment Stephen Harper aborde-t-il la dernière ligne droite cette fois? «J'ai dit dès le début que cette campagne serait difficile, a-t-il dit hier matin. Je me suis attendu à une grande bataille. On va continuer à travailler fort. Les sondages sont en hausse ou en baisse, mais à la fin, les électeurs votent une seule fois.»

Au Québec, le Bloc a repris la tête dans les sondages. Pour tenter de renverser la vapeur, Stephen Harper a accordé une série d'entrevues dans les médias québécois hier. Au réseau TVA, le chef conservateur a soutenu avoir encore des chances de faire des gains dans les régions du Québec. Il a cité la Mauricie, l'Estrie et le Bas-Saint-Laurent. «On a besoin de représentants du Québec au gouvernement pour agir. Ce n'est pas dans l'intérêt du Québec d'être isolé», a-t-il dit.

Prestation pour enfants

Hier matin, Stephen Harper a annoncé que le prestation fiscale pour enfants de 100 $ par mois serait indexée à l'inflation s'il reprend le pouvoir. Une dépense de 50 millions de dollars par année pour le gouvernement. Rappelons que ces 1200 $ par année par enfant de moins de six ans sont imposables.

Par contre, le Parti conservateur a annoncé hier qu'une femme ou un homme chef d'une famille monoparentale ne verrait plus cette prestation imposée. Une autre dépense de 50 millions par année. Une mesure qui ne s'applique pas aux familles monoparentales les plus pauvres, puisqu'elles ne payent déjà pas d'impôt. Selon le PC, il y a 1,3 million de parents célibataires au Canada, dont 21 % sont à faible revenu.