Contre vents et marées - Référendum de 1995 : le ministre des Finances Paul Martin appréhendait un scénario catastrophe

Les partisans du Oui au Stade olympique, en octobre 1995
Photo: Jacques Nadeau Les partisans du Oui au Stade olympique, en octobre 1995

Ottawa — Octobre 1995. Le pays retient son souffle. Le Québec votera-t-il, oui ou non, pour devenir un État indépendant? À Ottawa, un certain Paul Martin tient les cordons de la bourse fédérale. Le Canada n'a pas encore retrouvé la santé financière qui fait aujourd'hui sa fierté, et l'heure est à l'inquiétude.

C'est ce que raconte Paul Martin dans son autobiographie Contre vents et marées à paraître aux éditions Fides dans quelques semaines, et dont Le Devoir a obtenu une copie non corrigée. «Nous nous préparions au pire au ministère des Finances», écrit celui qui était à l'époque le très respecté ministre des Finances.

M. Martin raconte que le sous-ministre d'alors, David Dodge, «était particulièrement inquiet au sujet d'une ruée possible sur les banques canadiennes, plusieurs étant très exposées au Québec». Le gouvernement fédéral, écrit-il, «pourrait aussi devoir organiser un consortium bancaire afin de soutenir les établissements en difficulté».

Le ministre des Finances d'alors s'inquiétait du fait que la grande part de la dette canadienne se trouvait dans des titres à court terme, «ce qui signifie que nous étions exposés à une hausse très rapide des taux d'intérêt». Or, ajoute-t-il, «une grande partie de ces prêts, par pure coïncidence, venait à échéance dans les semaines suivant le référendum et devait être renouvelée. Cela signifiait que nous pourrions être contraints de refinancer un pourcentage important de notre dette au pire moment». M. Martin révèle même que les fonctionnaires craignaient que ne survienne une «crise de liquidité»; en conséquence, «le gouvernement pourrait manquer de devises autour de la mi-décembre, il se trouverait alors dans l'impossibilité de payer les fonctionnaires et de remettre leurs chèques aux aînés. C'était un scénario de catastrophe, mais il n'était pas difficile d'imaginer que les choses puissent en arriver là».

Besoin de clarté

La catastrophe ne s'est pas produite. Le Québec a finalement dit «non». Paul Martin revient toutefois sur le débat qui suivit ce scrutin, à savoir le besoin d'imposer plus de clarté en vue d'un autre référendum.

Paul Martin le dit sans détour: il était d'accord avec Jean Chrétien pour soumettre cette question à la Cour suprême du Canada. «J'estimais qu'il était inconcevable que le gouvernement péquiste puisse réaliser la séparation en vertu d'un mandat ultramince, à partir d'une question dont la signification précise échappait même aux avocats de droit constitutionnel. En tant que Québécois, j'étais fermement convaincu que le gouvernement du Québec n'avait aucunement le droit de détacher ma province de mon pays sur la foi d'une question imprécise et d'un mandat incertain.»

Paul Martin croyait toutefois que le Parlement aurait dû se contenter de la décision des magistrats, «beaucoup plus contraignante qu'une quelconque loi fédérale». Selon lui, la Loi sur la clarté pilotée par Stéphane Dion n'était pas nécessaire. Mais, conclut-il, «une fois que le cabinet eut pris la décision de présenter le projet de loi, je l'appuyai sans réserve».

Michaëlle Jean

Dans ce même ordre d'idées, Paul Martin se porte à la défense de celle qu'il a nommée au poste de gouverneure générale, l'ex-animatrice de télévision Michaëlle Jean. Il écrit que cette nomination a été «une des plus réussies» de son mandat et s'en dit très fier. Toutefois, à l'époque, Mme Jean a été happée par une tempête médiatique lorsque certains groupes l'ont accusée de sympathies souverainistes. On la voyait dans un documentaire levant le verre à l'indépendance des peuples. Paul Martin entend dissiper les doutes.

«Notre conversation dura près de cinq heures», écrit-il à propos de sa rencontre exploratoire avec sa future candidate. «À la fin de la journée, j'étais entièrement satisfait de son engagement envers le Canada, qui était sans équivoque: elle était persuadée que l'avenir du Québec était au sein du Canada.» Même à propos de son mari, le documentariste Jean-Daniel Lafond, Paul Martin écrit: «Il n'avait pas de penchants séparatistes.»

À son avis, les critiques ont été soulevées «par pure malice séparatiste». «Les séparatistes intransigeants tentèrent de briser l'enthousiasme que la nomination de Madame Jean avait fait naître au Québec et dans le reste du Canada.»
2 commentaires
  • Gilles Delisle - Abonné 6 octobre 2008 06 h 54

    Quel culot ce Martin!

    A lire ces extraits du livre de Martin, on voit bien que ce bonmhomme a pleinement mérité son sort. Quel culot que de se prétendre "Québécois" et de continuer à vouloir nous convaincre que la nomination de cette dame comme gouverneur-général, était judicieuse. Pourtant, cette dame, nous a démontré, en peu de temps, qu'elle ne connaissait rien de l'histoire de ce pays en s'aventurant à dire de grosses platitudes depuis son arrivée à ce poste. De la même manière, de continuer à nous faire croire que ce Lafond, n'avait pas de penchants séparatistes, nous démontre que Martin est un foutu menteur, qui continue à prendre le peuple québécois pour des imbéciles, ou qu'il est un grand naif.

  • Jacques Gagnon - Abonné 6 octobre 2008 11 h 34

    Voyez monsieur Martin, les méchants ne sont pas tous séparatistes.

    Les banques sont capables de se mettre dans le trouble toutes seules, sans l'aide des séparatistes.

    En plus, voyez comme notre Premier Harper nous répète que ce n'est pas grave.

    Une raison de moins de faire peur aux séparatistes.

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