Front anticonservateur - Plusieurs milliers de personnes manifestent à Montréal leur crainte d'un gouvernement Harper majoritaire

Plusieurs artistes ont participé hier à la manifestation organisée par une vingtaine d’organisations, de collectifs et de groupes divers.
Photo: Jacques Grenier Plusieurs artistes ont participé hier à la manifestation organisée par une vingtaine d’organisations, de collectifs et de groupes divers.

Alors que Stephen Harper s'offrait une journée de congé, plus de 5000 personnes — selon les organisateurs — ont manifesté hier dans les rues de la métropole, contre les politiques conservatrices du Parti conservateur du Canada.

La vingtaine d'organisations syndicales, de groupes environnementaux, de collectifs opposés à la guerre en Afghanistan et de groupes d'artistes se sont approprié le slogan du premier ministre terre-neuvien, Danny Williams, et ont appelé les Québécois et les Canadiens à voter pour «n'importe qui sauf les conservateurs».

«Votez pour dire oui à l'environnement, oui à la culture, oui à la paix, oui aux droits des femmes, des autochtones, des enfants de 14 ans, oui à un monde un peu meilleur. Nous voulons tout simplement un gouvernement qui ne nous fasse pas honte», a lancé le comédien Emmanuel Bilodeau devant des milliers de personnes massées sur l'esplanade de la Place des arts à l'issue d'une manifestation de quelques kilomètres dans les rues du centre-ville de Montréal.

La foule était attendue par Richard Séguin, Paul Piché, Mara Tremblay, Vincent Vallières, Alexandre Désilets et Coral Egan. Les interprètes ont prêté leur voix et leurs chansons et ont vivement dénoncé les politiques du PCC.

«Si les artistes se sont joints à ce rassemblement-là [hier], c'est bien sûr par solidarité, mais c'est aussi pour donner sa juste place à notre culture, à notre droit de la faire vivre, au droit de tous les citoyens de permettre aux arts d'embellir leur vie, a affirmé le président de l'Union des artistes (UDA), Raymond Legault, qui ne digère toujours pas les récentes compressions en culture. «Avoir accès aux arts et à la culture, c'est un droit fondamental.»

«À peine quelques mois de pouvoir, [à la tête] d'un gouvernement minoritaire. Nous avons tous vu ce qu'il a pu faire en matières autochtones. Imaginez ce que serait un gouvernement majoritaire de M. Harper», a pour sa part affirmé le chef régional de l'Assemblée des Premières Nations Québec-Labrador, Ghislain Picard. Le leader autochtone juge inacceptable que le Canada refuse, au même titre que les États-Unis, l'Australie et la Nouvelle-Zélande, de ratifier la Déclaration des Nations unies sur les droits des peuples autochtones et d'avoir déchiré l'Accord de Kelowna intervenu en 2006 entre le gouvernement de Paul Martin, les gouvernements provinciaux et territoriaux et les leaders autochtones.

Ghislain Picard a affirmé que les Premières Nations sont «victimes de représailles» depuis qu'elles s'inscrivent en faux devant les décisions du gouvernement Harper. «On pensait avoir tout vu avec le Livre blanc de Jean Chrétien en 1969, qui suggérait littéralement l'assimilation de nos peuples. Mais non, on n'a pas tout vu: on a aujourd'hui un gouvernement qui n'a jamais été aussi colonialiste et oppressant», a affirmé Ghislain Picard.

La liste des doléances de la Fédération des femmes du Québec (FFQ) est aussi très longue. La FFQ condamne notamment le gouvernement de Stephen Harper d'avoir aboli le programme national de services de garde. La FFQ s'inquiète aussi que de nouveaux projets de loi privés qui visent à restreindre le droit des femmes à l'avortement soient déposés par des députés conservateurs. Tous les députés conservateurs sauf quatre avaient voté en faveur du projet de loi C-484 sur les enfants non encore nés victimes d'actes criminels, a rappelé la FFQ.

«Si on élit un gouvernement conservateur majoritaire, on peut être certaines que [le recul] va se poursuivre. Pour nous, l'État est un acteur majeur dans les gestes qu'on doit poser pour éliminer la discrimination à l'égard des femmes. Or, la vision conservatrice qui est défendue par Stephen Harper, c'est moins d'État, moins de programmes sociaux», a affirmé, hier, la présidente de la FFQ, Michèle Asselin, qui appelle à battre les conservateurs.

Le chef du bloc québécois, Gilles Duceppe, a respecté le caractère non partisan de l'événement en refusant de s'adresser à la presse. Son petit-fils Émile sur ses épaules, Gilles Duceppe a écouté les chanteurs et orateurs qui se sont succédé sur la scène.