Dion attaque le plan de militarisation de l'Arctique

Iqaluit — Le chef libéral, Stéphane Dion, a taillé en pièces, hier matin, la militarisation de l'Arctique prônée par les conservateurs.

Sur la digue d'Iqaluit, au Nunavut, M. Dion a affirmé que les Canadiens ne «battront jamais» militairement les Russes, qui ont affiché avec éclat il y a quelque temps leurs prétentions dans le cercle polaire, convoité pour ses ressources naturelles.

À l'instar du chef conservateur Stephen Harper et du néodémocrate Jack Layton récemment, le leader libéral est venu courtiser les électeurs du Nunavut, qui ont voté pour le PLC en 2006.

«Ce n'est pas une erreur d'avoir une présence militaire, mais c'est une erreur d'en faire le fer de lance principal de la politique canadienne», comme le privilégient les conservateurs, a semoncé M. Dion, sous le pâle soleil nordique, face à la ville, qui donne sur la baie de Frobisher.

«Pourquoi? Parce que si la question devient principalement militaire, comment voulez qu'on appuie notre souveraineté face aux Russes et aux Américains?»

Selon lui, il faut d'abord que les Canadiens prouvent qu'ils sont les meilleurs gardiens du baromètre climatique de la planète que constitue le Grand Nord, que le Canada est le meilleur gardien du Nord. «C'est nous qui nous en occupons le mieux. [C'est la meilleure façon de s'assurer que] le monde désire que l'Arctique demeure canadien», a-t-il fait valoir.

Le leader libéral souhaite plutôt miser sur les populations locales. Il a notamment prôné la hausse du financement en alphabétisation, en construction résidentielle, en soutien aux langues autochtones, sans préciser les montants en jeu.

Aussi, il veut investir 25 millions de dollars pour rénover les ports de l'Arctique, hausser la déduction fiscale pour les résidants du Nord, remplacer la flotte d'avions de sauvetage et parachever la cartographie des fonds marins dans la région.

Il a également assuré que le projet libéral de taxe sur le carbone ne fera pas augmenter le coût des denrées au Canada, particulièrement dans l'Arctique, où l'importation des aliments est coûteuse. Il a plaidé que les réductions d'impôts compenseront la hausse des coûts des hydrocarbures et du transport.

Enfin, il a de nouveau martelé son message contre la division du vote progressiste, en riposte aux résultats solides des néodémocrates, des verts et du Bloc québécois dans les sondages.

«Ce n'est pas suffisant de voter contre Harper, il faut le remplacer par un gouvernement progressiste», a-t-il réitéré, dans le cadre de son sprint pancanadien de trois jours qui le conduit de Moncton à Victoria.

Le 20 septembre, le chef conservateur avait promis de regrouper toutes les activités de développement du Grand Nord sous la direction d'une agence de développement régionale indépendante. Un gouvernement conservateur établirait également un «bureau satellite», sorte de guichet unique facilitant les démarches administratives, et il améliorerait le processus réglementaire pour les projets sur les ressources naturelles.

«L'importance économique et stratégique de l'Arctique s'est accrue de façon exponentielle au fil des ans, notamment en raison de la hausse de la demande mondiale pour ses ressources énergétiques et minérales, de la fonte de la calotte glacière et de l'augmentation de la navigation», avait déclaré M. Harper.
1 commentaire
  • Francis Lavigne - Inscrit 24 avril 2011 12 h 03

    À qui appartient le Grand Nord ?

    Le Grand Nord canadien est une zone exceptionnelle de biodiversité et fragile qui n'a pas connu de grand changement au cours des cycles de glaciations, le sort des populations indigènes qui y habitent ne doit pas être assimilé par une vision économique prédatrice des ressources minérales qui s'y trouve en abondance. L'Arctique doit être classé site patrimonial mondial de l'UNESCO et être protégé par une organisation mondiale des pays nordiques dont l'économie, la stabilité et l'identité dépendent d'une concertation unifiée de l'avenir arctique.
    L'Artique appartient à tous les peuples circumpolaires qui ont comme mission commune de veiller à la conservation et la valorisation de l'écosystème arctique dans son intégrité absolue, par la mise en place de programmes stratégiques, de plan de surveillance et d'étude approfondie pour mieux connaître l'importance de la stabilité de la zone arctique sur le climat terrestre.
    L'Arctique n'est pas un champ de bataille ni un banquet pour les multinationales assoiffées de croissance anarchique qui met en péril la survie même de l'espèce humaine et sa cohabitation avec les autres espèces.
    L'Arctique est au même titre que notre environnement immédiat un socle inestimable de notre capacité de se rallier et d'agir au tour d'une même table comme autant de peuples respectueux de ses racines vivantes et de sa mémoire collective.