Des munitions pour attaquer Harper

Stephen Harper
Photo: Agence Reuters Stephen Harper

Les deux débats télévisés ont fourni de nouvelles munitions aux chefs fédéraux pour attaquer le leader conservateur, Stephen Harper, sur le thème de l'économie. Stéphane Dion, Gilles Duceppe et Jack Layton ont repris la route hier le couteau entre les dents, convaincus que le chef conservateur est «déconnecté» de la réalité et qu'il n'offre rien aux électeurs en cette période d'incertitude économique.

De passage au Nouveau-Brunswick, Stephen Harper a répété que les fondements de l'économie sont solides et que la vraie incertitude, c'est le Parti libéral et le NPD qui la proposent. Le ministre sortant des Finances, Jim Flaherty, a répété le même message en Ontario hier. En dépit des critiques, M. Flaherty a affirmé qu'aucune mesure précipitée n'est nécessaire.

Stéphane Dion et Jack Layton étaient à Montréal hier pour livrer leur message. Devant 300 personnes réunies par la Chambre de commerce de Montréal, le chef libéral a martelé que c'est son adversaire conservateur qui constitue un risque pour l'économie. M. Dion a indiqué en point de presse qu'il rappellerait la Chambre des communes rapidement s'il prend le pouvoir, peut-être dès la mi-novembre, pour discuter rapidement d'économie.

«Nous avons besoin d'un premier ministre qui fera ce que Stephen Harper refuse de faire: un premier ministre qui admet qu'il y a un problème dans notre économie», a lancé Stéphane Dion. Selon lui, «Stephen Harper dans sa bulle est bien le seul à ne pas se rendre compte» des difficultés de l'économie canadienne, avec ses pertes d'emplois massives dans les secteurs manufacturiers et forestiers, par exemple.

«Il n'a aucun plan! [...] Il espère que d'ici au lendemain du scrutin, vous ne verrez pas que nous avons des problèmes. Il chante la vieille rengaine "Don't worry, be happy"», a-t-il dit du premier ministre sortant.

M. Dion a réitéré le plan en cinq points qu'il avait dévoilé pendant le débat des chefs en français, mercredi soir. Il s'engage dans les 30 premiers jours de son élection à convoquer les dirigeants d'agences réglementaires canadiennes de la finance afin de prendre les mesures nécessaires pour protéger les épargnes des citoyens. Il présentera une mise à jour économique, accélérera son programme d'investissements dans les infrastructures et rencontrera ses homologues des provinces pour une concertation sur les actions à prendre. «En période de crise économique, ne pas agir coûte trop cher. Ne rien faire n'est pas une solution.»

Le chef du NPD, Jack Layton, déjeunait hier matin dans la circonscription de Jeanne-le-Ber, à Montréal. Selon lui, «le débat rend les choses plus claires: il y a deux visions» au pays. «La vraie économie, c'est quoi? C'est l'économie des familles, les pensions des aînés, l'emploi des travailleurs, les hypothèques des gens. On a demandé hier soir [jeudi soir] à M. Harper ce qu'il va faire. Il n'avait aucune politique à proposer, sauf son plan de donner un gros cadeau de 50 milliards aux grosses banques et aux pétrolières.»

Les trois chefs de l'opposition ont reproché à Stephen Harper un passage du débat en anglais où il a minimisé les répercussions au Canada de la crise financière qui secoue les États-Unis. Le chef conservateur a alors dit que les gens «n'ont pas peur de perdre leur emploi, de perdre leur maison comme aux États-Unis». Quand l'animateur a demandé si les chefs croyaient que les emplois perdus dans le secteur manufacturier étaient perdus pour de bon, M. Harper a répondu par l'affirmative. «La réalité, c'est que l'économie change», a-t-il soutenu jeudi soir.

Jack Layton a dit hier que cette attitude montre que M. Harper était «déconnecté» de la réalité des familles du pays. «Hier soir [jeudi soir], il semblait que M. Harper ne comprenait pas ce que cela signifie perdre un emploi», a-t-il dit. Le Québec et l'Ontario ont perdu près de 300 000 emplois manufacturiers depuis 2003.

Duceppe à Toronto

De son côté, le chef bloquiste a transporté son message dans la capitale ontarienne hier, où il s'adressait à 200 personnes à l'Economic Club de Toronto. Son discours visait toutefois autant le Québec que le reste du Canada. «Entre 2005 et 2007, l'industrie manufacturière a décliné d'à peu près 10 %, et le gouvernement conservateur a refusé de les aider. Au même moment, l'industrie culturelle au Québec s'est accrue de 7 %, tandis que le gouvernement conservateur s'acharnait sur elle. La culture est notre avenir. Elle nourrit nos âmes autant que nos estomacs», a-t-il lancé.

Gilles Duceppe s'est défendu de vouloir dire aux Canadiens pour qui voter, mais il a soutenu que les Québécois allaient barrer la route à une majorité conservatrice en votant pour le Bloc, et que c'était bien pour le reste du pays. «Cette élection est sur le fait de donner ou non une majorité à Stephen Harper. La vision du Québec et celle de Stephen Harper s'opposent. C'est pourquoi, au Québec, une vaste majorité croit qu'il ne faut pas donner à Stephen Harper un chèque en blanc. Nous devons l'avoir à l'oeil. [...] Le Québec est le seul endroit au Canada où il est encore possible d'empêcher Stephen Harper d'avoir une majorité», a-t-il dit.

Les deux débats des chefs ont aussi alimenté le discours du chef bloquiste. «Nous sommes fortement en désaccord avec la façon dont les conservateurs gèrent l'économie à partir d'un point de vue idéologique. C'est le cas lorsque les conservateurs affirment que seulement des baisses d'impôts donneront un coup de main à l'économie et que l'inaction est la meilleure solution. Vous l'avez entendu lors des débats: alors qu'une crise frappe à notre porte, M. Harper continue de soutenir que tout va pour le mieux.»

La plate-forme du PC dans quelques jours

Les chefs fédéraux ont également reproché à Stephen Harper de ne pas avoir dévoilé sa plate-forme électorale et ses engagements chiffrés, à dix jours du scrutin. Le chef conservateur a déclaré en point de presse qu'il dévoilera son programme vraisemblablement mardi prochain.

Dans un discours prononcé dans un centre de formation de la main-d'oeuvre à Saint-Jean, au Nouveau-Brunswick, Stephen Harper a tenté de rassurer les Canadiens sur la crise financière qui sévit aux États-Unis et ailleurs dans le monde. «Nous n'avons pas les mêmes politiques que les États-Unis. Ces politiques sont irresponsables, a-t-il dit. Nous avons un surplus, nous n'augmentons pas notre dette, nous créons des emplois, nous ne finançons pas de grosses compagnies. Nous avons agi au bon moment.»

Il affirme que son leadership économique est différent de celui du chef libéral, Stéphane Dion. «Nous avons un vrai plan pour protéger l'économie canadienne. L'opposition n'a aucun plan. Elle vient de comprendre l'importance de l'économie pour cette campagne. Elle propose toutes les mauvaises politiques en une période d'incertitude économique mondiale», a déclaré Stephen Harper.

Le chef conservateur a promis hier une prime de 2000 $ à tous les apprentis d'un métier spécialisé qui termineront leur formation. Cela vaudrait pour les charpentiers, plombiers et mécaniciens industriels, entre autres. Il estime le coût du nouveau programme à 60 millions de dollars par année, mais souligne que le montant dépendra de la demande.

Le ministre fédéral des Finances sortant, Jim Flaherty, a soutenu lui aussi que les propriétaires canadiens n'auront pas à subir les conséquences «tragiques» de la crise financière aux États-Unis. S'adressant à des étudiants de l'Université Western Ontario, à London, M. Flaherty a soutenu que les Canadiens sont en mesure de s'acquitter de leur prêt hypothécaire et que le marché immobilier résidentiel demeure stable.

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Avec la collaboration d'Hélène Buzzetti, de Clairandrée Cauchy et de la Presse canadienne.
19 commentaires
  • Pierre-S Lefebvre - Inscrit 4 octobre 2008 01 h 08

    Le plan en cinq points de Dion

    S`il faut se fier au plan Dion il faudra se souvenir des plans sur l`énergie de Trudeau, et sur les contrôles des salaires. Il faudra se souvenir du livre rouge de Chrétien qui voulait éliminer l`Alena et la taxe de vente ajoutée. Dans tous les cas les Libéraux une fois élus ont fait exactement le contraire. Donc les cinq points de Dion feront l`affaire pour leurrer les électeurs une fois de plus. Non merci Stéphane tu es cuit.

  • Pierre-S Lefebvre - Inscrit 4 octobre 2008 08 h 25

    Le plan Conservateur

    Harper se rend vulnérable s`il n`offre pas de plan économique aux électeurs. Le faire après les débats et sous la pression populaire nous suggère qu`il est en mode défensif. Au Québec la position de son parti s`effrite de plus en plus. Les québécois doivent se solidariser car les politiques des Conservateurs et Libéraux évolueront en fonction de la pression appliquée. Le 15 au matin il retourneront dans leurs terres pour conduire la machine politique sans se soucier des commettants. Le Bloc ne ment pas aux communes. Il s`intéresse seulement à ce qui fait progresser le Québec. Les derniers coups de sonde sont révélateur de cette situation.

  • Gilles Bousquet - Inscrit 4 octobre 2008 09 h 03

    P'tite vie ordinaire en avant...seulement

    Probablement, quelques baisses de la valeur des immeubles, quelques pertes d'emplois et de baisses de salaires, quelques faillites beaucoup d'énervement pour le peuple et nos gouvernements avec l'essence à 1,15 % le litre et beaucoup de produits de la Chine sur les tablettes.

  • roger montreal - Inscrit 4 octobre 2008 09 h 20

    Seul HARPER a le pas ,tous les premiers ministres des pays ce préparent pour une récession sauf lui

    Nous voyons le sondage ce matin, les conservateurs sont aux troisième rang, les gens découvrent, le vrai visage de HARPER, un homme qui n a pas aucun contenu, seulement l image et l imitation de BUSH en tout ce qu il fait.
    Oui nous nous dirigeons vers un grand ralentissement, mais HARPER ne veut pas l avoué, car c est la faillitte de son mandat de premier ministre, qui n a pas su prévoir et il n a aucun plan pour l avenir, c est la raison des élections précipités.
    ROGER MONTREAL

  • Pierre-S Lefebvre - Inscrit 4 octobre 2008 10 h 14

    Munitions toutes naturelles

    Harper a fait la démonstration que s`imposer des élus au Cabinet des ministres ne fait pas d`un sage l`élu. Pensez aux Bernier, Verner, Blackburn et Fortier. Est-ce que les québécois sont fiers d`être représentés au conseil des ministres par ces grosses têtes à cervelles d`oiseaux?