Layton et Dion se disputent le vote des progressistes

Photo: Agence Reuters

Au lendemain des débats, où le premier ministre Stephen Harper a été la cible des tirs groupés de tous les autres chefs, libéraux et néo-démocrates se disputaient hier le titre de meilleur aspirant pour le remplacer comme premier ministre.

Stéphane Dion et Jack Layton avaient tous deux choisi d'entreprendre le dernier droit de la campagne à Montréal hier, le premier devant un auditoire de la Chambre de commerce et le second lors d'un déjeuner avec des militants de la circonscription de Jeanne-LeBer, où une figure bien en vue du mouvement écologiste, Daniel Breton, tentera de déloger un député bloquiste.

Après avoir entrecoupé lors du débat leurs attaques contre Stephen Harper de pointes mutuelles, les deux leaders entonnaient hier leurs discours de ralliement respectifs.

De passage à Montréal, le chef libéral Stéphane Dion a lancé un appel aux électeurs progressistes qui veulent renverser le gouvernement de Stephen Harper. Il faut se réfugier chez le seul parti qui, à son avis, a une vraie chance de former un gouvernement constituant une solution de remplacement aux conservateurs.

«Les débats [de cette semaine] nous ont démontré que Stephen Harper peut être battu», a lancé M. Dion alors qu'il s'adressait à 300 convives de la Chambre de commerce du Montréal métropolitain. «Je vous le dis: nous sommes plus forts ensemble. Nous pouvons faire de grandes choses ensemble. [...] Pour nous-mêmes et pour les générations à venir, je dis aux Québécois et aux Canadiens qui veulent bâtir ce Canada que nous voulons: joignez-vous à moi et à l'équipe libérale le jour du scrutin. Ensemble, tout est possible!»

En point de presse, M. Dion a toutefois refusé de diriger plus spécifiquement son appel vers les militants du Parti vert, dont la popularité semble saigner le Parti libéral du Canada.

«Elizabeth May a eu beaucoup de courage, a dit M. Dion. Elle a dit qu'elle voulait que je sois le premier ministre, qu'elle ne voulait pas devenir le Ralph Nader du Canada. Ralph Nader, c'est le candidat vert à la présidence américaine qui, avec l'aide des Floridiens qui comptaient mal leurs votes, a couronné Bush plutôt que Gore. Tout le monde doit prendre cela en conséquence.»

Mais est-il difficile de courtiser les électeurs de Mme May pour un leader qui a fait un pacte de non-agression avec elle et s'est battu pour lui tailler une place à la table des chefs pour les débats? Après tout, le Parti libéral ne présente pas de candidat dans sa circonscription de Nouvelle-Écosse, contre le ministre de la Défense nationale. «Ce n'était pas difficile pour moi de dire que je préfère Elizabeth May à Peter MacKay à la Chambre des communes», a fait valoir M. Dion.

Cela dit, le chef libéral résume le dilemme des électeurs à un choix binaire: «Maintenant, il faut savoir si c'est Stephen Harper ou Stéphane Dion comme premier ministre. Un gouvernement libéral ou un gouvernement conservateur. Je dis à tout le monde: il faut regarder quel est le parti qui répond le plus à vos espoirs et qui est en mesure de former le gouvernement», a plaidé M. Dion

Layton dit jouer pour gagner

Le chef néo-démocrate balaie du revers de la main cette façon de voir l'échiquier électoral. «Les gens deviennent fatigués de se dire qu'il n'y a que deux options. [...] Beaucoup de personnes disent que des choses sont impossibles. Je me suis battu contre ça toute ma vie», a affirmé M. Layton, devant un restaurant de Verdun où il a rencontré des militants hier matin. Il citait comme exemple le fondateur du NPD, Tommy Douglas, qui a dû lutter contre les pessimistes pendant 17 ans avant de mettre sur pied l'assurance-maladie.

Le leader néo-démocrate refuse de laisser tomber les masques et de faire campagne pour devenir chef de l'opposition officielle. «Ce serait une attitude défaitiste. [...] Mon vieux "coach" me disait toujours qu'il faut courir pour arriver premier», a soutenu M. Layton.

S'il a écorché au passage le premier ministre, décriant la faiblesse de ses positions sur l'économie, le chef néo-démocrate s'en est surtout pris à son adversaire libéral, rappelant qu'il a appuyé le gouvernement conservateur quelque 40 fois lors de votes à la Chambre des communes. «Je fais campagne pour être premier ministre et deux autres se présentent. Un des deux a appuyé l'autre ces dernières années. Cela devient clair que, si les gens veulent vraiment un choix, il faut prendre une nouvelle direction plutôt que d'appuyer un parti qui a maintenu Stephen Harper au pouvoir», a lancé M. Layton avant de s'envoler pour Iqaluit.

À l'instar de Stéphane Dion, Jack Layton s'est abstenu de critiquer la chef du Parti vert, pourtant susceptible de lui ravir des votes. M. Layton a dit avoir apprécié la contribution de Mme May aux débats.
2 commentaires
  • roger montreal - Inscrit 4 octobre 2008 12 h 11

    LAYTON joue le jeu de HARPER en frappant sur DION

    M.LAYTON joue le jeu de HARPER ,il sait très bien, qu il ne sera pas premier ministre le 15 oct.
    Plutôt que de frapper sur DION ,l adversaire des progressifs c est HARPER et non DION.
    Dans les contés, ou les libéraux on plus de chance que le N P D, pourquoi diviser le vote des progressifs, et faire passer le conservateurs et l inverse pour les libéraux.
    ROGER MONTREAL

  • Roland Berger - Inscrit 5 octobre 2008 08 h 40

    De la frime

    Si les quatre chefs de l'opposition pensaient vraiment ce qu'ils disent, ils seraient en train de bâtir une coalition qui seule permettrait de débarasser la politique fédérale de ce reliquat du siècle dernier qu'est Stephen Harper. Ils vont plutôt continuer leurs luttes fratricides et installer cet homme retors à Ottawa pour quatre ans. Et l'on répète que la Conquête a fait bénéficier le Canada du meilleur système politique sur la planète.
    Roland Berger
    St-Thomas, Ontario