Revue de presse - L'environnement économique

Avant même qu'on annonce la prolongation de la portion économique des débats des chefs, plusieurs journaux s'inquiétaient de l'attitude des leaders fédéraux, en particulier du conservateur Stephen Harper, dans ce dossier. Les plus inquiets et les plus sévères n'étaient toutefois pas à Toronto, mais en Alberta et en Saskatchewan, terre de prédilection des conservateurs.

Dans les Calgary et Edmonton Sun, Paul Berton avouait ne pas comprendre l'insistance de M. Harper à dire que «les fondements de l'économie canadienne sont solides», au point de sonner comme le président américain George W. Bush et le candidat républicain John McCain. «Nous ne sommes pas stupides, écrit Berton. Nous savons que le plus important fondement de l'économie canadienne est le consommateur américain.» Et l'économie américaine est en difficulté. Le chroniqueur est persuadé que Stephen Harper a déclenché les élections prématurément pour éviter les mauvaises nouvelles économiques, mais ces dernières le rattrapent et pourraient être son principal talon d'Achille. «Nous savons qu'un premier ministre qui répète que tout va bien ne fait pas preuve de leadership.»

Le Saskatoon Star-Phoenix estime que les mauvaises nouvelles aux États-Unis auraient dû avoir l'effet d'un choc électrique sur les partis fédéraux et «leurs campagnes complaisantes». Le Canada ne sera pas épargné, croit le quotidien, qui rappelle que, de tous les pays du G7, seule l'Italie a affiché une performance économique pire que celle du Canada cette année et, pourtant, tous ces pays, qui dépendent moins que le Canada du marché américain, sont à pied d'oeuvre pour faire face à une éventuelle crise. «M. Harper est à peu près le dernier économiste sur la planète à ne pas croire que le Canada a besoin d'un plan pour se faire un chemin à travers ses eaux troubles. C'est son gouvernement qui a dépensé et érodé un surplus d'une dizaine de milliards, rendant pratiquement impossible pour Ottawa de protéger efficacement les Canadiens des effets d'un ralentissement.» Le Star-Phoenix critique tous les chefs, mais en particulier Stephen Harper. «Son attitude donne l'impression que le Canada fait face au tourbillon sans personne à la barre», tranche le quotidien.

Chroniqueur au Regina Leader-Post, Murray Mandryk se demande, à entendre Stephen Harper et le premier ministre de la Saskatchewan, Brad Wall, vanter avec les mêmes mots les fondements de l'économie canadienne, s'il existe un seul rédacteur de discours dans le monde. «Peut-être le même qui a écrit le discours sur l'invasion en Irak du premier ministre australien John Howard [...]. Ou, plus préoccupant, peut-être que cet unique rédacteur réside à Washington et travaille pour George W. Bush.»

Les deux débats n'ont pas redoré le blason de Harper aux yeux du Globe and Mail. Dans un éditorial cinglant paru hier, le quotidien désespère du quasi-silence des chefs et du peu de valeur de ce qu'ils avancent quand ils daignent enfin dire quelques mots. Le plan du chef libéral Stéphane Dion ne trouve pas grâce à ses yeux. Le Globe garde toutefois ses flèches les plus acérées pour Stephen Harper. Il «est le premier ministre, le meneur de ces élections, et c'est lui qui souffre le plus de déni face à la tempête économique qui couve.» Le Globe convient que les fondements de l'économie canadienne sont meilleurs que ceux des États-Unis, mais Harper se trompe s'il croit qu'il suffit de rester tranquille pour éviter la contagion. De l'avis du quotidien, minimiser le risque pour le secteur financier canadien «n'est pas faire preuve de leadership, mais de nonchalance.»

L'Alberta dans la mire

En Alberta, c'est une promesse faite il y a une semaine par Stephen Harper qui a fait jaser. M. Harper a dit que le bitume en provenance des sables bitumineux ne pourrait plus être exporté pour être raffiné à l'étranger si le pays importateur n'a pas des exigences élevées en matière de réduction de gaz à effet de serre. Le gouvernement albertain en a pris note, mais il est resté discret.

Le Calgary Herald note que le contrôle des ressources naturelles est une compétence provinciale et trouve cette annonce étrange de la part d'un champion du respect des provinces. Il n'a qu'une explication. «Harper avait besoin d'un truc vert à offrir au Canada central. Le voilà et, malheureusement, les Canadiens du centre du pays vont apprécier son message implicitement antialbertain.» Le Herald félicite le gouvernement provincial de ne pas avoir répliqué et d'avoir ainsi refusé de jouer le jeu de Harper.

Au Edmonton Journal, on qualifie la promesse de «gifle spectaculaire». Si les libéraux avaient proposé la même chose, dit-il, «le gouvernement Stelmach hurlerait avec raison depuis aussi loin que Neptune». Le Journal est persuadé que Harper pense ainsi accroître sa crédibilité dans les régions de l'est du pays, où il doit faire des gains, sans pour autant avoir à en payer le prix en Alberta. C'est peut-être que les Albertains, tout comme le Journal, croient qu'il s'agit seulement d'une manoeuvre électorale et que la véritable menace viendra des États-Unis, où on envisage de punir les sources d'énergie polluante.

La facture, M. Harper?

Parlant d'environnement, Lorrie Goldstein, du Calgary Sun, relève que le chef conservateur répète partout que le Tournant vert de Stéphane Dion fera grimper les prix mais qu'il se garde bien de dire qu'il en sera de même pour son propre plan. «Mais, contrairement à Dion, Harper n'a pas sérieusement expliqué comment il entend aider les Canadiens à faire face à une hausse des prix de l'énergie, alors que Dion promet de baisser les impôts et d'offrir des crédits fiscaux.» La hausse des prix est une certitude avec le plan conservateur, dit le chroniqueur, et se taire sur le sujet «n'est pas une preuve de leadership». À moins, avance-t-il, que Harper n'ait pas l'intention d'agir, lui qui a déjà douté de la réalité des changements climatiques.