Subventions dans secteur culturel - Même les bonnes nouvelles sont passées sous silence

On supprime en catimini... ou on reconduit en catimini. Le cabinet de Stephen Harper a annoncé hier que le Fonds des nouveaux médias (FNM) aurait finalement été renouvelé «il y a un bon bout de temps», cet été. Le hic: la décision n'a jamais été communiquée à Patrimoine canadien, pas plus qu'au gestionnaire du Fonds, Téléfilm Canada.

Selon Dimitri Soudas, porte-parole et conseiller politique de Stephen Harper, le FNM a donc «été renouvelé» même si «le cabinet a eu une recommandation» suggérant une suppression. Questionné pour savoir quand cette décision a été prise, M. Soudas est resté vague au bout du fil hier matin. «Ça fait un bon bout de temps... c'est bien avant le déclenchement des élections.»

Pourtant, personne ne semble être au courant de cette décision. Hier, Le Devoir indiquait dans ses pages que le Fonds, d'une valeur de 14,5 millions, ne serait pas reconduit après son échéance du 31 mars 2009. À Téléfilm Canada, on mentionnait que le FNM «n'a pas été renouvelé [à ce jour] et ne reçoit plus aucune demande d'aide de la part des producteurs».

Du côté du ministère, un communiqué envoyé hier aux médias démentait les informations du Devoir, tout en restant muet sur l'avenir précis du FNM. «Le financement de ce fonds a été renouvelé en juin 2007, et ce [...] jusqu'au 31 mars 2009. Aucune décision n'a été prise d'éliminer le FNM», indique-t-on avant de réitérer que «le ministère entend continuer à appuyer le secteur des nouveaux médias de la manière la plus efficace possible» dans le contexte actuel.

En pleine préparation pour l'important débat d'hier soir, Dimitri Soudas n'a pas expliqué au Devoir pourquoi le gouvernement n'a pas confirmé plus tôt le renouvellement du FNM. Les médias ont publié plusieurs articles depuis la fin d'août concernant la disparition appréhendée — et jamais démentie — de ce fonds, et les protestations ont été nombreuses de la part des intervenants du milieu (notamment de la part du Regroupement des producteurs multimédias — RPM). «Je n'ai jamais eu de demande d'information personnellement là-dessus», a indiqué M. Soudas.

Scepticisme

Les rebondissements dans cette histoire en ont laissé plusieurs pantois hier. «Tout ça est cousu de fil blanc, a lancé Denis Coderre, porte-parole des libéraux en matière de culture. C'est pathétique, c'est de la diversion, de la gestion de crise. [...] On tente de gagner du temps [avant le débat et les élections] parce qu'on craint que ça puisse démontrer encore que M. Harper ne croit pas à la culture.»

Le scepticisme était aussi de mise chez des intervenants du milieu culturel. C'est que les explications de M. Soudas ne cadrent pas avec la chronologie des événements tels que vécus par certains employés de Téléfilm Canada.

En effet, selon ce que Le Devoir a pu apprendre hier, des employés responsables de la gestion du FNM à Téléfilm ont reçu au mois d'août un avis de fin de contrat prenant effet le 31 mars 2009, date prévue de la fin du programme s'il n'était pas reconduit. L'avis spécifiait que leurs services n'étaient plus requis puisque le programme était aboli.

Or la consigne a changé au moment du déclenchement des élections, début septembre. Les avis ont alors été suspendus et le personnel a reçu instruction d'indiquer aux demandeurs que le programme prenait fin en mars 2009, sans préciser si celui-ci serait renouvelé ou non. On leur demandait en même temps d'inciter tous les bénéficiaires à terminer leurs projets pour cette même date.

Hier, Téléfilm Canada référait toutes les questions concernant le Fonds des nouveaux médias vers Patrimoine canadien.

Le FNM sert à financer des projets de contenu «numérique interactif culturel» offert sur des plates-formes variées, allant du cédérom au site Web, du support DVD à la technologie sans fil. Le programme est le seul à permettre aux producteurs de développer des produits qui ne sont pas liés à des émissions de télévision, indique le RPM.