Le gouvernement fédéral mettra fin à «l'aide liée» d'ici 2012-13

Le gouvernement fédéral mettra fin à une pratique condamnée depuis des décennies par des organismes d'aide internationale.

La ministre de la Coopération internationale, Bev Oda, a annoncé récemment l'abandon progressif du principe de l'«aide liée», qui force les pays en développement bénéficiaires du financement canadien à acheter en retour leurs biens et services au Canada.

La décision touche les 1,5 milliard de dollars consacrés par le Canada à l'aide bilatérale et sera pleinement effective d'ici à 2012-13. Actuellement, 40 % de cette enveloppe est assujettie à l'aide liée, a confirmé hier une porte-parole de l'Agence canadienne de développement international (ACDI).

De nombreuses organisations non gouvernementales (ONG) demandaient la fin de cette politique qui incite au gaspillage et profite surtout aux pays donateurs.

Selon le Conseil canadien pour la coopération internationale (CCCI), qui représente une centaine d'organismes, l'aide liée entraîne des coûts de 25 à 30 % plus élevés. De l'avis du directeur à la sensibilisation d'Ingénieurs sans frontières Canada, Danny Howard, grâce au déliement de l'aide, de 90 à 180 millions de l'enveloppe déjà existante pourront être investis directement sur le terrain.

À l'origine, l'aide liée visait à faire accepter plus facilement aux électeurs des pays donateurs l'assistance financière aux pays pauvres, puisqu'elle assurait des retombées locales, au dire du président du CCCI, Gerry Barr.

Toutefois, à ses yeux, l'aide liée représente «le pire des deux mondes»: d'une part, les élus n'obtiennent pas d'appuis supplémentaires dans leur pays, en raison des retombées trop modestes, et d'autre part, dans le pays pauvre, le rendement de l'aide est fortement affecté.

«On rend le dollar investi beaucoup moins efficace», a-t-il commenté, dans un entretien téléphonique hier, en précisant que son organisme réclamait la renonciation à l'aide liée «depuis des décennies».

En 2000, par l'entremise de l'ACDI, le fédéral a accordé près d'un milliard de dollars américains à des pays en développement, dont les trois quarts devaient être réinvestis en achat de biens et services au Canada. En 2003, la proportion de l'aide liée avait été réduite à la moitié de l'aide totale accordée.