Comparaison: les travailleurs

Le Devoir termine la comparaison par thèmes des programmes électoraux des principaux partis. Aujourd'hui: les travailleurs.

Bloc québécois

Les centaines de milliers de pertes d'emplois dans le secteur manufacturier au cours des dernières années ont saigné les économies du Québec et de l'Ontario. Il n'est donc pas étonnant que le parti de Gilles Duceppe se fasse le porteur de promesses d'aide à ces entreprises de transformation. Le Bloc québécois propose la mise en place d'un programme de prêts et de garanties de prêts qui permettrait aux entreprises d'acheter des équipements plus efficaces et de diversifier leur production. Il veut aussi ressusciter le programme de diversification des économies forestières aboli par le gouvernement conservateur.

Le Bloc entend aider l'industrie textile québécoise plus spécifiquement en permettant l'entrée au pays sans douane de vêtements confectionnés à l'étranger avec des tissus d'ici. Pour relancer les chantiers maritimes, le Bloc propose d'accorder un crédit d'impôt aux armateurs achetant ou faisant réparer des bateaux au Canada. Un tel crédit aurait ramené, évalue le parti, des contrats d'une valeur d'au moins 100 millions de dollars.

Le Bloc exige depuis des années l'adoption d'une loi interdisant le recours aux briseurs de grève similaire à celle du Québec. À l'heure actuelle, les entreprises relevant de la compétence fédérale (banque, aéronautique, télécommunications, etc.), même en territoire québécois, en sont exclues. Les onze tentatives législatives du Bloc québécois ont toutes échoué jusqu'à présent, les gouvernements libéraux et conservateurs s'y étant opposés.

Enfin, le parti de Gilles Duceppe veut réformer le programme d'assurance-emploi afin qu'il soit géré de manière indépendante. Les cotisations versées ne seraient plus incluses dans le fonds consolidé du gouvernement fédéral, mais plutôt dans une caisse distincte, assurant que tout surplus irait aux travailleurs-cotiseurs et non au financement d'autres programmes gouvernementaux.

Parti conservateur

Le Parti conservateur propose de nombreuses mesures fiscales pour soulager le porte-monnaie des travailleurs, que ce soit un crédit d'impôt sur les revenus de travail, pour l'achat d'une nouvelle maison ou encore pour l'utilisation du transport en commun. Mais les mesures visant directement le milieu du travail sont plus rares.

Ainsi, le gouvernement a versé en début d'année une aide de un milliard de dollars au secteur manufacturier, aide que Stephen Harper avait songé rendre conditionnelle à l'adoption de son budget, alors que le climat était à l'élection. Devant le barrage de critiques, il avait reculé et versé l'argent immédiatement.

Le Parti de Stephen Harper a aussi promis d'aider davantage les travailleurs âgés qui perdent leur emploi. L'Initiative pour les travailleurs âgés, qui jouit déjà d'un budget de 90 millions de dollars pour les trois prochaines années, sera bonifiée de

60 millions pour atteindre 50 millions par année.

Parti libéral

Prenant acte lui aussi de la crise manufacturière, le parti de Stéphane Dion propose de mettre en place un Fonds pour la prospérité doté d'un milliard de dollars. L'argent servira à effectuer des «investissements massifs» dans ce secteur et celui de la recherche et développement.

C'est peut-être le Parti libéral qui avait réformé en profondeur le programme d'assurance chômage (comme il était appelé autrefois) et laissé pour compte de nombreux chômeurs n'y étant plus admissibles, mais c'est aussi lui qui se propose maintenant de le bonifier. Dans les régions éloignées où le taux de chômage est élevé, Stéphane Dion propose ainsi de permettre aux chômeurs acceptant un travail temporaire de conserver 40 % (ou 75 $) de leur prestation hebdomadaire. Il veut aussi leur permettre d'utiliser leurs 14 meilleures semaines salariales de l'année (au lieu des 26 dernières, bonnes ou mauvaises) aux fins de calcul de la prestation à laquelle ils ont droit. Il propose enfin de prolonger de cinq semaines leurs prestations afin d'éliminer le «trou noir», ce moment où, n'étant plus admissibles à l'assurance-emploi, les travailleurs n'ont pas encore repris leurs fonctions saisonnières et se retrouvent donc sans aucun revenu.

NPD

Avec les fortes racines syndicales du NPD, la protection des travailleurs est une tendance naturelle pour ce parti. Sa première mesure frappe l'imaginaire: reprendre la tradition d'imposer un salaire minimum national et le hausser immédiatement à 10 $ l'heure. (Il s'établit à 8,50 $ au Québec et sera de 9,50 $ en Ontario à partir du 1er janvier prochain.) Un nouveau jour férié sera instauré en février.

Le recours aux briseurs de grève serait aussi interdit avec un gouvernement néodémocrate, et le parti rendrait automatique l'application de l'équité salariale en milieu de travail au lieu d'attendre le dépôt de plaintes de travailleuses.

La formation de Jack Layton a promis la mise en place d'un Fonds d'emplois verts doté de 750 millions de dollars chaque année et qui servira à recycler les travailleurs licenciés. Ce fonds est toutefois conditionnel à la vente de droits de pollution aux grandes entreprises.

Le NPD veut aussi nommer un Commissaire à la protection des emplois, qui ferait enquête chaque fois que d'importantes fermetures d'usines — et de pertes d'emplois — surviendraient. Il veut même aller jusqu'à rendre plus difficile l'importation de biens de consommation provenant de pays où les normes en matière de travail et de salaire, notamment, sont «inacceptables». Ces pays ne sont pas énumérés.

Parti vert

Le parti d'Elizabeth May propose des mesures très similaires à celles du NPD: un salaire minimum fédéral fixé à 10 $ l'heure ainsi qu'une loi interdisant le recours aux briseurs de grève lors d'un conflit de travail.

Le Parti vert se démarque toutefois dans sa volonté de réduire la cadence de travail au pays afin de diminuer le stress des travailleurs et de les aider à retrouver un équilibre entre le travail et la vie familiale. Ainsi, la formation promet d'instaurer un minimum de trois semaines de vacances payées par année au lieu de deux. Le Parti vert calcule que de nombreux pays européens ont fait de même et que leur productivité y est pourtant supérieure à celle du Canada. Le Parti vert s'engage également à épauler les provinces qui voudraient réduire le nombre d'heures travaillées chaque semaine pour les ramener à 35.