L'opposition dénonce le bâillon imposé aux militaires

Les partis d'opposition ont vivement réagi hier aux révélations du Devoir sur le contrôle médiatique qu'exerce le Conseil privé et le bureau du premier ministre Harper sur le ministère de la Défense.

En entrevue avec Le Devoir, le chef libéral, Stéphane Dion, a souligné que le contrôle de l'information «extrême» des conservateurs sur les fonctionnaires et les militaires des Forces canadiennes est un exemple de plus du danger qui guette les Canadiens avec Harper au pouvoir. «C'est le gouvernement le plus secret de notre histoire. [...] Il continue d'imposer le secret. Qu'a-t-il à cacher? Pourquoi intimide-t-il les fonctionnaires et les empêche-t-il de révéler ce qu'ils ont à révéler au peuple canadien?»

Thomas Mulcair, député du NPD, estime que les Canadiens ont le droit «à un minimum de transparence», surtout en temps de guerre. «Le rapport Manley disait que la transparence était un problème avec ce gouvernement, et il continue», dit-il.

Son de cloche similaire au Bloc québécois. «Ça serait gênant de dire combien coûte réellement la guerre en Afghanistan, alors que les conservateurs ont coupé 45 millions pour la culture», affirme Carole Lavallée, qui siège au comité de l'éthique de la Chambre des communes. «Ça fait la démonstration qu'il y a une confusion entre l'intérêt du Parti conservateur et l'intérêt des Canadiens», souligne la députée.

Le ministère de la Défense a reçu la directive de ne pas révéler des informations jugées délicates pendant la campagne électorale, y compris les coûts de la guerre en Afghanistan. De plus, dans les derniers mois, le contrôle de l'information sur le ministère de la Défense a pris des proportions jamais vues, alors que toutes les demandes médiatiques sont évaluées par le Conseil privé et le bureau du premier ministre Harper, qui décident ce que les Canadiens ont le droit de savoir.

Au Conseil privé, on estime seulement faire son travail en période électorale. «Le gouvernement doit agir de manière plus limitée. On ne touche pas aux sujets qui peuvent être controversés. C'est vrai, il y a moins de communications. On se limite à l'intérêt public», a dit Myriam Massabki, porte-parole du Conseil privé. Elle n'a pas voulu commenter la procédure en place depuis plusieurs mois pour contrôler l'information qui sort du ministère de la Défense. «Je peux seulement dire que le Conseil privé joue un rôle de coordonnateur des communications au sein du gouvernement.»

Au bureau du premier ministre, l'attaché de presse de Stephen Harper, Dimitri Soudas, soutient que la transparence, particulièrement en ce qui concerne l'Afghanistan, est très importante pour le gouvernement conservateur. Il souligne qu'il y a de nombreuses séances d'informations avec les médias et les fonctionnaires sur le sujet. Il reconnaît toutefois que des requêtes médiatiques sur des sujets «politiques» arrivent souvent au bureau du premier ministre. «Parfois, il faut une coordination», dit-il.