Programme de commandites - Ottawa éliminerait les intermédiaires

Ébranlé par les multiples allégations qui discréditent son programme de commandites, le gouvernement fédéral fait maintenant valoir que le problème en est un de gestion. Et pour le régler, le nouveau ministre responsable des Travaux publics, Ralph Goodale, n'écarte pas la possibilité d'évincer les intermédiaires qui ont touché de copieuses commissions, tels que Groupaction ou Groupe Everest.

«Le problème n'est pas au niveau du mérite des projets financés, mais plutôt [au niveau] des procédures administratives par lesquelles le financement est distribué», a déclaré hier M. Goodale.


Le ministre avait annoncé la veille un moratoire sur le programme de commandites de 40 millions par année, question de réviser tous les contrats octroyés jusqu'à présent. Il est allé plus loin hier, indiquant que la gestion de ce programme pourrait être retirée aux neuf agences de communications agissant comme intermédiaires entre Ottawa et les événements commandités si cela permettait d'obtenir de meilleurs résultats.


«C'est une option que je considérerais pour l'avenir, a reconnu M. Goodale. De toute évidence, ce n'est pas une option qui m'est accessible pour l'année en cours, mais à long terme, pour les années subséquentes, je crois que c'est une option que nous devons considérer très attentivement, à savoir si le programme peut être gérer plus efficacement à l'intérieur du gouvernement plutôt qu'en sous-traitance.»


Ottawa a en quelque sorte donné la gestion de son programme en sous-traitance. Une fois le montant de la commandite décidé pour un événement donné, c'est une des neuf firmes de communications présélectionnées qui gère le placement de logo et s'assure qu'Ottawa obtienne bien la visibilité convenue. Pour ce travail, la firme touche l'équivalent de 12 % de la commandite. Les chèques sont émis par la firme Média I.D.A. Vision, qui touche pour sa peine 3 % supplémentaires.


Mais les allégations concernant ces intermédiaires se multiplient. Communications Coffin a facturé Ottawa 116 000 $, en plus des 12 % habituels, pour faire des rapports dits «post-mortem» de deux commandites qu'elle a gérées. Non seulement ce travail aurait dû être compris dans le prix, mais les Travaux publics ne retrouvent plus les rapports. Puis, une enquête de la GRC a été ouverte concernant l'octroi à Groupaction de trois contrats d'une valeur de 1,6 million pour rédiger autant de rapports presque identiques.


Le programme de commandites, créé dans la foulé du référendum pour accroître la visibilité d'Ottawa en sol québécois, dispose de 40 millions par année. Il entre dans sa sixième année d'existence. M. Goodale a indiqué que l'abolition pure et simple du programme serait une «option extrême» mais qu'il ne la rejette pas pour autant.





MacAulay sur la sellette


Par ailleurs, c'était au tour d'un autre ministre, le Solliciteur général Lawrence MacAulay, de se retrouver sur la sellette. Le National Post rapportait hier que M. MacAulay avait discuté avec le commissaire de la GRC, Guiliano Zaccardelli, d'une demande de financement de 3,5 millions provenant du collège que son frère dirige. Alex MacAulay disait chercher au total 6,5 millions pour que le Hollande College de Charlottetown puisse mettre sur pied un programme d'enseignement à distance.


L'Alliance canadienne a demandé la démission de M. MacAulay. «Il n'y a aucun doute que la performance des directeurs d'établissements académiques est en partie évaluée selon leur capacité à recueillir du financement et des contrats pour l'institution. Son frère avait un bénéfice direct», a fait valoir le chef Stephen Harper.





Joe Clark


Le chef conservateur, Joe Clark, a lui aussi vivement dénoncé la pratique. Selon lui, Jean Chrétien a donné l'exemple que ce genre de contact est permis en téléphonant lui-même le président de la Banque de développement du Canada pour que cette dernière octroie un prêt à un de ses amis, Yvon Duhaime.


Depuis Rome où il se trouvait hier, M. Chrétien a défendu son ministre. «Voulez-vous que nous soyons tous des eunuques dans nos postes? Nous avons un travail à faire, MacAulay fait son travail.»


Selon M. Chrétien, M. MacAulay n'a pas commis de faute parce qu'il n'avait rien à retirer de cette intervention, ni son frère. «Le collège n'est pas son frère. Son frère travaille pour le collège. C'est deux choses différentes. C'est une institution publique.»


M. Chrétien a aussi réitéré sa confiance en son ministre de la Citoyenneté et de l'Immigration, Denis Coderre, malmené ces jours-ci à cause d'un séjour de six semaines chez le président du Groupe Everest, Claude Boulay, séjour qu'il avait nié au cours d'une entrevue il y a deux ans.


«La vie personnelle de quelqu'un n'est pas de mes affaires. Il n'a pas à se confesser en public. Je ne suis pas le directeur spirituel du caucus.»





Avec la Presse canadienne