Harper refuse d'ouvrir la Constitution

Le chef conservateur Stephen Harper a pris quelques minutes hier pour se promener entre les vignes du vignoble de la rivière du Chêne, à Saint-Eustache.
Photo: Jacques Nadeau Le chef conservateur Stephen Harper a pris quelques minutes hier pour se promener entre les vignes du vignoble de la rivière du Chêne, à Saint-Eustache.

Stephen Harper a poussé à l'extrême hier ses attaques contre le Tournant vert de Stéphane Dion, accusant le chef libéral de menacer l'unité canadienne avec sa taxe sur le carbone. Une déclaration jugée «irresponsable» par M. Dion.
De passage à Montréal hier, Stephen Harper a abordé les thèmes de l'unité canadienne, et par ricochet, de la relation avec le Québec. Le chef conservateur a servi une rebuffade au leader de l'ADQ, Mario Dumont, qui disait mardi souhaiter la réouverture de la Constitution canadienne pour enchâsser la reconnaissance du Québec comme nation et pour encadrer le pouvoir fédéral de dépenser.

Stephen Harper a complètement fermé la porte à cette possibilité hier. «Franchement, je n'ai pas l'intention de rouvrir la Constitution à moins que la terre ne soit fertile. Et présentement, je ne ressens pas une volonté de la population de débattre de la Constitution.» Le chef conservateur n'a pas voulu dire quand, selon lui, ce débat reviendra à l'ordre du jour. «Aucune province ne m'a demandé des négociations constitutionnelles», a-t-il ajouté.

Au printemps dernier, le ministre du Travail, Jean-Pierre Blackburn, avait affirmé qu'un gouvernement conservateur majoritaire pourrait s'attaquer à la réintégration du Québec dans la Constitution, car sa situation aux Communes serait plus solide. Hier, Stephen Harper n'a jamais évoqué cette possibilité.

«La terre n'est pas fertile, a-t-il répété. On peut continuer à faire des efforts non constitutionnels pour renforcer la fédération et répondre aux besoins du Québec. [...] Il y a assez de défis économiques pour occuper notre temps.» M. Harper a cité le règlement du déséquilibre fiscal et la reconnaissance de la nation comme réalisation de son gouvernement.

Hier soir à Montréal, à l'occasion de son assemblée d'investiture, le chef bloquiste a attrapé la balle au bond et demandé à Stephen Harper de concrétiser cette reconnaissance la nation québécoise dans un Canada uni.

«Là, il faut être sérieux, a lancé Gilles Duceppe à la foule réunie au National, sur Sainte-Catherine. La reconnaissance de la nation, ça doit vouloir dire quelque chose. Si Stephen Harper est sincère dans sa conversion tardive, il doit passer de la parole aux actes.»

Gilles Duceppe a enjoint le chef de l'ADQ de mettre la machine en marche. «Mario Dumont a proposé que la reconnaissance de la nation québécoise soit enchâssée dans la Constitution. Je demande donc à Mario Dumont, lui qui dirige l'opposition officielle à Québec, d'aller de l'avant avec sa demande et de déposer une motion à l'Assemblée nationale. Il aura l'appui du Bloc québécois. Il aura aussi l'appui de Pauline Marois et du Parti québécois. Il y aura donc une majorité à l'Assemblée nationale. Une fois cette motion adoptée, Stephen Harper aura le fardeau de la preuve», a-t-il affirmé.

Le chef du Bloc québécois estime que le temps est venu de rouvrir la Constitution. «Si le chef conservateur croit vraiment en la nation québécoise, il doit cesser de se réfugier derrière sa formule creuse voulant que le terrain ne soit pas fertile ou encore que le fruit ne soit pas mûr. Il doit faire preuve de leadership. Sinon, les Québécois comprendront que Stephen Harper n'est pas sincère et que pour lui comme pour le Canada, la reconnaissance de notre nation, ça ne doit pas avoir de conséquence», a soutenu Gilles Duceppe.

Depuis le début de la campagne, Stephen Harper n'a pas davantage abordé l'encadrement du pouvoir fédéral de dépenser, un engagement de 2006 qu'il n'a pas rempli.

Taxe sur le carbone

En matinée, Stephen Harper a attaqué le chef libéral sur un aspect inattendu: l'unité canadienne. Selon lui, le tournant vert de Stéphane Dion, qui propose une taxe sur le carbone et des baisses d'impôt, sera «catastrophique» pour l'économie du pays. Il a toutefois poussé la logique à l'extrême, soutenant que cette taxe accorderait plus de pouvoirs à Ottawa, amenant ainsi de l'eau au moulin des souverainistes. «Une économie détruite n'aide pas l'unité nationale», a affirmé Stephen Harper.

«Si un gouvernement veut ramasser tout le pouvoir de l'argent à Ottawa par une politique centralisatrice, comme une taxe sur le carbone, évidemment, les souverainistes vont se frotter les mains», a-t-il poursuivi, annonçant le retour des «vieilles chicanes» et des débats sur l'unité nationale si un gouvernement libéral revenait au pouvoir.

Stephen Harper a également soutenu que la taxe sur le carbone des libéraux plongerait le pays en récession, passant sous silence que le tournant vert prévoit également des baisses d'impôt, ce qui rendrait le plan fiscalement neutre, selon le PLC. Le Québec et la Colombie-Britannique ont mis en place une taxe sur le carbone.

Piqué au vif, Stéphane Dion a répliqué qu'il n'avait pas de leçon à recevoir sur l'unité canadienne. Il a évoqué la Loi sur la clarté référendaire, dont il est l'auteur. En plein milieu d'un discours devant des gens d'affaires au Nouveau-Brunswick, il a fait un aparté pour s'adresser directement aux Québécois. «Stephen Harper a fait aujourd'hui ce qu'aucun autre chef de parti fédéraliste n'a jamais fait. Il a inventé de nulle part une raison pour qu'on se sépare du reste des Canadiens», a-t-il souligné. «C'est complètement irresponsable. [...] Et ça montre aussi jusqu'à quel point cet homme est prêt à viser pour bas pour gagner une élection.»

Par ailleurs, Stéphane Dion a reçu l'appui du premier ministre du Nouveau-Brunswick, Shawn Graham, lui aussi un libéral. «Je suis prêt à travailler avec le gouvernement au pouvoir à Ottawa. Ça, c'est ma priorité comme premier ministre. Mais je suis libéral et je vote libéral à la prochaine élection fédérale», a-t-il dit.

Par contre, il a paru hésitant concernant le tournant vert. M. Graham a assuré qu'il était favorable à la plateforme du PLC, dont le tournant vert constitue le coeur, mais il a précisé qu'il travaillerait avec un éventuel gouvernement libéral fédéral pour être certain que la mise en oeuvre de ce projet était compatible avec les intérêts de sa province.

L'idée d'une taxe sur les gaz à effet de serre risque de faire peur aux habitants du Nouveau-Brunswick et des provinces voisines, dont l'économie repose en grande partie sur l'agriculture, la pêche, l'exploitation forestière et l'extraction pétrolière et le raffinage.

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Avec la Presse canadienne
10 commentaires
  • Serge Charbonneau - Inscrit 12 septembre 2008 03 h 15

    Le discours électoral et la «peur» !

    Le discours électoral.

    En campagne électorale, les mots (quand ce n'est pas l'image) occupent toute la place. Pendant cette période, les activités parlementaires sont, bien sûr, gelées. Rien ne peut plus être fait, à moins d'une circonstance extrême.

    Les candidats ont alors tout le loisir de dire sans avoir à agir. Les promesses jaillissent, les scénarios apocalyptiques se pointent.
    En plus des promesses, un des éléments très utilisés et de plus en plus depuis près d'une décennie, c'est la peur.
    La peur, un magnifique filon pour aller chercher la fibre sensible de l'électorat manipulable.


    La peur!

    «On accuse le chef libéral de menacer l'unité canadienne avec sa taxe sur le carbone»
    Ça fait peur !

    «Une économie détruite n'aide pas l'unité nationale»
    Double peur, économie détruite et pays détruit. En extrapolant légèrement, on glisse même, vers la perte même des Rocheuses !

    «la taxe sur le carbone des libéraux plongerait le pays en récession»
    Peur de la récession !

    «L'idée d'une taxe sur les gaz à effet de serre risque de faire peur aux habitants du Nouveau-Brunswick et des provinces voisines»
    La peur, toujours un bon filon à exploiter.

    En regardant par-dessus la frontière du sud, on constate que nos voisins utilisent habillement et généreusement cet excellent filon pour aller chercher l'appui de ceux qui ont besoin de gens forts (sic) et déterminés (sic), qu'ils perçoivent comme ne reculant devant aucun danger (sic)! On constate que les nouvelles concernant le terrorisme, Al Qaïda, Ben Laden et compagnie, vont prendre de plus en plus de place. Les allusions au terrorisme et aux menaces que les États-Unis subissent vont être amplement utilisées. La peur... l'art de bien s'en servir.
    Je ne serais pas surpris que Ben Laden ou un numéro important d'Al Qaïda, viennent prêter main-forte à M. McCain, si ce n'est un attentat ou une attaque soudaine d'un terroriste ou d'un pays hostile.

    La peur, il ne faut surtout pas la négliger. Elle embrume les yeux et l'esprit. Ceux qui la contrôlent bien, tirent de façon magistrale, leur épingle du jeu!


    Serge Charbonneau
    Québec

  • Gabriel RACLE - Inscrit 12 septembre 2008 06 h 40

    Les faiblesses de Harper

    Il serait bon que les analystes de la campagne électorale que l'on entend sur les ondes de la radio, que l'on voit débattre à la télévision ou dont on peut lire les appréciations dans les journaux s'inspirent des travaux du célèbre docteur Lozanov, concernant notamment le double plan de tout acte de communication. Cela permettrait le décodage nécessaire des déclarations et du comportement de S. Harper, et de la vacuité de ce qu'il affirme.

    Jusqu'à présent, Harper joue avec les retombées psychologiques ventuelles de ses faits, gestes et paroles sur les électeurs. J'en ai déjà parlé dans deux textes précédents à propos des images familiales qu'il propose. En soi, voir Harper jouer aux cartes avec son fils n'a aucune signification politique et ne transmet aucun message sur l'avenir du Canada ou la prise en compte de l'intérêt des Canadiennes et des Canadiens. Quel père de famille n'a pas joué ou ne joue pas avec ses enfants? L'image n'a donc qu'une valeur émotionnelle, à laquelle aucun électeur ne devrait prêter attention.

    Par contre, il y a lieu de porter son attention sur le comportement de la campagne conservatrice à l'égard du chef du parti libéral, Stéphane Dion. On a parlé de dérapages, à propos de l'image du macareux qui défèque sur l'épaule de celui-ci. Il faudrait relever aussi toutes les attaques personnelles de bas étage à l'encontre de celui-ci. Il est difficile d'imaginer que S. Harper, qui s'est excusé de l'affaire du macareux, ne soit pas au courant de l'orientation de sa campagne. Ne s'agirait-il pas de dérapages... contrôlés, comme savent en faire les pilotes de rallyes automobiles? On peut lire, au deuxième plan de ces attaques basses et vicieuses, non seulement le besoin de ternir l'image du chef libéral, mais la crainte qu'il suscite dans le clan conservateur. Après tout, M. Dion s'est relevé de toutes les situations périlleuses dans lesquelles il s'est trouvé. Alors, tous les moyens sont bons pour le jeter au sol. Ce comportement dénote incontestablement une faiblesse du côté Harper, qui devrait proposer du positif, et qui en est réduit à nous offrir du négatif.

    Et cette fois, avec l'attaque d'hier sur le Tournant vert et la taxe sur le carbone, Harper montre une nouvelle facette de son comportement. Il agite en même temps deux peurs, celle de la récession, la taxe sur le carbone plongerait le pays dans la récession, et celle des souverainistes en « soutenant que cette taxe accorderait plus de pouvoirs à Ottawa, amenant ainsi de l'eau au moulin des souverainiste ». Bien entendu, ces déclarations ne sont étayées par aucune démonstration. Harper brandit le fanion de la peur, comme G.W. Bush l'a fait si souvent en faisant ressurgir la peur d'attaques terroristes (contre la statue de la Liberté, contre le Golden Gate Bridge, le Verrazano Bridge, etc.) pour masquer les faiblesses de sa politique et ses échecs en Irak. Faire ressurgir la peur est un rééflexe primaire, qui fait appel aux réactions de défense les plus émotionnelles du système limbique. Mais de la part de celui qui le fait, c'est une indication de ses propres peurs.

    En effet, le plan vert de S. Dion menace S. Harper, puisqu'il souligne à l'évidence les faiblesses de l'action du chef conservateur dans sa lutte pour la sauvegarde de l'environnement. Et l'attaque de Harper est d'autant plus vicieuse que ses bases sont fausses, puisqu'il passe « sous silence que le tournant vert prévoit également des baisses d'impôt, ce qui rendrait le plan fiscalement neutre, selon le PLC ». Il ne mentionne pas non plus que le Québec et la Colombie-Britannique on déjà instauré une taxe sur le carbone et que la récession n'y est pas apparue. Cette attitude s'appelle un mensonge par omission, réputé de moindre gravité qu'un mensonge par dénégation. Mais il n'en est rien au deuxième plan, car le mensonge, l'un ou l'autre, est un indice flagrant de faiblesse lorsqu'on se trouve dans une position difficilement tenable.

    Et l'on pourrait continuer ainsi. La réduction de la taxe sur le carburant diesel est une improvisation destinée simplement à contrer la taxe sur le carbone du parti libéral. Mais aucun calcul des effets de cette taxe n'a été fait, en ce qui a trait à l'effet de serre. Et pourtant, le rapport de Santé Canada, sorti discrètement en juillet, qui traite des effets sur la santé des Canadiennes et des Canadiens des changements climatiques devrait sonner l'alerte. Harper semble n'en avoir cure. Là encore, ses faiblesses sont apparentes. Il joue sur la forme, mais en fait il ne présente rien sur le fond. Normalement sa campagne aurait dû démarrer en exposant sa vision du Canada de demain, dans laquelle s'enchâsseraient toutes les composantes de soma programme. Rien de tel jusqu'à présent. Le deuxième plan de l'attitude et des déclarations de S. Harper nous montre un politicien faible et peu crédible. Alors?

  • Jacques Gagnon - Abonné 12 septembre 2008 08 h 22

    Pauvres fédéralistes, pauvres autonomistes !

    Je lance un appel à tous les Mario Dumont du Québec et autres jovialistes de cesser de nous leurrer avec la place du Québec et ses revendications.

    Vous nous faites perdre notre temps, il n'y a pas d'issue «fédéraliste».

    Monsieur Harper attend les conditions gagnantes peut-être ? Si j'étais à la place des autonomistes en herbe, je songerais sérieusement à emprunter l'étapisme comme stratégie. Le Québec deviendrait une province par étape, même s'il l'est déjà. Appelons cela une thérapie par étapes visant plutôt à faire accepter sa condition à ces entêtés de souverainistes.

    Quel brouteux ce Mario tout de même !

  • Pierre-S Lefebvre - Inscrit 12 septembre 2008 08 h 31

    Tu veux ou tu veux pas!

    Harper a bien appris des Libéraux. Langue fourchue! On se dit favorable en principe mais en pratique on se renie. Ce sera quoi la reconnaissance de la nation québécoise? Des mots toujours des mots et rien d`autres, dans ce plusse beau meilleur pays du monde. Mais les québécois n`ont pas de couilles et ça passe comme du beurre dans la poële.

  • Gilles Bousquet - Inscrit 12 septembre 2008 08 h 45

    Ayoye le mur est dur !

    Avec le récent refus de M. Harper d'ouvrir la constitution canadienne, on peut voir ici que le programme électoral de l'ADQ sur l'autonomie du Québec vient de prendre toute une débarque. C'était son seul espoir vu que les Libéraux sont encore plus fermé à leurs demandes constitutionnelles comme : La reconnaissance de la nation québécoise dans la constitution canadienne, la limitation de pouvoir du fédéral de dépenser, l'augmentation du pouvoir du Québec dans les affaires internationales, changer le nom de la Province de Québec en État autonome du Québec et la collection de toutes les taxes et impôts par le Québec sur son territoire en ne remettant au fédéral que le coût des services qu'il rend aux Québécois.

    Maintenant qu'il a frappé le mur conservateur, M. Mario Dumont serait mieux de se ranger carrément fédéraliste ou carrément souverainiste à la place de demander aux Québécois, de voter conservateur quand M. Harper vient de le rabrouer.