Le Parti conservateur éprouve des difficultés - Quatre jours, quatre gaffes

La campagne de Stephen Harper a fait hier son quatrième faux pas de la campagne en autant de jours. Le chef conservateur a suspendu hier le directeur des communications du parti, Ryan Sparrow, pour toute la durée de la campagne électorale. Encore une fois, c'est une agressivité mal calculée à l'endroit du Parti libéral qui a plombé la campagne du PC.

Mercredi, sur les ondes du réseau CTV, le père d'un soldat mort en Afghanistan, Jim Davis, a critiqué la décision de Stephen Harper de retirer les troupes canadiennes de ce pays en 2011. Il estime que son fils sera mort en vain si le Canada quitte hâtivement l'Afghanistan sans y avoir fait de progrès.

Ryan Sparrow a alors envoyé un message à la productrice et au journaliste de CTV en affirmant que M. Davis est un supporter libéral, ce qui expliquerait les critiques. CTV a rendu public l'incident, ce qui a mis les conservateurs sur la défensive.

En milieu de journée hier, alors que la caravane de M. Harper était de passage à Saint-Eustache, au nord de Montréal, le chef conservateur a décidé de suspendre M. Sparrow, qui est membre de l'équipe de communication durant la campagne électorale. Il n'a pas dit s'il pourrait réintégrer les rangs du parti après les élections.

«Quelqu'un dans notre bunker électoral a envoyé un courriel inapproprié, qui questionnait les motivations d'un père qui a vu son fils mourir en Afghanistan. Cette personne a été suspendue de la campagne. Il s'est excusé auprès du père en question. J'ai été clair sur le ton de la campagne que je veux imposer et je m'attends à ce que le mot d'ordre soit suivi jusqu'à la victoire», a affirmé Stephen Harper juste avant son discours, prononcé devant quelques 300 personnes dans un vignoble de la région.

La sénatrice Marjory LeBreton, qui accompagne M. Harper à titre de coprésidente de la campagne, a elle aussi senti le besoin de dire que le geste était «inapproprié». «Quand une famille perd un être cher, c'est une tragédie, et la politique ne devrait jamais entrer là-dedans», a-t-elle dit. Aucune excuse n'a été offerte.

Le Parti libéral n'a pas mis de temps à réagir, estimant que la suspension de M. Sparrow était une sentence trop faible. «Exploiter la douleur d'un père qui vient de subir une perte aussi tragique à des fins politiques est tout simplement inacceptable, a dit Stéphane Dion. Le fait que M. Sparrow ait été simplement suspendu, et non congédié sur-le-champ, montre que M. Harper espère balayer cet incident sous le tapis.»

Gaffe sur gaffe

Cette gaffe a visiblement déplu à l'entourage de Stephen Harper. Cherchant à recueillir un commentaire du chef conservateur sur cet événement, des journalistes ont tenté de s'approcher de M. Harper alors qu'il se livrait à une mise en scène pour les caméras dans le vignoble. Les conservateurs ont depuis le début de la campagne interdit aux journalistes d'assister à ces mises en scène. Chaque jour, le chef conservateur accepte de répondre aux médias une seule fois par jour, lors d'un point de presse de 12 questions, pas une de plus.

Or, plusieurs journalistes ont jugé que cette règle imposée par le parti n'avait pas sa place en raison de cette situation particulière. En tentant de s'approcher de M. Harper pour lui demander de commenter, les journalistes se sont butés à des agents de la GRC qui leur ont bloqué physiquement l'accès. «Je veux cette caméra hors d'ici», a alors lancé une porte-parole de M. Harper, Carolyn Stewart-Olsen.

Ce faux pas s'ajoute à une série de gaffes du Parti conservateur dans les derniers jours. Mardi, Stephen Harper a dû s'excuser et retirer d'un site Internet l'image d'un oiseau qui déféquait sur le chef libéral Stéphane Dion. Également mardi, une candidate du PC à Halifax avait dû se retirer de la course parce qu'elle avait caché ses antécédents criminels.

Mercredi, Stephen Harper avait dû reculer en ce qui a trait à la participation de la chef des verts, Élizabeth May, au débat des chefs. Stephen Harper et Jack Layton avaient menacé de ne pas participer aux débats si la leader du Parti vert participait aux débats télévisés. Ils ont changé d'avis sous la pression populaire.

À voir en vidéo