Le débat des chefs se fera à cinq

Québec — Ce sera une première, et on saura le soir du 14 octobre si ce sera une dernière. La leader du Parti vert, Elizabeth May, prendra finalement part aux deux débats des chefs de la campagne électorale. La pression populaire aura eu raison des réticences et menaces de boycottage des autres chefs politiques.

Le consortium des grands télédiffuseurs (composé de la Société Radio-Canada, CBC, CTV, TVA et Global) a changé son fusil d'épaule hier en fin de journée, invitant Mme May à prendre part aux deux débats, lorsqu'il a su que le Parti conservateur et le Nouveau Parti démocratique retiraient leurs menaces de boycottage. Le consortium a-t-il eu tort de céder au départ à la menace?

«Nous ne pouvons pas obliger les chefs de parti à participer à ces débats. Il semble que le public a eu un pouvoir que le consortium n'avait pas», a répondu Jason MacDonald, porte-parole du groupe de chaînes de télé.

Le consortium des médias avait proposé aux quatre principaux partis la participation «entière ou partielle» de Mme May aux débats, mais trois ont refusé. «Il était clair que si le Parti vert avait été inclus, il n'y aurait pas eu de débats des chefs, avait fait savoir le consortium lundi. Dans l'intérêt des Canadiens, le consortium a décidé qu'il était préférable de diffuser les débats avec les quatre chefs des partis principaux plutôt que de ne rien diffuser du tout.»

Seul le chef libéral Stéphane Dion était d'accord avec la participation de Mme May. Le chef du Bloc québécois, Gilles Duceppe, s'y opposait, mais n'avait pas menacé de bouder l'événement. Cette menace était plutôt venue des chefs du Parti conservateur et du Nouveau Parti démocratique, Stephen Harper et Jack Layton, qui se sont du coup retrouvés sur la sellette. Le sujet a embrasé les sites de discussion sur Internet et au moins une pétition a été lancée. Mme May a reçu plusieurs manifestations d'appui. Avant qu'ils ne changent d'avis, Stéphane Dion a accusé ses deux adversaires de faire porter l'odieux de leur menace au consortium des médias.

«Les derniers jours ont démontré que la démocratie ne pouvait se tenir derrière des portes closes», a jubilé hier Mme May en conférence de presse téléphonique. «Les Canadiens ont été en colère et se sont sentis en même temps investis d'un pouvoir!»

Stéphane Dion se félicite d'avoir donné le ton. «Je suis heureux de voir que Stephen Harper et Jack Layton suivent mon exemple et ont accepté de tenir un vrai débat. De toute évidence, c'est une victoire pour la démocratie, une victoire pour les Canadiens.»

Jack Layton est le premier à avoir reculé sous la pression hier. «J'avais posé comme seule condition que le premier ministre soit présent, car je veux débattre d'enjeux avec lui, a expliqué le chef du NPD. C'est en voie de devenir une distraction et je ne veux pas débattre du débat.»

Stephen Harper a changé d'avis quant à lui car il ne voulait pas être isolé. «Nous n'avons pas l'intention d'être seuls à défendre un principe, a fait savoir son directeur des communications, Kory Teneycke. Notre position de principe ne change pas, mais nous n'allons pas boycotter le débat. Nous ne croyons pas qu'elle devrait être présente, mais si le NPD a décidé de changer d'avis, nous ne resterons pas seuls dans notre coin.»

MM. Layton et Harper contestent la présence de Mme May parce qu'elle souhaite l'élection de Stéphane Dion. Fleur pour fleur, M. Dion ne présente aucun candidat libéral contre elle dans la circonscription de Nouvelle-Écosse où elle tente de se faire élire. Les deux adversaires soutiennent que la participation de Mme May aux débats équivaudra à une double présence libérale.

Quant à Gilles Duceppe, il soutenait que seul un chef dont le parti a fait élire un député à la Chambre des communes pouvait participer, comme ce fut le cas pour Lucien Bouchard et Preston Manning en 1993. Mme May a recruté un député in extremis une semaine avant le déclenchement des élections: Blair Wilson, chassé du caucus libéral pour cause de litige avec Élections Canada.

Reste à savoir si Mme May réussira à faire élire un député le 14 octobre pour conserver son droit de participation... Les débats auront lieu les 1er et 2 octobre prochains, à Ottawa, en français d'abord, puis en anglais.

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