Kyoto: Mulroney refuse de condamner Harper

Brian Mulroney est le seul des anciens premiers ministres canadiens, libéraux et conservateurs, qui a refusé hier de signer une déclaration stigmatisant le laxisme du gouvernement Harper et des autres gouvernements dans le dossier des changements climatiques.

La déclaration, dévoilée à Toronto et réclamant des gouvernements une «action immédiate» pour stabiliser le climat, avait été initialement signée par Joe Clark, John Turner, Kim Campbell et Paul Martin. En après-midi hier, l'ancien premier ministre Jean Chrétien a ajouté son nom au bas du texte que contre-signent une soixantaine d'autres personnalités du monde universitaire, des affaires, de la littérature, des syndicats et de l'environnement.

Brian Mulroney a émis une déclaration en fin d'après-midi hier pour dire qu'il «ne croit pas qu'il convienne d'ajouter quelque commentaire que ce soit à ce sujet pendant une campagne électorale animée».

Invité à dire s'il craignait en signant cette déclaration de nuire au gouvernement Harper, son porte-parole, Joseph Lavoie, a répondu «Oui» et a précisé que M. Mulroney n'accorderait aucune entrevue sur la question.

À Toronto, John Roy, porte-parole du mouvement Power Up et de la déclaration lancée par un autre groupe, le Canadian for Climate Leadership (CLC), a précisé au Devoir que M. Mulroney et son état-major avaient été invités à adhérer à cette déclaration il y a quelque temps, mais qu'il espérait toujours une réponse favorable. C'était une heure avant la déclaration inscrite sur le site personnel de Brian Mulroney, qui déclinait formellement l'invitation.

L'ancien premier ministre conservateur, désigné par le Sierra Club en 2006 comme le premier ministre le plus vert du Canada, a par ailleurs fait savoir qu'«il se pourrait qu'il discute de l'environnement de façon plus détaillée à une date ultérieure». Son mutisme actuel a d'autant plus surpris les observateurs que c'est sous sa gouverne que le Canada a adhéré à Rio en 1992 la Convention sur les changements climatiques, dont les signataires de la déclaration d'hier réclament, en réalité, une application accélérée pour combler le retard du Canada, un retard qui sera chaque jour plus coûteux aux contribuables.

La déclaration impute aux plus hauts responsables du pays le laxisme qui paralyse la lutte contre les changements climatiques ici au Canada, une lutte orchestrée par Ottawa sous la férule du premier ministre Stephen Harper.

«Jusqu'ici, écrivent notamment les cinq anciens premiers ministres conservateurs et libéraux, la principale lacune demeure l'absence de politiques et de mesures efficaces de la part des gouvernements.»

Sans indiquer quels devraient être les objectifs de réduction à court et moyen terme, les signataires de la déclaration précisent néanmoins que le Canada devra «réduire radicalement» ses émissions de gaz à effet de serre (GES) «de plus de la moitié, et peut-être même de plus de 80 % d'ici 2050».

Ils ajoutent que les «politiques pour ralentir les effets des changements climatiques doivent comprendre des mesures qui attribuent un coût financier aux émissions de GES, comme une taxe sur les émissions, un système de plafonnement et d'échanges de droits d'émissions, ou une combinaison des deux.»

Actuellement, seul le Parti libéral de Stéphane Dion propose de mettre en place au Canada ces deux stratégies, soit celle de Kyoto avec un plafond et un marché de droits d'émissions, et en plus une taxe sur le carbone. Le NPD et le Bloc québécois s'en tiennent à la stratégie Kyoto. Conscients de l'impossibilité de matérialiser d'ici 2012 les engagements du protocole de Kyoto, les libéraux proposent de rejoindre la communauté internationale dans la deuxième phase du protocole (2012-2020) avec des réductions allant de 20 à 25 % sous le niveau de 2010, tout dépendant des négociations de Copenhague en 2009. Le NPD et le Bloc proposent une réduction de 25 % par rapport à 1990 et le Parti vert, une réduction de 30 %. La stratégie des conservateurs permettrait au Canada d'atteindre difficilement une réduction de - 6 % en 2020, soit l'objectif légalement contraignant qu'il est censé attendre chaque année entre 2008 et 2012 en moyenne.

Les anciens premiers ministres et les autres personnalités publiques estiment nécessaire d'attribuer rapidement un coût aux émissions de GES, dont le prix initial serait de 30 $. Ils réclament aussi une révision en profondeur de la politique énergétique canadienne et une harmonisation des deux politiques — énergie et climat — avec celles de nos principaux partenaires économiques.

On peut consulter la déclaration et la liste des signataires sur le site Internet du groupe Équiterre, partenaire de Power Up et du CLC dans ce dossier.

À voir en vidéo