Harper est sommé de respecter les règles du jeu électoral

Québec — Les chefs du Parti libéral et du Bloc québécois font pression sur leur adversaire conservateur pour qu'il s'engage à ne pas répéter, pendant l'actuelle campagne électorale, le stratagème par lequel sa formation a réussi en 2006 à dépenser plus que permis par la loi en publicités.

Ainsi, le libéral Stéphane Dion, qui s'était fait connaître lorsqu'il était ministre des Affaires intergouvernementales pour ses échanges épistolaires avec les souverainistes, a repris la plume hier. «J'ai écrit une lettre à Stephen Harper ce matin [hier] pour lui demander de respecter la loi», a déclaré M. Dion alors qu'il se trouvait à Saint-Lambert avec sa candidate Roxane Stanners. «Je lui demande ça parce qu'il n'a pas respecté sa propre loi sur des élections à date fixe. C'est triste que dans une grande démocratie, un organisme comme Élections Canada doive demander aux partis de respecter la loi. Ça devrait aller de soi.»

Lors de la précédente campagne électorale, le Parti conservateur a imputé à ses candidats locaux des dépenses de publicité de 1,3 million de dollars alors qu'il s'agissait, selon Élections Canada, de dépenses nationales. Ce faisant, la formation de Stephen Harper a probablement dépassé les plafonds de dépenses prévus par la Loi électorale. Le Parti conservateur conteste cette décision devant la Cour fédérale.

Fait inusité, Élections Canada a donc choisi, il y a quelques jours alors que l'élection était imminente, d'envoyer un rappel aux partis politiques. Dans ce document d'une page et demie, le garant du bon déroulement des élections énumère les critères pour qu'une dépense électorale soit considérée comme locale.

Alors qu'il se trouvait en Colombie-Britannique, le chef conservateur s'est fait interroger sur son intention de respecter ou non cet avis. «J'ai dit la semaine dernière que ce gouvernement a toujours respecté la loi et les interprétations actuelles d'Élections Canada comme nous l'avons fait la dernière fois», a déclaré Stephen Harper.

Le chef bloquiste Gilles Duceppe interprète cette réponse comme l'admission que le stratagème se répétera. «M. Harper vient de nous dire qu'il appliquera la loi telle qu'il la comprend, a-t-il déclaré alors qu'il se trouvait à Québec. Moi, j'ai toujours pensé que, dans notre société, la règle c'est que nul n'est censé ignorer la loi. [...] Ça ferait une belle société ça si tous les gens se disaient on va appliquer la loi telle qu'on la comprend.» Selon M. Duceppe, cette déclaration signifie que les conservateurs «vont continuer d'agir comme ils l'ont fait en 2005-06».

Ce sont 67 candidats conservateurs qui sont soupçonnés par Élections Canada d'avoir mis leur caisse électorale à la disposition de leur parti, dont 27 au Québec. Tous les élus conservateurs de la province, sauf Jean-Pierre Blackburn, sont impliqués. Pour M. Duceppe, cet enjeu, quoique compliqué et difficile à comprendre pour quiconque ne connaît pas la Loi électorale, n'en est pas moins primordial. «Ça entacherait beaucoup tout résultat d'élection si on apprenait dans quatre ou cinq ans [...] que c'était illégal d'avoir agi ainsi. On va à l'encontre des règles démocratiques les plus fondamentales.»

***

Avec La Presse canadienne

À voir en vidéo