Duceppe et le Bloc partent à la reconquête de Québec

Photo: Agence Reuters

Québec — Le chef du Bloc québécois n'était pas peu fier de son coup hier, alors qu'il a pu rencontrer, en ce début de campagne électorale, le maire de la ville de Québec parti en guerre contre le gouvernement conservateur. Si la symbolique de ce tête-à-tête entre Gilles Duceppe et Régis Labeaume a été minimisée de part et d'autre, il n'en reste pas moins que Stephen Harper n'a pas eu droit au même traitement dimanche, lors de sa visite-éclair dans la Vieille Capitale.

Pour son deuxième jour de campagne, Gilles Duceppe avait choisi de se diriger droit sur Québec dans l'espoir de reconquérir cet ancien bastion tombé aux mains des conservateurs à la dernière élection. Le Bloc y détenait en effet la totalité des sièges, mais en a perdu sept sur huit en 2006, dont un au profit de l'indépendant André Arthur.

M. Duceppe a discuté près d'une heure avec le maire, signé le livre d'or de la ville puis tenu un point de presse. Régis Labeaume ne s'est pas présenté à ses côtés devant les journalistes. Selon son attaché de presse, la rencontre entre les deux hommes devait d'abord se tenir au début de l'été, mais avait été reportée à l'automne sans savoir qu'une élection serait déclenchée. Il n'est donc pas question d'accorder, par cette rencontre symbolique, son soutien à un chef de parti politique plutôt qu'à un autre. «La porte de l'hôtel de ville est toujours ouverte aux chefs de parti politique», a expliqué Paul-Christian Nolin. La veille, le chef conservateur était aussi de passage à Québec, mais il n'a pas rencontré M. Labeaume. Selon nos informations, aucune tentative de rencontre n'avait été faite de part et d'autre.

Depuis des semaines, l'impétueux M. Labeaume critique sévèrement le gouvernement conservateur, et le ministre du Développement régional Jean-Pierre Blackburn en particulier, à cause des compressions faites dans le financement d'organismes sans but lucratif (OSBL), dont le Pôle Chaudière-Appalaches.

Le coloré maire ne fait peut-être pas consensus, mais il jouit d'une popularité certaine pour avoir veillé à la réussite des fêtes du 400e anniversaire de la ville. M. Duceppe espère-t-il surfer sur cette popularité? «M. Labeaume ne se mêlera pas de politique, mais est-ce que ça me peine beaucoup qu'il critique les conservateurs? Non, ça ne me peine pas beaucoup, moi. Je le comprends, il n'est pas le seul», a lancé Gilles Duceppe, sourire en coin. «Je n'ai pas rencontré un seul maire qui dit que c'est une bonne décision» d'avoir effectué ces compressions. «Les élus municipaux et les gens d'affaires ont très mal pris de se faire traiter de pousseux de crayons. Il y a un mépris odieux.»

M. Blackburn n'a pas utilisé le terme «pousseux de crayons», il avait plutôt déclaré qu'il ne financerait plus «les frais de fonctionnement, ni les salaires, ni le crayon, ni le papier de façon éternelle».

M. Labeaume a dévoilé en début de campagne une liste de 12 demandes aux politiciens fédéraux. Il veut notamment un train à grande vitesse (TGV) entre Québec et Windsor, mais aussi Québec et Chicago. Il demande de l'aide financière pour agrandir le Musée des beaux-arts et pour le projet Diamant du prolifique Robert Lepage, soit l'aménagement d'une salle de théâtre dans les tunnels abandonnés de l'autoroute Dufferin, qui dorment sous la ville depuis des lustres. Sans compter la reconstruction du Manège militaire, sur la Grande-Allée. Gilles Duceppe s'est engagé à se faire le porteur à Ottawa de certaines de ces demandes, notamment le rétablissement du financement des OSBL.

M. Duceppe a profité de son passage pour prêter main-forte à sa député Christiane Gagnon, la seule à avoir survécu à l'hécatombe de 2006. Mme Gagnon fera face cette fois à la candidate conservatrice Myriam Taschereau, qui semble très confiante. «Je m'attends à tout, sauf à une campagne difficile», a-t-elle en effet déclaré au Journal de Québec. Mme Gagnon, qui a remporté la victoire de 2006 avec une majorité confortable de 6000 voix, l'a invitée à tempérer ses ardeurs. «C'est ma sixième élection, et c'est toujours une première pour moi. Quand les élections sont déclenchées, il y a toujours une fébrilité. On verra plus tard, elle est mieux de se calmer.»

Gilles Duceppe a refusé de discuter des moyens qu'il entendait prendre pour reconquérir le coeur de Québec, s'en tenant à sa ligne habituelle de protection des intérêts du Québec. Il a toutefois mentionné qu'en refusant de prendre part au protocole de Kyoto sur les changements climatiques, le Canada privait la ville de Québec de sources de revenus importantes. Car, a-t-il expliqué, les papetières et les alumineries ont en général diminué de beaucoup leurs émissions de gaz à effet de serre et elles auraient pu vendre à fort prix des crédits sur la scène internationale.

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