Dion veut rétablir le registre des armes à feu

Le chef  libéral  Stéphane Dion en conférence de presse devant le collège Dawson, hier à Montréal, où il a annoncé son intention de rétablir le registre des armes à feu rendu inopérant par le gouvernement Harper depuis 2006.
Photo: Jacques Nadeau Le chef libéral Stéphane Dion en conférence de presse devant le collège Dawson, hier à Montréal, où il a annoncé son intention de rétablir le registre des armes à feu rendu inopérant par le gouvernement Harper depuis 2006.

Le chef du Parti libéral, Stéphane Dion, s'est engagé hier à remettre en place le registre des armes à feu et à interdire la circulation des armes d'assaut de style militaire, comme celle utilisée par Kimveer Gill au collège Dawson le 13 septembre 2006. Rapidement, le Bloc québécois et le gouvernement du Québec se sont dits favorables à cette proposition, alors que le Parti conservateur a rejeté l'idée.

Stéphane Dion a fait cette annonce à Montréal hier, devant le collège Dawson, qui commémorera samedi les deux ans de la tragédie. «Ce qui est clair depuis cette terrible fusillade, c'est le besoin d'améliorer le contrôle des armes à feu au Canada», a dit le chef libéral, qui était pour l'occasion entouré de plusieurs étudiants et du directeur du collège, Richard Filion. Ce dernier a d'ailleurs exprimé le souhait d'avoir «un vrai débat sur le contrôle des armes à feu au Canada».

Outre le «Tournant vert», il s'agit de la plus importante promesse du chef libéral depuis le début de la campagne électorale. «On ne peut pas avoir un Canada plus sûr sans contrôle des armes à feu. Le Parti conservateur a systématiquement affaibli le contrôle depuis qu'il est au pouvoir. Pourtant, l'Association canadienne des chefs de police appuie le registre des armes», a dit M. Dion.

Le 17 mai 2006, le ministre de la Sécurité publique, Stockwell Day, a annoncé une amnistie qui permet aux propriétaires d'armes de chasse ou à canon long de ne plus enregistrer leurs fusils. Le registre tombe donc tranquillement en désuétude, puisque l'information n'est plus mise à jour dans la base de données. Le Parti conservateur a dû procéder ainsi en raison du refus des partis d'opposition aux Communes de voter une loi pour démanteler formellement le registre. Le PLC et le Bloc s'opposaient à la fin du registre, alors que le NPD était divisé sur le sujet. Le gouvernement conservateur avait toutefois gardé en place le registre des armes de poing, en vigueur depuis 1934.

Le Parti libéral a promis hier de remettre en place le registre pour tous les types d'armes, notamment les fusils à canon long. Il s'est aussi engagé à interdire les armes d'assaut militaires semi-automatiques. Ces armes, comme la Beretta CX4 Storm de Kimveer Gill, sont considérées comme étant à «autorisation restreinte», mais ne sont pas interdites au Canada.

«Ces armes n'ont aucun lien avec la chasse ou le tir sportif, et personne au Canada, hormis les militaires, n'a besoin de ce type de fusil», a dit Stéphane Dion. Le coroner Jacques Ramsay, dans son rapport sur la tuerie du collège Dawson remis la semaine dernière, recommandait d'interdire ce type d'arme «paramilitaire».

Ces fusils sont conçus pour les militaires et possèdent des caractéristiques telles que des chargeurs de grande capacité, des poignées à préhension facile, des embouts pour baïonnette, ou encore des canons sciés.

Le registre des armes de chasse a coûté 946 millions de dollars au gouvernement fédéral, alors qu'il devait originellement coûter seulement deux millions. La vérificatrice générale, Sheila Fraser, a toutefois souligné le 16 mai 2006 que les coûts étaient maintenant contrôlés, même si des problèmes restaient à régler avec le registre. Stéphane Dion s'est basé hier sur ce rapport de Mme Fraser pour dire que le gouffre financier était chose du passé. «Le problème a été lors de sa mise en service. Il fonctionne maintenant», a-t-il dit.

L'interdiction proposée par les libéraux ne s'appliquerait pas aux armes à feu semi-automatiques «qui n'ont pas ces caractéristiques militaires», peut-on lire dans le communiqué de presse. «Un nouveau gouvernement libéral n'interdira pas les armes semi-automatiques utilisées légalement pour la chasse et les sports de tir.»

Tout juste avant cette annonce, Stéphane Dion a marché plusieurs minutes le long de la rue Sherbrooke entre le local de son candidat dans Westmount-Ville-Marie, Marc Garneau, et le collège Dawson. Plusieurs conducteurs ont klaxonné au passage du chef libéral pour le saluer. Cette circonscription est un bastion rouge.

Le Parti conservateur s'y oppose

De passage en Colombie-Britannique, le chef du Parti conservateur a affirmé hier ne pas vouloir suivre le même chemin. Stephen Harper croit que le gouvernement doit s'attaquer aux criminels qui utilisent des armes, plutôt qu'aux armes elles-mêmes. Il s'est dit satisfait des politiques actuelles de contrôle des armes à feu, ajoutant qu'il ne voit pas l'intérêt de durcir la législation.

«Je ne pense pas qu'en imposant l'enregistrement de chaque fusil de chasse et carabine, ou en ayant plus de restrictions sur les armes, nous réduirons les crimes perpétrés avec des fusils. Les armes de poing et plusieurs autres types d'armes sont très difficiles à obtenir légalement dans ce pays», a indiqué M. Harper, qui se présente comme étant le champion des questions liées à la sécurité. Il a cependant traditionnellement prôné le durcissement de sanctions contre les criminels, plutôt que le contrôle des armes à feu.

Des appuis

Le chef du Bloc québécois, Gilles Duceppe, a commenté la promesse libérale hier, lors de son passage à Québec. «Je suis entièrement d'accord avec cela, a-t-il dit. Notre député Serge Ménard l'a encore dit la semaine dernière. M. Harper est non seulement contre cette proposition du Bloc et des libéraux, il est aussi contre le rapport du coroner Ramsay. Le coroner dit qu'il faut interdire ces armes militaires.»

À Québec, le bureau du ministre de la Sécurité publique, Jacques Dupuis, a confirmé au Devoir que la position du gouvernement n'avait pas changé et qu'il faut le «maintien complet du registre». Le 15 septembre 2006, le premier ministre Jean Charest n'avait pas manqué de critiquer le gouvernement Harper à ce sujet. «Ce sont les événements de Polytechnique en 1989 qui ont beaucoup façonné l'opinion publique sur cette question-là, avait-il dit quelques jours après les événements de Dawson. Le registre des armes à feu n'est pas parfait, loin de là. Mais ça permet un contrôle. Ça vient inhiber les actions de ceux qui possèdent ou qui veulent acheter une arme à feu et qui ont malheureusement, dans certains cas, des intentions meurtrières. Oui, ç'a coûté plus cher que prévu. Mais il est là.»

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Avec Hélène Buzzetti et La Presse canadienne

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