Le Québec sur la ligne de départ

Le chef conservateur Stephen Harper et sa femme, Laureen, photographiés à leur descente d’avion, hier à Québec, où le premier ministre a joué à fond le rôle du séducteur.
Photo: Agence Reuters Le chef conservateur Stephen Harper et sa femme, Laureen, photographiés à leur descente d’avion, hier à Québec, où le premier ministre a joué à fond le rôle du séducteur.

Les quatre chefs fédéraux ont lancé leur première opération charme en direction du Québec hier, champ de bataille crucial de la campagne électorale qui prend son envol. La couleur du prochain gouvernement se décidera en Ontario et au Québec. Ce n'est donc pas un hasard si les chefs politiques ont multiplié les appels aux Québécois hier.

Stephen Harper s'est dirigé en premier lieu vers la capitale du Québec en après-midi hier pour présenter sa brochette de candidats, le chef du NPD Jack Layton a fait son discours de lancement à Gatineau, tandis que Stéphane Dion est à Montréal aujourd'hui. Gilles Duceppe a quant à lui plaidé en faveur de la défense des intérêts du Québec.

Si Stephen Harper a remercié la région de Québec pour l'avoir accueilli malgré son français parfois hésitant, le chef du Parti libéral, Stéphane Dion, a décidé de s'attaquer de front à l'image négative qu'il projette encore dans la province. Dans un cri du coeur nationaliste, il a invité les Québécois à le reconsidérer en se comparant au chef bloquiste. «Mes chers Québécois, je suis aussi nationaliste que Gilles Duceppe. Ce n'est pas cela le désaccord. C'est l'unité canadienne», a lancé Stéphane Dion dans son discours de départ prononcé sur la colline, à Ottawa. «Je suis persuadé qu'en acceptant l'aide des Canadiens et en leur offrant la nôtre, nous ne sommes pas moins Québécois, nous le sommes plus. Nous arracher le Canada du coeur nous enlèverait une part de nous-mêmes.»

En entrevue avec Le Devoir, M. Dion a reconnu que son combat pour l'unité nationale, qui s'est traduit par des prises de bec légendaires avec ses homologues péquistes à Québec, avait terni son image. «On m'a vu à travers la définition donnée de moi par mes adversaires indépendantistes», raconte-t-il. «On m'a passablement attaqué personnellement, vous savez.» Oui, dit-il, il a été représenté comme un croque-Québécois en faisant adopter la Loi sur la clarté référendaire. «Mais je l'ai fait en tant que Québécois.»

Harper le séducteur

À Ottawa comme à Québec, Stephen Harper a fait l'énumération de ses accomplissements, notamment ce qu'il considère comme la fin du déséquilibre fiscal. Mais lorsqu'on lui a fait remarquer qu'il n'avait jamais déposé la loi promise limitant le pouvoir du gouvernement fédéral de dépenser dans les champs de compétence des provinces, M. Harper a indiqué que cela serait pour plus tard. «Notre position sur la nécessité d'encadrer le pouvoir fédéral de dépenser reste. Nous espérons le faire à l'avenir.» Comme Le Devoir l'avait révélé en mai dernier, la loi conservatrice dort dans des cartons parce que le premier ministre du Québec, Jean Charest, a fait savoir que, telle qu'elle est rédigée, il n'aurait d'autre choix que de la critiquer comme n'allant pas assez loin.

À Québec hier après-midi, Stephen Harper a joué à fond le rôle du séducteur devant une centaine de personnes entassées dans une petite salle de l'hôtel Hilton. Selon lui, le 14 octobre, ce sont «les Québécois et les Québécoises [qui] vont devoir choisir qui va former le prochain gouvernement» à Ottawa. Entre quelques attaques contre le Bloc, à ses yeux «impuissant», et contre le chef libéral Stéphane Dion, décrit comme un «centralisateur», il a multiplié les formules flatteuses pour la capitale québécoise, la qualifiant successivement de «coeur du Parti conservateur dans la province» et de «plus belle ville du Canada cette année» vers laquelle «les yeux du monde entier sont tournés».

Reprenant son discours sur le 400e anniversaire de Québec comme lieu de naissance du Canada, il a souligné que ces festivités avaient été une occasion pour «les Québécois de montrer leur identité au monde entier» et de «promouvoir la langue française».

M. Harper a remercié les Québécois de partout au Québec de «l'avoir supporté» [sic] depuis deux ans et demi. Puis, il a abordé le thème du fédéralisme d'ouverture qui l'avait bien servi en 2006, mais avec un ton qui se voulait plus personnel: «Ce fédéralisme d'ouverture ne représente pas seulement mon ouverture envers le Québec. Il représente aussi votre ouverture envers moi.» Il s'est dit heureux que les Québécois aient accepté de l'écouter depuis 2006. «De m'écouter patiemment alors que j'avais de la difficulté... et que je continue d'avoir de la difficulté de maîtriser votre langue. Par contre, à chaque jour je pense que je m'améliore», a-t-il dit.

Plusieurs candidats conservateurs du Québec ont été présentés hier par M. Harper, mais le parti n'a pas encore décidé s'il allait présenter ou non un candidat dans Portneuf contre l'animateur de radio et député indépendant André Arthur.

Le Bloc à la défense du Québec

À Montréal, le chef bloquiste a fait un vibrant plaidoyer en faveur de la défense des intérêts du Québec, un domaine où le Bloc est seul en piste, a-t-il soutenu. «Il y a un choix déterminant à faire pour les Québécois. Le choix entre les partis canadiens et le Bloc québécois

Citant la tentative du Bloc québécois d'amender le Code canadien du travail pour que la loi 101 s'applique aux entreprises soumises aux lois fédérales (banques, télécommunications, etc.), Gilles Duceppe a soutenu que les députés conservateurs ne se battent pas pour la langue française. «Stephen Harper a demandé à des Québécois de se lever pour voter contre la loi 101. [...] Harper leur a demandé de faire cette chose déshonorante, et les Blackburn, Lebel, Verner, Cannon et tous les autres, ils se sont mis à genoux. C'est ça qu'ils appellent du pouvoir? Moi, j'appelle ça de l'impuissance!»

Selon lui, il vaut mieux faire confiance aux députés du Bloc. «Je préfère des députés debout dans l'opposition, plutôt que des députés à genoux au pouvoir!» Le Bloc québécois se présente comme étant le seul parti capable de relayer les «consensus de l'Assemblée nationale» à Ottawa.

Selon lui, le Parti conservateur est en porte-à-faux avec les valeurs du Québec. «Nous qui chérissons notre culture et qui voulons des régions prospères dans tout le Québec. Nous qui refusons de vivre dans une société violente où les armes à feu sont en libre circulation. [...] Nous tous qui refusons de cautionner une politique étrangère belliqueuse, comme c'est le cas en Afghanistan», a lancé Gilles Duceppe, qui estime que son parti est le seul à pouvoir barrer la route aux conservateurs dans la province.

Quant à Jack Layton, qui espère construire ses appuis au Québec après la victoire-surprise de Thomas Mulcair dans Outremont, il a entièrement fait son discours de lancement en français avant de passer à l'autre langue officielle. «Nos valeurs sont les mêmes que les vôtres», a-t-il lancé à ses militants réunis pour l'occasion à Gatineau, au Québec. «Quand vous votez pour le NPD, vous choisissez le vrai changement, du changement plein d'espoir et d'optimisme», a lancé le chef du Nouveau Parti démocratique, qui ne cache pas qu'il s'inspire de la campagne du démocrate américain Barack Obama.

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