Harper-Dion: les grandes divergences

Les soldats canadiens continuent de mourir en Afghanistan. Libéraux et conservateurs se sont entendus pour que la mission canadienne se poursuive jusqu’en juillet 2011. Ci-dessus, le retour au pays du corps du caporal James Hayward, tué cet été.
Photo: Agence Reuters Les soldats canadiens continuent de mourir en Afghanistan. Libéraux et conservateurs se sont entendus pour que la mission canadienne se poursuive jusqu’en juillet 2011. Ci-dessus, le retour au pays du corps du caporal James Hayward, tué cet été.

Stéphane Dion et Stephen Harper ont demandé hier aux électeurs un mandat pour gouverner le pays. Les chefs libéral et conservateur ont des atouts dans leur manche, mais aussi des faiblesses que leurs adversaires tenteront d'exploiter. Aperçu des enjeux.

- Économie

L'économie ralentit. Doit-on réduire les impôts ou augmenter les dépenses pour stimuler la croissance? Les deux chefs proposent des approches aux antipodes. Les conservateurs dépeignent Stéphane Dion comme le politicien aux promesses trudeauiennes par qui reviendront les déficits. Le Parti libéral a beau avoir aboli les déficits (que les conservateurs de Mulroney collectionnaient) et engrangé le plus dodu surplus de l'histoire (19 milliards de dollars en 2000), Dion ne peut plus compter sur des figures économiques dans son équipe: les Manley, Martin et Peterson sont partis. Seul son plan vert fait office de plan fiscal pour l'instant. En revanche, Harper vante sa frugalité, mais en ayant renoncé à des revenus de 30 milliards de dollars par année en baisses d'impôts et de TPS, l'économiste a-t-il été imprudent alors que la crise approche?

- Leadership

Stephen Harper aimerait bien transformer cette joute électorale en concours de popularité. Lui le déterminé, le convaincu, jamais habité par le doute, ne fera qu'une bouchée, croit-il, d'un Dion indécis qui a préféré rester assis en Chambre plutôt que d'aller au front électoral. Les nombreuses campagnes publicitaires négatives conservatrices ont scellé cette image de mollesse du chef libéral. Mais en paraissant inflexible et prêt à tout, Harper fait aussi peur: et s'il avait les coudées franches pendant quatre ans? Il a tant détesté le plan vert de son adversaire qu'il l'a accusé de vouloir «fourrer» le pays. Dans sa bouche, les élus qui se portaient à la défense des prisonniers afghans torturés sont devenus des quasi-talibans. Le premier ministre n'est de toute évidence pas un joueur défensif. Dion pourra-t-il avoir l'image du rassembleur?

- Le chef de la ville et le chef des champs

Si le chef conservateur a su conquérir le coeur des petites villes canadiennes et des zones rurales, il se languit de percer la cuirasse des grandes villes. Toronto, Montréal et Vancouver l'ont boudé. Seul un sénateur non élu (Michael Fortier) et un transfuge (David Emerson) lui ont permis d'avoir une représentation dans ces deux dernières. La victoire du premier est loin d'être acquise, et le second a déclaré forfait. À l'inverse, Stéphane Dion n'a guère de succès en dehors de Montréal, et sa députation ontarienne provient en grande majorité de Toronto.

- Environnement

Le Tournant vert de Stéphane Dion sera un enjeu majeur de la campagne. Déjà, Stephen Harper l'accuse de vouloir «monter les taxes sur tout» avec son plan, qui propose de taxer les énergies fossiles qui émettent des gaz à effet de serre pour renvoyer les bénéfices (15,4 milliards de dollars par année) dans les poches des citoyens et des entreprises. Harper va attaquer pour faire oublier son piètre bilan environnemental. Le chef libéral saura-t-il convaincre les gens de prendre le virage en pleine incertitude économique?

- Justice

Les principes font-ils encore gagner des votes? La campagne permettra de le découvrir. Les libéraux espèrent que leur position de principe en faveur du rapatriement d'Omar Khadr, emprisonné et torturé à Guantánamo, ou encore de la clémence pour Ronald Allen Smith, un Canadien condamné à la peine de mort aux États-Unis pour un double meurtre gratuit, les feront bien voir des électeurs. Stephen Harper a préféré adopter une position plus dure, soulignant que Khadr est accusé de crimes graves et que M. Smith avait été jugé par un système de justice reconnu. Les conservateurs promettent des peines plus sévères pour les criminels, alors que les libéraux parlent de combattre le crime par la racine, c'est-à-dire la pauvreté.

- Fédéralisme

Le spectre des caricatures de Serge Chapleau, qui avait immortalisé Stéphane Dion en rat qui se bat pour l'unité canadienne, planera sur cette campagne. Stephen Harper tentera de répéter son exploit de 2005 en promettant aux Québécois un fédéralisme d'ouverture, tout à l'opposé de l'intransigeance constitutionnelle que l'on attribue encore au chef libéral. «Centralisateur extrême», accusent déjà les conservateurs. Mais celui qui se chamaille avec l'Ontario et Terre-Neuve, c'est Stephen Harper. Maintenant que la souveraineté est en veilleuse, quel parti fédéraliste est le mieux placé au Québec pour porter le flambeau à long terme?

- Afghanistan

Le sujet est-il encore sur l'écran radar? Pourtant, la situation dans ce pays se détériore, et les soldats canadiens continuent de mourir: 97 ont perdu la vie. Les deux grands partis se sont entendus sur une poursuite de la mission jusqu'en juillet 2011, ce qui les place dans le même bateau. Mais le NPD et le Bloc québécois réclament un retrait des troupes. Peuvent-ils imposer cet enjeu pour faire des gains? Libéraux et conservateurs pourraient être sur la défensive.

- Éthique

L'affaire Cadman, l'affaire Bernier, les démêlés avec Élections Canada... Cette litanie sera répétée ad nauseam pendant la campagne pour attaquer les conservateurs. Les partis d'opposition soutiendront qu'il existe un fossé entre les promesses de transparence de Stephen Harper et ses gestes en tant que premier ministre. Mais le parti de Stéphane Dion traîne son boulet à lui: les commandites. Au Québec, le PLC ne s'en est pas encore remis.

- L'équipe

Stephen Harper est largement perçu comme le meilleur leader, mais est-il seul au sommet? Ses ministres ont connu nombre de difficultés depuis qu'il a pris le pouvoir: Rona Ambrose, Gordon O'Connor, Maxime Bernier, Josée Verner, Bev Oda... Est-ce que Stéphane Dion réussira à combler ses lacunes de chef avec son équipe? Les Ignatieff, Rae, Kennedy, Hall Finley, Coderre, Brison et autres ont tous de l'expérience.

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