Attractions hippiques se protège de ses créanciers

Nouvel épisode dans la saga des hippodromes. Confrontée à des problèmes financiers inextricables, Attractions hippiques s'est placée hier sous la protection de la Loi sur les arrangements avec les créanciers des compagnies.

L'entreprise, dirigée par le sénateur libéral Paul J. Massicotte, dit être forcée d'agir ainsi afin d'obtenir le temps nécessaire «pour se restructurer face à l'impasse dans laquelle l'ont placée Loto-Québec et le gouvernement du Québec et se protéger face à des recours judiciaires, comme ceux pouvant découler de la récente mise en demeure de l'Association du trot et amble du Québec ou d'autres réclamations de la part de certains créanciers».

Propriétaire des quatre hippodromes du Québec depuis leur privatisation en août 2006, Attractions hippiques soutient que l'absence d'un salon de jeu au nouvel hippodrome qui devait être construit dans la couronne nord de Montréal l'a privée de 20 millions de revenus annuels. Cette somme devait provenir des redevances de 22 % qu'elle devait toucher en provenance des 1300 appareils de loterie vidéo qui auraient dû y être gérés et exploités par Loto-Québec.

Au dire de M. Massicotte, Québec n'a manifesté aucune volonté d'effectuer le déménagement promis. Pourtant, a fait valoir Attractions hippiques hier, les termes de l'appel de propositions qu'elle a remporté en octobre 2005 le stipulaient clairement.

Les pertes financières causées par la «piètre performance» des appareils de loterie vidéo situés dans les salons de jeu de Trois-Rivières et Québec auraient aussi plombé sa capacité financière. Ces appareils généreraient à peine 30 % des revenus prévus, selon ce qu'on peut lire dans le communiqué émis hier en fin de journée.

Or, 60 % des revenus provenant des appareils de loterie vidéo devaient permettre de payer le montant des bourses destinées aux hommes de chevaux, «comme le prévoyait l'entente» avec Québec. En l'absence de ces fonds, l'entreprise s'estime incapable de remplir ses obligations. Elle a d'ailleurs déposé au début de juin une demande à la Régie des alcools, des courses et des jeux pour diminuer de façon substantielle ces bourses. Or il s'agit d'une obligation contractuelle que M. Massicotte ne veut pas respecter.

Même si elle trouve la situation «regrettable», la ministre des Finances et présidente du Conseil du trésor, Monique Jérôme-Forget, a réitéré qu'elle n'entendait pas accroître le soutien financier gouvernemental à l'industrie au-delà de ce qui est prévu dans le contrat.

L'entreprise a aussi récemment mis en demeure Loto-Québec pour qu'elle «la dédommage et qu'elle trouve une solution viable afin de corriger immédiatement la situation».

Les partis d'opposition, péquistes en tête, ont pour leur part manifesté leur profond mécontentement devant la gestion des hippodromes depuis leur privatisation. À la mi-mai, l'Assemblée nationale a d'ailleurs adopté une motion exigeant la tenue d'audiences spéciales de la Commission des institutions, afin de décortiquer l'entente conclue entre le gouvernement du Québec et M. Massicotte.

Pour l'instant, Attractions hippiques entend continuer ses activités régulières et présenter des programmes de courses en direct «pour une période indéterminée» sur les pistes de Trois-Rivières, Québec et Gatineau. Seul le programme des courses «en direct» présenté à l'hippodrome de Montréal est interrompu. La firme RSM Richter a été désignée par la cour pour superviser les activités courantes d'Attractions hippiques.
 
1 commentaire
  • Andre Lauziere - Inscrit 28 juin 2008 01 h 05

    Relance des courses

    Nouvel épisode dans la saga des hippodromes? Absolument pas, l'industrie du cheval de course est toujours confrontée à l'appui plutôt mitigé du gouvernement et de l'opposition à peine déguisée de Loto-Québec.
    En octobre 1993, le ministre du Tourisme d'alors André Vallerand inaugurait le Casino de Montréal et par la même occasion entrait de plein pied dans les plates-bandes du jeu sportif qui jusqu'alors était en grande partie l'affaire de l'industrie des courses.
    À partir de ce moment, le sort de cette industrie s'est mis à pérécliter dangereusement.
    Les gouvernements qui ont suivi ont compensé le manque à gagner en aidant de façon ponctuelle cette industrie. Mais après avoir investi les lieux, Loto-Québec a préféré occuper toute l'espace.
    Quant au gouvernement actuel il laisse la situation évoluer sans intervenir.
    En 2005, après plus d'un an de consultations de toutes sortes, on accouchait d'un projet qui devait relancer l'industrie. À première vue,la solution avancée avait du sens mais ce n'était qu'une façade car la volonté politique n'y était pas.
    C'est ainsi qu'on en est arrivé à entendre un double discours "Cette industrie est en perte de vitesse, elle n'a pas d'avenir" dixit Mme Jérôme Forget, celle-là même qui demande au sénateur Massicotte à donner suite à son contrat sous peine de poursuites légales.
    Dans la même veine, Mme la ministre Courchesne nous met en garde "le futur hippodrome,pas dans ma cours".
    Faudrait peut-être que le gouvernement soit un peu plus cohérent : il en veut d'une industrie des course ou il n'en veut pas?
    Le contrat qu'il a octroyé au sénateur Massicotte prévoit l'établissement d'un hippodrome dans la couronne nord de Montréal. Faudrait peut-être que tout le monde ait un discours homogène.
    En ce qui concerne la baisse de popularité des courses de chevaux, il ne faut pas s'en surprendre quand on voit tous les efforts qui sont déployés pour lui mettre des bois dans les roues: on n'a jamais déployé les appareils de loterie-vidéo qui étaient prévus dans le contrat octoyé au sénateur Massicotte.
    Il apparait de plus en plus évident qu'on veut étouffer dans l'oeuf le projet mais tout en donnant l'impression qu'on est d'accord avec celui-ci. On préfère développer un réseau de dépanneurs dont la mission première est de devenir des comptoirs de vente de gratteux et de formulaires de tout acabit.
    Et pendant ce temps-là, en Ontario, l'industrie des courses ça fonctionne et ça prospère. Il en est de même en Alberta et en Colombie Britannique.
    Notre insuccès tient peut-être au fait qu'on est une société distincte : on préfère revitaliser les présentoirs de billets de loterie plutôt que de revitaliser les régions.