Le Canada, «colonie énergétique» des États-Unis

Le Canada a tellement aliéné sa souveraineté en matière d'énergie qu'une province comme l'Alberta ne peut plus appliquer sa loi sur l'énergie, qui interdit l'exportation de son gaz naturel tant qu'elle n'a pas une réserve démontrée de 15 ans, ce qui n'est plus le cas.

C'est ce que révèle notamment une étude signée par deux chercheurs canadiens, Gordon Laxer, de l'institut albertain Parkland, et John Dillon, du Centre canadien des politiques alternatives (www.ualberta.ca/PARKLAND).

Cette étude analyse les impacts sur l'approvisionnement en énergie du Canada à l'aide de trois scénarios de rareté des combustibles fossiles. On y constate que les Canadiens devraient se priver de 8 à 31 million de barils de pétrole pour approvisionner les États-Unis si ce pays invoquait la clause de «proportionnalité» inscrite dans l'ALENA. L'étude ne mesure pas les hausses de prix qui résulteraient de cette rareté accrue de combustibles sur le marché interne.

L'application de cette clause en cas de crise d'approvisionnement en gaz naturel — d'autant plus probable à court terme que l'Alberta ne compte plus que huit années de réserves démontrées, disent-ils — obligerait le Canada à maintenir 51,5 % de ses approvisionnements aux Américains, privant les Canadiens d'une denrée pour l'instant dilapidée notamment dans la production des sables bitumineux pour faire rouler les gros VUS de nos voisins du Sud.

Cette nouvelle étude sur les conséquences de la clause de proportionnalité reconstitue l'histoire édifiante de cette entorse aux dispositions des règles de l'OMC sur le commerce international, qui autorisent tous les pays en cas de crise à approvisionner d'abord leurs citoyens.

Pour les deux chercheurs, le «Canada n'est pas une superpuissance en énergie», comme le prétend le premier ministre Stephen Harper, car ses décisions énergétiques n'ont aucun poids dans la géopolitique internationale. Le Canada, concluent-ils de leurs trois scénarios, est plutôt une «colonie énergétique» des États-Unis depuis qu'il s'oblige à leur garantir un approvisionnement constant à perpétuité, tant que nous aurons des réserves importantes ou lorsque l'ALENA sera remis en question. C'est d'ailleurs ce qu'ils proposent à Ottawa de faire, comme Barack Obama l'a suggéré en menaçant de se retirer du traité pour récupérer notre souveraineté énergétique, comme l'a fait le Mexique en joignant le traité de libre-échange.

La clause de proportionnalité, unique au monde, est exorbitante à plusieurs égards, selon l'étude Laxer-Dillon. Elle assure aux États-Unis, en cas de crise énergétique ou de contraction de la production canadienne, le maintien du pourcentage de livraisons dont ils ont bénéficié durant les trois années précédentes. Le traité ne garantit pas seulement aux États-Unis une proportion précise de la «production» canadienne mais de «l'approvisionnement total», ce qui inclut les importations comme celles du projet Rabaska qui contribuera, confirment les chercheurs, à fragiliser davantage l'approvisionnement en combustible du Canada et du Québec globalement.

D'autres clauses du traité exigent même du Canada qu'il maintienne les canaux de livraison existants, ce qui empêcherait de compenser une baisse des livraisons dans l'Ouest par d'autres dans l'Est ou vice-versa. Le Canada ne pourrait pas non plus substituer une forme d'énergie à une autre. Même s'il dénonçait l'ALENA pour le renégocier, la clause de proportionnalité continuerait de s'appliquer car la loi habilitante votée par le Parlement continuerait de s'appliquer jusqu'à son abrogation.

Trois scénarios

Le premier scénario analysé — celui de la «conservation» — pourrait survenir si le Canada décidait de réduire les impacts écologiques des sables bitumineux, ses gaz à effet de serre, ou tout simplement s'il décidait de se constituer une réserve à long terme. Comme le Canada exporte 47,5 % de son pétrole vers les États-Unis — dont les trois quarts du pétrole extrait des sables bitumineux —, une simple contraction de 10 % de sa production à des fins de conservation aurait pour conséquence de priver ses citoyens de huit millions de barils, ou l'équivalent de quatre journées entières de consommation au pays, si les États-Unis réclamaient l'application de la clause de proportionnalité.

Le deuxième scénario est basé sur la possibilité que le Canada décide un jour de réserver 10 % de son gaz naturel à son industrie pétrochimique, qui fait vivre 25 000 travailleurs oeuvrant dans la fabrication de lubrifiants, de peintures, d'engrais, de plastiques, de nylon, d'équipements médicaux, etc.

Comme le Canada exporte en moyenne depuis trois ans 51,5 % de son gaz naturel aux États-Unis, ce pays pourrait exiger le maintien de ce pourcentage en vertu de la clause de proportionnalité. Les deux chercheurs ont calculé que, dans ce scénario, le Canada devrait priver son marché interne de 627 milliards de pieds cubes de gaz ou l'équivalent de 66 jours de consommation interne, soit deux mois sur douze.

Dans le troisième scénario, dit de substitution, les chercheurs se sont demandé quel serait l'impact d'un renversement du flux du pipeline Enbridge 9, lequel fournit du pétrole à l'Ontario à partir du port de Montréal. Jusqu'en 1999, ce pipeline approvisionnait plutôt le Québec en pétrole de l'Ouest mais depuis, c'est l'inverse. Si on revenait à la situation initiale, l'acheminement de 240 000 barils par jour à Montréal en provenance de l'Ouest (87,6 millions de barils par année) ne pénaliserait pas les consommateurs canadiens en raison de la capacité de production de l'Ouest.

Mais si une crise énergétique obligeait le Canada à mobiliser en plus pour ses besoins internes les 148 millions de barils produits à Terre-Neuve au profit des États-Unis, l'application de la clause de proportionnalité priverait alors le Canada de 31 millions de barils ou de 17 jours d'approvisionnement du marché canadien.

L'impact de cette garantie, qu'aucun autre pays n'a accordée à quiconque, serait d'autant plus sensible que le Canada ne possède aucune «réserve stratégique», comme les États-Unis s'en font avec notre pétrole, notamment. Pour les chercheurs, cette situation est d'autant plus aberrante que la plupart des Canadiens sont convaincus qu'en cas de crise énergétique, le Canada accorderait la priorité à ses propres citoyens, ce qui n'est pas le cas.

«Malgré l'abondance du pétrole sur son territoire, le Canada est le plus vulnérable de tous les membres de l'Agence internationale de l'énergie», concluent les deux chercheurs, parce qu'il a aliéné à perpétuité les «deux tiers globalement» de sa production nationale.

Le Canada doit en faire la «priorité» d'une future renégociation du traité et, pour devancer un éventuel président démocrate étasunien, il ne doit pas hésiter à rouvrir le jeu lui-même s'il est conscient de détenir un des principaux atouts.
12 commentaires
  • Robert Côté - Inscrit 30 mai 2008 07 h 51

    Un pur sang pour un lapin

    Chacun se rappelle ce montage photo ou nous voyions Brian Mulroney échanger avec le président Reagan,un pur sang pour un lapin.Cela représente encore le marché de dupes qu'est le libre échange.L'aigle américain est depuis sa naissance le plus grand prédateur de la planète.Nos politiciens auront-ils le courage de renégocier l'ALENA ? J'en doute.

  • Guillaume Boucher - Inscrit 30 mai 2008 08 h 03

    Parlementeries

    Est-ce que cet article, qui nous permet d'envisager un avenir assez sombre pour «notre» grand pays, va trouver écho sur la colline parlementaire?
    Est-ce que notre souveraineté énergétique est assez significative pour détourner l'attention des affaires de moeurs du ministre Bernier (quoique, on aurait peut-être tort de lâcher le seul dossier qui semble pouvoir véritablement ternir les Conservateurs).

    Guillaume Boucher, Montréal

  • william morris - Inscrit 30 mai 2008 09 h 27

    Une surprise ?

    Bonjour,

    Il ne faut pas se surprendre des faits contenus dans l'article qui précède. Les Canadiens, pas plus que les Québécois, n'ont l'expérience et la maturité pour négocier en foction des intérêts propres du Canada et des citoyens du Canada.

    Il faudrait quelqu'un qui ait du cran et du prestige pour corriger cette situation aberrante. En effet, un pays doit toujours accorder la priorité à ses propres besoins. Ce n'est pas de la méchanceté à l'égard du puissant voisin. C'est du simple bon sens.

    À quand le coup de barre si nécessaire ?

    Qu'en pensez-vous ?

    William Morris
    www.lemont.canalblog.com

  • Gilles Bousquet - Inscrit 30 mai 2008 09 h 31

    Les colonisés des colonisés des colonisés

    Les Québécois seraient colonisés par le ROC qui est colonisé par les Américains qui sont à la veille d'être colonisés par les Chinois qui sont brassés par les tremblements de terre...ainsi va la vie et le pétrole, dont la consommation par les nombreux véhicules, contribue au réchauffement de notre planète.

    Le Canada a peu de pouvoir de négociation sur nos voisins américains parce que nous leur exportons beaucoup plus que nous leur importons et, leur armée est beaucoup plus forte que la notre vu qu'ils sont 10 fois plus nombreux et riches. L'histoire de David contre Golliath ne s'appliquerait pas ici en cas de conflit armé ou non.

  • Fernand Trudel - Inscrit 30 mai 2008 09 h 43

    Les écolos nous font payer cher leur toquade

    À force de mettre des bâtons dans les roues des énergies conventionnelles sans avoir de rechange plus écologique commercialisable, les industries trébuchent et sont contraintes par de lois inspirées de leur théorie alarmiste. La dernière lubie des verts est l'Éthanol. Ils sont maintenant convaincu qu'ils ont fait fausse route et l<uttent maintenant contre sa venue. Alors on remplace le pétrole par quoi ???

    À lire la chronique de Nathalie Elbrably, on constate que les environnementeurs ont bloqué indument des réserves de pétroles pendant que leur ami Gore spéculait sur le prix du baril de pétrole pour faire monter encvore plus viote l;es prix. On sait maintenant que els réserves mondiales sont pluus importancees que veulent le laisser croire les verdotyants de Greenpeace et compagnie. C'est vrai qu'ils n'ont pas intérêt à son expansion, eux qui gèrent la décroissance économique et démographique.

    C'est plus important de sauver un phoque qui dévaste nos bancs de poisson que la vie d'un valeureux chasseur de phoque. Quand nous n'aurons plus aucun poisson à mettre dans notre assiete, on verra que les verts nous ont mal dirigé encore une fois mais il sera trop tard.

    Si vous parlez de gaz naturel dépendant des États-Unis, vous pouvez remercier Al Gore, le vice-président de l'époque, qui a fait le lobby pour ENRON, le courtier en gaz naturel. D'ailleurs la premi`;ere version de la bourse du carbone est qualquée sur l'expérience ENRON, la plus grande fraude économique. N'est ce pas Gore qui est actionnaire de la bourse du carbone de Chicago avec ses amis de Generation Fund. La boucle se referme...

    Comment le monde a-t-il pu embarquer dans une galère si mal foutue? Presque tous. La gauche, une bonne partie de la droite, journalistes, politiciens, activistes, écolos, l'équipe du Sedna IV, name it. Et pourquoi n'avons nous pas droit à d'autres points de vue? Il y a même des membres signataires du rapport du GIEC qui y font des témoignages troublants. Méfiez-vous de la pensée unique, qu'ils disaient.

    Quand plus de 30,000 scientifiques dénoncent le protocole de Kyoto et les pirouettes du GIEC. Quand des organismes humanitaires tirent l'alarme. Quand les verts luttent pour diminuer les denrée en voulant interdire les OGM. Quand on attaque les énergies conventionnelles canadiennes sans solution de rechange autre que de s,appauvrir et de marcher à pied, en vélo ou en transport en commun. On crée une crise artificielle avec des dupes qui suivent aveuglément les disciples du VERT DEMAIN, peu importe les sacrifices et le coût. Juste pour appliquer les recettes de Greenpeace sur les grands lacs, ca coûte 29 milliards. Qui veut tirer autant d,argent à l'eau ???

    Pourtant c'est dur à imaginer au réchauffement de la planète avec l'hiver que nous venons de subir.

    Alors la logique des Arpents Verts vous dit comme les chauffeurs d'Autobus: Avancez par en arrière...

    Et si c'était de diminuer la population mondiale en affamant 2,5 milliards d'humains et la lutte pétrole vs biocarburants était pour ébranler l'économie mondiale pour permettre l'émergence d'un nouvel ordre mondial avec à la barre les Al Gore, Charles Branson, etc et un gouvernement mondial de l'ONU dirigé par ceux-ci...

    Certains me diront que le fabule mais ceux-là peuvent créer des hystéries collectives sur de faux prétextes sans nous apportez de vision d'avenir autre qu'apolyptique. Ce qui a fait dire à Charles Branson ceci: «J'offre 25 millions à celui qui trouvera un «remède» contre le CO2». Il était au coité de Gorte lors de cette déclaration. Voilà les verts n'ont pas de solution...

    C'est le même Branson qui investit 400 millions dans la fabrication d'Éthanol à partir de canne à sucre africain. Non pas pour nourrir les africains mais pour faire plus de profit car ca coûte 7 fois moins avec la canne à sucre qu'avec le maïs...