En octobre, Harper a mis en garde Maxime Bernier contre sa petite amie

Julie Couillard en compagnie du ministre Maxime Bernier.
Photo: La Presse canadienne (photo) Julie Couillard en compagnie du ministre Maxime Bernier.

Ottawa — Julie Couillard, l'ex-conjointe au passé trouble du ministre Maxime Bernier, a été au coeur d'une conversation entre le premier ministre Stephen Harper et son ministre des Affaires étrangères il y a de cela plus de six mois déjà. Une Julie Couillard dont on apprend que ses liens avec des personnes louches sont aussi récents que 2005.

Selon les informations obtenues par Le Devoir, Maxime Bernier a été convoqué au bureau du premier ministre conservateur pour un entretien privé avec M. Harper en octobre dernier. La conversation a porté sur des enjeux de communication. Stephen Harper estimait que son ministre prenait trop de latitude par rapport aux consignes émises par son bureau. «Ce que mes porte-parole disent, c'est moi qui le dis», aurait affirmé M. Harper, selon un compte rendu de conversation.

Mais selon nos informations, l'entretien a aussi porté sur la nouvelle et flamboyante conjointe de M. Bernier, Julie Couillard. La dame, qu'on sait aujourd'hui avoir fréquenté des membres du milieu du crime organisé, avait fait tourner les têtes lors de l'assermentation des ministres en se rendant à Rideau Hall, au bras de Maxime Bernier, dans une tenue légère et fortement décolletée. Des gens avaient d'ailleurs tenté en vain de dissuader le ministre de l'y amener.

Mme Couillard agaçait beaucoup de gens au sein du gouvernement non seulement pour son apparence, souvent jugée déplacée — on l'a vue dans les bureaux portant des cuissardes de cuir aguichantes — mais aussi pour la place qu'elle voulait occuper dans la vie professionnelle de son conjoint. Lorsqu'elle a accompagné Maxime Bernier à New York pour l'ouverture de la séance des Nations unies, par exemple, elle a tenté de modifier le discours à livrer au concert des nations. Elle a aussi voulu lui faire faire des entrevues médiatiques non prévues.

Toutes ses interventions dérangeantes se sont rendues jusqu'aux oreilles de M. Harper et seraient à l'origine de la discussion en tête-à-tête que celui-ci a réclamée. On ignore si, à ce moment, M. Harper connaissait le passé trouble de Julie Couillard. Le bureau du premier ministre s'est refusé à tout commentaire officiel hier.

Liens avec le milieu criminel

Le voile s'est par ailleurs soulevé encore un peu plus sur le passé trouble de Julie Couillard. La Presse révélait hier qu'un récent conjoint de Mme Couillard, Robert Pépin, était connu du milieu interlope. Selon les sources du quotidien, M. Pépin devait une grosse somme d'argent à un «shylock» des Hells Angels, qui lui aurait d'ailleurs déjà fait des menaces. «Il se tenait avec plein de monde du milieu criminel», a indiqué cette source. M. Pépin s'est suicidé en mai 2007.

M. Pépin a été l'associé de Mme Couillard dans son agence de recrutement de mannequins Casting Cinq Étoiles. Mme Couillard a aussi été vice-présidente et actionnaire de l'entreprise de son conjoint, Agence d'investigation et de sécurité DRP. Le couple a rompu début 2005. Au moment de leur rencontre, M. Pépin attendait son procès pour vol d'une cargaison de marchandise.

À la Chambre des communes, ces révélations ont soulevé l'indignation de l'opposition libérale et bloquiste. «Contrairement à ce qu'on a tenté de nous laisser croire, Mme Couillard avait des liens avec le monde interlope non pas il y a dix ans mais encore jusqu'à tout récemment, en 2005, a lancé le député Denis Coderre. Cela confirme la thèse des experts en sécurité qui affirment que lorsqu'on est dans le milieu du crime organisé, on n'en sort pas.»

Pauline Picard, du Bloc québécois, a quant à elle rappelé le passé du père de Mme Couillard, Marcel, condamné pour production de marijuana en 2000. Les deux députés estiment que les relations de Mme Couillard peuvent avoir fait d'elle un pont entre le milieu criminel et les secrets d'État. Nenni, a répondu le ministre des Transports, Lawrence Cannon. «Nous avons réitéré ici que le gouvernement ne met pas en cause la sécurité nationale. Elle n'est pas à risque», a-t-il dit avant de se lancer dans une attaque partisane comme cela est devenu le modus operandi. «Je dois simplement dire que la véritable et la plus grande menace à la sécurité du Canada est la séparation que propose le Bloc québécois.»

On savait déjà que dans les années 1990, Julie Couillard avait fréquenté Gilles Giguère, bras droit d'un proche de Maurice «Mom» Boucher. M. Giguère est mort assassiné en 1996 à quelques semaines de son procès pour possession de quatre mitraillettes et de 70 livres de haschisch. La veuve éplorée a ensuite commencé à fréquenter Stéphane Sirois, un membre des Rockers, un groupe affilié aux Hells Angels. Leur mariage n'a toutefois pas duré et le divorce a été prononcé en juillet 1999.

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