Le 400e de Québec en France - Le gouvernement Charest joue les seconds rôles sans se plaindre

Québec — Le gouvernement Charest ne s'offusque aucunement que le Québec joue un rôle secondaire sur la scène internationale en cédant le pas à Ottawa en France pour les Fêtes du 400e anniversaire de Québec.

«Il n'y a vraiment pas de chicane de visibilité», a soutenu Marie-Ève Bédard, l'attachée de presse du ministre responsable de la Capitale-Nationale, Philippe Couillard. «L'important, comme le répétait souvent M. Couillard, c'est qu'on en parle, du 400e.»

«Le sentiment ici, ce n'est pas que c'est plus canadien que québécois au niveau de la visibilité», a souligné Mme Bédard. «Au départ, c'est vraiment le fédéral, le provincial et la ville qui se serrent les coudes et qui sont principaux bâilleurs de fonds des festivités du 400e. C'est quelque chose qu'on fait en équipe, je vous dirais. Tout le monde a sa place.»

La gouverneure générale du Canada, Michaëlle Jean, entreprend aujourd'hui une visite qui marque «le véritable coup d'envoi des festivités du 400e anniversaire de Québec en sol français», selon le correspondant de La Presse canadienne à Paris. Le 8 mai, elle gagnera La Rochelle, le port d'où est parti Samuel de Champlain en 1608, afin d'assister au départ de la «Grande Traversée» pour Québec, à laquelle participent une quarantaine de voiliers. Durant sa visite de cinq jours en France, Michaëlle Jean, que le quotidien Le Monde vient de surnommer la «presque reine du Canada», verra le président français, Nicolas Sarkozy, à trois reprises et rencontrera le premier ministre, François Fillon, ainsi que les présidents de l'Assemblée nationale et du Sénat.

Philippe Couillard s'envole aujourd'hui pour représenter le gouvernement du Québec lors de l'événement de La Rochelle. La maire de Québec, Régis Labeaume, sera aussi de la partie. M. Couillard poursuivra son séjour à Paris pour des rencontres liées à ses responsabilités de ministre de la Santé et des Services sociaux.

La Canada prend toute la place en France lors des festivités du 400e, estime la porte-parole du Parti québécois pour la Capitale-Nationale, Agnès Maltais. «Je ne sais plus quoi penser de l'attitude du gouvernement du Québec face aux Fêtes du 400e et particulièrement par rapport au volet international», a livré au Devoir la députée de Taschereau. Elle craint que le Québec ne soit réduit à jouer un rôle de second plan lors du Sommet de la Francophonie qui aura lieu à Québec en octobre.

Mme Maltais a aussi déploré que les Fêtes du 400e à Saint-Malo, qui doivent culminer en juillet avec l'arrivée de la Transat Québec-Saint-Malo, aient du plomb dans l'aile.

Comme le rapportait Le Soleil hier, le maire de Saint-Malo, René Couanau, est déçu de l'absence de financement de la part des gouvernement fédéral et québécois pour les Fêtes du 400e dans sa municipalité. Le projet de recréer un village des Premières Nations dans la ville française risque de tomber à l'eau, les instigateurs du projet, la Société de développement économique innue de Mashteuiatsh n'ayant pu en assurer le financement. M. Couanau avait pourtant annoncé ce projet l'automne dernier en présence de Philippe Couillard. En outre, le protocole d'entente pour la Transat entre Québec et Saint-Malo n'est toujours pas signé à deux mois de l'événement.

L'approche canadienne dans le dossier du 400e a également fait l'objet de critiques hier dans le cadre du Congrès de l'ACFAS où deux jeunes chercheurs de l'Université Laval, ont soutenu qu'Ottawa cherchait à détourner le sens du 400e.

Étudiants au doctorat en linguistique, Andy Van Drom et Julie Pelletier ont tiré cette conclusion après avoir comparé tout le contenu écrit du site Web fédéral consacré au 400e (www.quebec400.gc.ca) à celui de la Société du 400e (www.monquebec2008.com).

Pour eux, le site fédéral est un cas flagrant de «réappropriation des faits historiques pour servir l'idéologie de la nation canadienne». Par exemple, soutiennent-ils, le langage employé campe le Canada au centre de l'événement, à la place de la ville de Québec elle-même. Ainsi, il est écrit qu'en 2008, «le Canada déroule le tapis rouge à Québec». Dans ce contexte, la ville de Québec semble «subir» l'événement.

Les deux chercheurs parlent carrément d'une «modification» des faits historiques. «Ils [le gouvernement fédéral] disent qu'ils vont célébrer leurs 400 ans d'histoire alors qu'ils écrivent eux-mêmes ailleurs, sur le site, que le Canada a été créé en 1867. Ce n'est pas possible. S'ils disaient par exemple que Québec est la ville la plus ancienne du Canada, ce serait différent. Ils s'approprient les 400 ans pour servir leur idéologie de la nation.» D'emblée, on «force» le lien entre les 400 ans de Québec et la notion du multiculturalisme de manière à mettre «tout le monde sur un pied d'égalité».

Quant au portail de la Société du 400e, disent-ils, il serait davantage collé à la réalité québécoise avec un accent sur la langue française, la vie culturelle, l'ouverture sur le monde et la cohabitation avec les Premières Nations. D'ailleurs, le passé autochtone serait davantage respecté dans ces textes que sur le portail fédéral du 400e. «Au départ, on aurait plutôt pensé qu'il y aurait un élan poétique, patriotique du côté de la Société du 400e alors que c'est plutôt représentatif de la ville et de ce qu'elle est réellement. On a en revanche été surpris par ce qui se faisait du côté fédéral.»

Les deux chercheurs soulignent toutefois qu'ils n'ont pas trouvé de tels raccourcis sur les autres sites du gouvernement fédéral, dont celui du ministère du Patrimoine. Ce qui leur fait dire qu'«il y avait vraiment un phénomène particulier avec le 400e». Tout cela, croient-ils, parce que «chacun veut profiter de l'événement pour faire la promotion de sa réalité, parfois au détriment de la rigueur historique».