Bernard Lord demande un milliard pour le bilinguisme

Ottawa — Le rapport concocté par l'ex-premier ministre conservateur du Nouveau-Brunswick, Bernard Lord, sur la situation du bilinguisme au Canada a finalement été rendu public hier à l'occasion de la Journée internationale de la Francophonie. S'il en appelle à un financement à hauteur d'un milliard de dollars en cinq ans, seule recommandation précise du lot, il s'attire les critiques en ne revendiquant pas le retour du Programme de contestation judiciaire.

M. Lord avait été invité avant Noël à consulter les Canadiens sur l'avenir des langues officielles au pays. Sept villes ont été visitées. Coût de l'opération: 24 950 $ (à partir de 25 000 $, le gouvernement aurait dû lancer un appel d'offres).

D'entrée de jeu, certains critiquent tout cet exercice. «Ce rapport avait déjà été rédigé par les fonctionnaires avant même que M. Lord ne commence sa tournée», soutient Robert Asselin, directeur adjoint à l'École supérieure d'affaires publiques de l'Université d'Ottawa et ancien conseiller de Stéphane Dion lorsque celui-ci était ministre responsable des langues officielles. À ce titre, il connaît bien les fonctionnaires affectés au dossier. «C'était carrément un exercice de relations publiques. Il l'a bien fait, mais il faut le savoir: les dés étaient pipés d'avance.»

Le rapport préconise qu'Ottawa se dote d'un autre plan quinquennal de promotion des langues officielles, cette fois-ci doté d'un budget d'un milliard de dollars en cinq ans (contre 750 millions dans sa première version). Les autres recommandations, plutôt floues, portent sur l'appui à donner aux établissements d'éducation postsecondaire ou sur l'intégration des nouveaux arrivants.

Les anglophones de Montréal

Un passage qui risque toutefois de faire sursauter au Québec porte sur la minorité anglophone de Montréal. «La minorité anglophone du Québec vit une problématique qui ne se retrouve pas ailleurs au Canada. Selon les intervenants, les anglophones et les allophones ont beaucoup de difficulté à trouver des emplois, entre autres au sein de tous les paliers de gouvernement. Les jeunes ont également de la difficulté à trouver des emplois dans le secteur du commerce de détail en raison de leur bilinguisme jugé imparfait.» L'ironie, poursuit le rapport, c'est que lorsque ces jeunes partent vivre dans d'autres provinces, ils obtiennent des emplois désignés bilingues parce que «leur français est considéré comme étant au-dessus de la moyenne».

On suggère donc de favoriser l'emploi chez les jeunes anglophones «afin d'éviter l'exode». «Les entreprises privées pourraient être sensibilisées. Les communautés demandent aussi au gouvernement fédéral qu'il embauche lui-même davantage d'anglophones bilingues dans ses bureaux au Québec et ses sociétés d'État.»

Pour le député bloquiste Richard Nadeau, le rapport Lord n'est pas satisfaisant. «On ne dit pas un sapré mot sur la fonction publique fédérale et les postes désignés bilingues qui sont occupés par des unilingues anglophones», s'insurge M. Nadeau. Il souligne aussi qu'on ne mentionne nulle part le Programme de contestation judiciaire, qui a aidé les minorités linguistiques à faire valoir leurs droits devant les tribunaux. Ce programme a été aboli par les conservateurs. À peu près tous les intervenants rencontrés par M. Lord l'ont souligné...

De passage à Québec, la ministre du Patrimoine, Josée Verner, n'a pas voulu s'engager à respecter la totalité du rapport Lord. «Ce ne sera pas le seul élément d'inspiration de notre gouvernement dans l'élaboration de la seconde phase [d'un plan de promotion des langues officielles]», a-t-elle prévenu. «On s'est engagés à aller de l'avant avec une seconde phase pour le plan d'action dans le discours du Trône et on va tenir nos promesses.»

Avec la collaboration d'Isabelle Porter

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