Afghanistan - Harper doit convaincre l'OTAN... et les libéraux

Ottawa — Stephen Harper a lancé hier deux offensives diplomatiques délicates, l'une auprès de l'OTAN et l'autre auprès des libéraux. Le premier ministre doit non seulement convaincre un autre pays de venir prêter main-forte au Canada à Kandahar, mais il doit aussi persuader le Parti libéral de l'appuyer dans son désir de poursuivre la mission afghane jusqu'en 2011. S'il échoue, le Canada se retirera de Kandahar en 2009.

Le premier ministre Harper a fait sienne hier la principale recommandation du rapport Manley sur l'avenir de l'engagement canadien en Afghanistan. Dans les prochaines semaines, toute la machine diplomatique canadienne, du simple fonctionnaire jusqu'au premier ministre, tentera de convaincre un autre pays de venir donner un coup de main au Canada dans la dangereuse province de Kandahar. Stephen Harper a convenu qu'il doit atteindre cet objectif d'ici au sommet de l'OTAN qui aura lieu à Bucarest, en avril.

Ce nouvel allié devra fournir 1000 soldats pour mener la guerre aux talibans. De plus, Ottawa devra dénicher des hélicoptères de transport de troupes, afin de réduire les risques que font courir les engins explosifs improvisés aux soldats canadiens.

«Le gouvernement accepte la recommandation spécifique du panel du prolonger la mission du Canada en Afghanistan si, et j'insiste sur le si, certaines conditions sont respectées, soit avoir des partenaires dans la province de Kandahar avec des troupes de combat additionnelles et un équipement adéquat», a dit Stephen Harper hier midi, lors d'une conférence de presse.

«Le rapport est clair, a ajouté Stephen Harper. Pour réussir, on ne peut pas faire une demi-mission, il faut s'investir totalement. Si on décide de rester en Afghanistan, il faut le faire de manière plus significative. Il faut faire plus de développement, plus d'entraînement pour les forces afghanes, accorder plus d'aide à la bonne gouvernance, mais également être prêts à faire davantage du côté militaire. [...] Si nous décidons de continuer à mettre nos hommes et nos femmes en uniforme en danger, nous avons la responsabilité de leur donner une forte chance de réussir.»

Pourra-t-il, en quelques semaines, trouver un partenaire pour aider le Canada à Kandahar? «Je suis optimiste», a affirmé Stephen Harper, qui insiste pour dire que l'OTAN joue sa crédibilité en Afghanistan. «Il est évident que les efforts de l'OTAN ne sont pas suffisants, particulièrement à Kandahar. Cette province est cruciale parce que les talibans veulent revenir au pouvoir en commençant par Kandahar. C'est donc la réputation de tout le monde qui est en jeu, pas seulement celle du Canada.»

Le premier ministre estime que la mission afghane est importante pour assurer «la sécurité du monde» et préserver la réputation du Canada sur la scène internationale, mais également pour «le bien-être de l'un des peuples les plus pauvres et les plus vulnérables» de la planète.

Convaincre les libéraux

L'offensive diplomatique la plus délicate du premier ministre risque toutefois de ne pas être auprès de l'OTAN et des alliés du Canada, mais bel et bien du côté des libéraux de Stéphane Dion. Si le gouvernement veut aller de l'avant, il doit convaincre un autre parti politique de l'appuyer lors d'un vote aux Communes sur la prolongation de la mission qui aura lieu ce printemps. Le Bloc québécois et le NPD ont déjà signifié qu'ils ne sont pas prêts à négocier.

Stephen Harper a parlé avec M. Dion dimanche, et les deux hommes doivent se parler de nouveau dans les prochains jours. «Je pense que M. Dion a des décisions à prendre. Ce ne sont pas des décisions faciles pour le chef du Parti libéral», a dit M. Harper. Il soutient que la mission afghane revêt une «importance nationale» et que les Canadiens méritent un débat qui va «au-delà de la politique partisane».

Le chef libéral s'est dit ouvert à discuter, mais pas à n'importe quel prix. Le premier ministre devra notamment s'engager à améliorer plusieurs aspects de la mission (transparence, reconstruction, diplomatie, développement, etc.) s'il veut pouvoir s'attirer l'appui des libéraux. «Si vous me demandez si je suis prêt à dialoguer avec le premier ministre du Canada, je réponds que c'est mon devoir comme chef de l'opposition», a dit M. Dion.

Le chef du PLC n'a toutefois pas aimé ce qu'il a entendu hier. «Elle est très vague sa position, a-t-il dit. Nous sommes intéressés à ce que le Canada joue un rôle [en Afghanistan] après février 2009. Mais la façon dont le premier ministre en a parlé, c'est apparu comme une recette pour l'enlisement.» Le Parti libéral est resté sur sa faim. «On veut en savoir plus sur ce que le premier ministre veut faire dans les domaines de la diplomatie, du développement, des détenus afghans, de sa relation avec l'OTAN», a dit M. Dion. Pour l'instant, le PLC n'a donc pas changé sa position: il demande la fin des combats à Kandahar en 2009.

Le chef du Bloc québécois, Gilles Duceppe, estime quant à lui que Stephen Harper cherche à gagner du temps, alors qu'il devrait plutôt permettre au Parlement de se prononcer sur l'avenir de la mission au plus vite. S'il remporte le vote, le gouvernement aurait alors un mandat clair pour aller rencontrer les autres pays. Et s'il le perd, le gouvernement n'aura pas à faire toutes les démarches inutilement, selon lui. Le Bloc s'oppose à une prolongation de la mission.

Du côté du NPD, même position ferme. Il faut retirer les troupes au plus vite, a dit Thomas Mulcair. «Ce qui est intéressant dans les remarques de M. Harper et dans le rapport de M. Manley, c'est qu'ils sont en train d'avouer que la mission ne fonctionne pas.»
8 commentaires
  • Gilles Bousquet - Inscrit 29 janvier 2008 07 h 03

    On continue l'agression ?

    Ce n'est pas 1 000 soldats de plus que ça prendrait, c'est 100 000 et, même là, nos soldats ne gagneront pas le respect des Afghans incluant les Talibans en leur tirant dessus et quand ils patrouillent la région de Kandfahar avec tout leur équipement incluant leurs mitraillettes chargées, prêtes à tirer sur tout ce qui bouge, qui doivent faire plus peur que rassurer.

    Ces Afghans ont sorti 140 000 soldats russes sur la tête. Ils sont capables de sortir nos 2/3 000 soldats de la même façon.

    Est-ce que nos soldats se serviraient de ces 1 000 autres soldats des autres pays de l'OTAN pour les envoyer en avant ?

    Les Américains se sont embourbés au Viet Nam, les Canadiens sont en train de s'ensabler à Kandahar et il est à noter que le Viet Nam et l'Afghanistan n'ont jamais attaqué les États-Unis et le Canada. Nous sommes les agresseurs, que nos motifs soient bons ou mauvais, on n'a pas affaire là.

  • andré michaud - Inscrit 29 janvier 2008 08 h 39

    Les pays moumounes

    Il y a longtemps que l'on sait que plusieurs pays de l'Otan ne font pas leur part et agissent en moumounes en se cachant dans les régions plus sécures de l'Afghanistan. Quand on fait partie d'une alliance, on se doit de VRAIMENT participer. Il faut pousser ces pays à adopter un comportement de solidarité et sortir de leur moumounerie.

    La participation active de TOUS les pays de l'OTAN et la situation au Pakistan sont essentielles à la réussite qui permettra et de se débarasser des sanguinaires talibans sans respect pour la vie humaine , et d'aider les citoyens afghans à accéder à la modernité, à l'éducation, les soins médicaux...

  • Alain Lachance - Inscrit 29 janvier 2008 08 h 54

    Il faut un vote sur la question avant que Harper aille voir l'OTAN

    41% des Québécois étaient pour le retrait immédiat des troupes de l'Afghanistan selon un sondage effectué par le journal de Montréal et Léger Marketing le 18 juin 2007. De plus 21% veulent le retrait en 2009 comme prévu. Donc 62% veulent le retrait des troupes. Et malgré tout, seul le NPD est pour le retrait immédiat des troupes.

    Aussi, Harper n'a aucune légitimité d'aller demander du renfort à l'OTAN. Les conservateur sont minoritaire, ils n'ont même pas l'appuie de la moitié des Canadiens. C'est une stratégie à peine voilée de leur part de mettre l'OTAN dans le débat alors que le débat doit avoir lieu à la chambre des commune et aux urnes lors d'une élection imminente. Son but (à Harper) est trop clair. Il veut mettre l'enjeux de l'OTAN dans la balance pour donner une barrière de plus au retrait des troupes.

    Sans compter que, qu'est-il arrivé du fait que 3000 soldats étatsuniens ont été envoyés (ou promis) en renfort. Pourquoi alors parler de 1000 soldats supplémentaires du Canada. Ils font semblant de ne pas avoir eu cette information. Même chose avec le rapport Manley qui faisait fi de l'envois supplémentaire de l'empire.

    Le bloc Québécois a raté une belle occasion l'an dernier de faire tomber le gouvernement sur la guerre plutôt que de le talonner pour un appui au secteur manufacturier alors que ce secteur à besoin d'être repensé et non engraissé. Des années de graissage ont donné les résultats qu'on connaît. Le Bloc se trompe de dossier. Les Québécois sont contre la guerre, qu'attendent-ils pour refléter leurs idéaux pacifistes. Peut-être sont-ils trop content des retombée de l'industrie militaires au Québec. On reconnaît là l'origine conservatrice du Bloc.

    Le paysage politique est désolant.

  • Fernand Trudel - Inscrit 29 janvier 2008 11 h 25

    Une position responsable

    Les partis de l'opposition qui ne peuvent espérer former le gouvernement flattent le sentiment populaire de moumoune que certains entretiennent pour des raisons inconnues et diverses. Le slibéraux et les conservateurs ont une position plus responsables dans le concert des nations alliées que nous souscrivons. Ce sont les libéraux qui ont permis aux troupes de fouler le sol de l,Afghanistan.

    Je suis fier de nos soldats qui démontrent du courage et sont dignes d'admiration de la part de nos boy scouts de salon comme certains intervenants ici.

    Oui, les autres pays doivent faire leur part et en particulier la France poltronne, notre mère patrie, qui camoufle dans l'arrière front seulement 200 hommes d'armes pour un pays plus populeux que le nôtre.

    Quant à ceux qui sont pour le retrait inconditionnel et immédiat, je les compare aux Pétain de ce monde qui étaient des collabos francais avec l'ennemi hitlérien. Avons nous importé des gênes de cette lignée ? Ca ferait pas un peuple fort pour défendre les frontières d'un pays québécois indépendant ...

    Nos soldats combattent le banditisme internationnal car le trafic de drogue qui est la proncipale source financière de ce pays. Ils combattent la mysioginie et l'extrémisme religieux des talibans. Enfin, ils combattent les velleités de l'islamismes d'envahir nos pays pour les convertir à leurs convictions et leur mode de vie.

    Pourtant le choc des accommodements raisonnables et des femmes voilées à Montréal, ne les a pas encore assez réveillé à cette menace. Pour eux, faut cesser tout et agiter le drapeau blanc. C'est ainsi qu'ils se font manipuler lors de manifestations à Montréal où l'on brandissait des drapeaux du Hezbollah pour la paix...

  • andré michaud - Inscrit 29 janvier 2008 12 h 53

    Taliban agresseurs

    M.Bousquet oublie que les talibans et leurs amis de Al Quaida ont déclaré la guerre à l'occident et attaqué sans pitié des civils des pays de l'OTAN.

    Les talibans , non seulement n'ont pas voulu aider l'occident à se débarasser des terroristes religieux fanatiques, mais ont donné LEUR APPUI PUBLIC À LA CAUSE D'AL QUAIDA qui s'entrainait sous leur protection...et déclaré la guerre sainte contre nous...C'est pourquoi l'ONU appuie cette mission.

    Mélanger Irak et Afghanistan tient de la malhonnêteté intélectuelle. L'Irak n'a pas attaqué de pays de l'OTAN et l'invasion de l'Irak n'a pas l'appuie de l'ONU...