Les transferts de prisonniers en Afghanistan sont susceptibles de reprendre - Harper maintient le secret sur toutes les opérations

Ottawa — Loin de s'excuser de ne pas avoir dit à la population que le Canada ne remettait plus ses prisonniers aux autorités afghanes depuis près de trois mois, le premier ministre Stephen Harper a indiqué hier que ces transferts pourraient reprendre n'importe quand.

Selon le premier ministre, l'entente signée entre Ottawa et Kaboul assurant un certain suivi des prisonniers remis par les soldats canadiens «reste en vigueur» et, d'un point de vue politique, rien n'a changé. La décision de suspendre les transferts le 5 novembre dernier relève du détail opérationnel qui doit rester secret pour des raisons de sécurité.

«C'est la raison pour laquelle je ne dis pas que les transferts ont cessé parce qu'on peut avoir des transferts à n'importe quel moment si les responsables pour les transferts et pour les opérations militaires décident qu'ils sont appropriés», a dit M. Harper au cours d'une conférence de presse hier à Ottawa.

En tenant une telle position, le gouvernement conservateur se trouve toutefois à contredire ses propres avocats qui, devant la Cour fédérale, font valoir que la cause demandant l'arrêt des transferts de prisonniers doit être annulée puisqu'elle est devenue «théorique».

Le dossier du transfert des prisonniers a alimenté une bonne partie de la période de questions hier alors que le Parlement reprenait ses travaux. Les trois partis d'opposition étaient outrés que le gouvernement conservateur n'ait jamais cru bon de dévoiler que le Canada ne remettait plus aux autorités locales les Afghans faits prisonniers pendant le combat. Cette décision — révélée en Cour fédérale — a été prise par les militaires sur le terrain le 5 novembre dernier, lorsqu'un prisonnier a soutenu, preuves à l'appui, avoir été torturé par ses geôliers.

La semaine dernière, les avocats du gouvernement ont soutenu une thèse contraire en Cour fédérale. Ils voulaient faire dérailler une demande d'injonction déposée par Amnistie internationale et la B.C. Civil Liberties Association demandant la fin des transferts. «Cela anéantit totalement leur défense», s'est exclamé Paul Champ, l'avocat des deux groupes. Pour le professeur de l'Université d'Ottawa Amir Attaran, partie prenante à la cause, «les militaires ont interrompu les transferts de détenus seulement pour saboter la cause devant les tribunaux».

M. Attaran croit que le gouvernement risque gros en tenant deux discours aussi différents selon qu'il se trouve devant un juge ou devant la Chambre des communes. En audience, la semaine dernière, raconte-t-il, la juge Anne Mactavish a averti les avocats d'Ottawa que si jamais le transfert des prisonniers recommençait pendant qu'elle prenait la cause en délibéré sans qu'elle en soit informée, elle serait «très fâchée».

Les trois partis d'opposition à la Chambre des communes, quant à eux, ne décoléraient pas. «Si, pour des raisons de sécurité opérationnelle le premier ministre et son gouvernement ne voulaient pas révéler aux Canadiens la suspension des transferts de détenus, pourquoi l'ont-il fait dans le cadre d'une poursuite en cour?», a demandé le chef libéral, Stéphane Dion. Son député Denis Coderre a demandé la démission du ministre de la Défense nationale, Peter MacKay, atteint selon lui du «syndrome de Pinocchio».

«Le ministre [des Affaires étrangères Maxime] Bernier, pendant qu'il distribuait des Jos Louis, ne se rendait pas compte que la situation avait changé,» a raillé le chef du Bloc québécois, Gilles Duceppe. «Ce sont des irresponsables qui nous mentent en pleine face en Chambre et qui manipulent la population et la Chambre.»

Pour le chef du NPD, Jack Layton, Ottawa aurait cette fois avantage à imiter les Américains. «Même l'administration Bush, que ce gouvernement aime tant imiter d'ordinaire, rend compte publiquement de tous les transferts de prisonniers.»

M. Harper n'a pas voulu dire depuis quand il savait que les transferts s'étaient interrompus et ce qu'il advenait désormais des Afghans capturés. «Nous n'allons jamais répondre à ces questions», a-t-il dit en évoquant des raisons de sécurité.
1 commentaire
  • Roland Berger - Inscrit 29 janvier 2008 14 h 45

    J'imagine assez

    Il faut que les transferts reprennent au plus tôt. Les gardiens des prisons afghanes n'en peuvent d'attendre pour appliquer à nouveau les techniques que leur a montrées la CIA.
    Roland Berger
    St-Thomas, Ontario