Pédophilie: les lois canadiennes seraient trop timides

Vancouver — Les lois canadiennes qui punissent le tourisme sexuel, mais qui ne sont que rarement utilisées, ont retenu l'attention cette année, quand des experts de l'informatique ont débrouillé l'image d'un pédophile présumé qui aurait agressé de jeunes garçons en Asie du Sud-Est.

Puis, quelques semaines seulement après que Christopher Neil eut été arrêté en Thaïlande relativement à cette affaire, une autre chasse à l'homme a été lancée dans ce pays pour retracer un second Canadien, lui aussi accusé d'avoir agressé un jeune garçon.

Orville Mader, recherché en vertu d'un mandat thaïlandais, a néanmoins réussi à rentrer au Canada, pendant que Neil croupit en prison en Thaïlande. Les deux hommes ont déjà habité la région de Vancouver, mais des experts affirment que leurs démêlés avec la justice seront radicalement différents.

Ni un ni l'autre n'a encore été accusé au Canada, mais les déplacements de M. Mader sont surveillés en vertu d'une loi canadienne qui permet de supposer qu'il présente un risque pour les enfants.

La timidité du Canada à mettre en accusation les individus soupçonnés de tourisme sexuel font du pays un «paria international», affirme un expert qui a aidé à mettre sur pied The Future Group, une organisation non gouvernementale canadienne créée pour lutter contre la traite de personnes et l'exploitation sexuelle des enfants.

«Le Canada a la pire performance de la planète quand vient le temps de mettre en accusation ses citoyens qui sont soupçonnés d'avoir agressé des enfants à l'étranger», affirme Benjamin Perrin, un professeur adjoint de droit à la Faculté de droit de l'Université de la Colombie-Britannique.

Une loi canadienne en vigueur depuis 10 ans n'a à ce jour mené qu'à une seule condamnation et un autre résidant de la Colombie-Britannique est actuellement devant les tribunaux.

«C'est tout simplement gênant», a dit M. Perrin.

Près de 36 pays ont des lois qui leur permettent de poursuivre ceux de leurs citoyens qui auraient commis des crimes à l'étranger, ajoute-t-il, et ces lois sont fréquemment utilisées. L'Australie, par exemple, a intenté 28 procès pour tourisme sexuel, obtenant 18 condamnations, en plus d'avoir participé à la mise en accusation de 54 de ses citoyens dans d'autres pays.

Le département d'État des États-Unis estime qu'un million d'enfants sont exploités chaque année à des fins sexuelles dans le monde.

L'Australie dispose aussi de lois qui lui permettent de surveiller les voyages des individus reconnus coupables de crimes sexuels. L'Australie et le Royaume-Uni disposent par ailleurs de lois qui peuvent être utilisées pour faire annuler le passeport d'un individu qui pourrait représenter un danger pour des enfants à l'étranger.

De telles règles ne sont pas en vigueur au Canada.

Un autre groupe canadien qui lutte contre l'exploitation sexuelle des enfants, Beyond Borders, a publié un rapport dans lequel il recommande que les autorités d'un pays soient informées si des criminels sexuels prévoient s'y rendre.

Il demande aussi aux tribunaux canadiens de limiter les voyages à l'étranger des individus qui représentent une menace pour les enfants ou qui sont inscrits au registre national des criminels sexuels.

La présidente de l'organisme, Rosalind Prober, estime que les dirigeants et résidants d'autres pays devraient pouvoir consulter un registre canadien des criminels sexuels. Elle affirme toutefois que le Canada ne semble pas posséder la détermination politique nécessaire pour porter des accusations.

«Il faut de la volonté, il faut de l'argent, il faut que le procureur général de la province s'en mêle», a-t-elle dit.

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