Chalk River - Les libéraux réclament une enquête sur la pénurie d'isotopes

Ottawa — Les libéraux demandent que la vérificatrice générale du Canada fasse enquête sur les erreurs et bris de communication qui ont mené à l'arrêt du réacteur nucléaire de Chalk River et la pénurie d'isotopes médicaux à travers le Canada.

«Pendant 17 mois, l'opérateur de Chalk River a exploité ses installations en violation de son permis, a lancé le chef libéral adjoint, Michael Ignatieff. Le réacteur de réserve ne fonctionne pas. L'opérateur a laissé tomber les Canadiens; ce gouvernement a laissé tomber les Canadiens. Puisque le ministre a failli à sa tâche, le gouvernement va-t-il demander immédiatement à la vérificatrice générale de faire enquête?»

Sans accéder à cette demande, le gouvernement conservateur s'est montré disposé à étudier cette question pour comprendre ce qui s'est réellement passé. Les deux autres partis d'opposition étaient d'accord.

«Lorsque ceci sera derrière nous, le gouvernement étudiera attentivement le rôle de tous les protagonistes de cet incident et s'assurera de constater qui a fait quoi pour s'assurer que cela ne se reproduise pas», a déclaré le premier ministre Stephen Harper. Gary Lunn, ministre des Ressources naturelles dont relève la question nucléaire, a ajouté que le gouvernement recevra «tous les conseils, toute l'information et nous prendrons ensuite des mesures concrètes».

Il reste beaucoup de questions en suspens quant à l'arrêt du réacteur nucléaire de recherche de Chalk River, situé à 185 kilomètres au nord-ouest d'Ottawa, le long de la rivière des Outaouais. Ottawa n'a été averti des problèmes que 10 jours plus tard.

Le réacteur nucléaire n'opère pas en continu: il fonctionne 17 jours, puis doit s'arrêter quatre à cinq jours pour entretien. L'arrêt de routine du 18 novembre dernier devait se terminer le 23. Le réacteur n'a pas été relancé lorsque des accrocs au devis ont été découverts. Or, il appert qu'Énergie atomique Canada ltée (EACL) n'a averti le ministère des Ressources naturelles qu'une semaine plus tard, le 30 novembre. Pire, l'information n'a pas été adressée à des fonctionnaires assez élevés dans la hiérarchie. Le ministre Lunn ne l'a donc appris que le 3 décembre en fin de journée. «J'ai commencé à me pencher sur le dossier le lendemain, le 4 décembre», a-t-il expliqué mardi soir au cours du débat extraordinaire à la Chambre des communes. Quant à Tony Clement, ministre fédéral de la Santé, lui aussi interpellé par cet arrêt, il ne l'a su que le lendemain, le 5 décembre.

Pourquoi avoir tant attendu quand on sait que ce réacteur nucléaire fabrique presque la moitié de la production mondiale de l'isotope médical utilisé pour une panoplie de tests diagnostiques et de traitements? EACL n'a pas répondu à nos questions hier. En outre, on ignore si Santé Canada a pris les moyens appropriés pour permettre l'importation de quantités supplémentaires de l'isotope en question. Le cabinet du ministre n'a pas rappelé Le Devoir hier.